En visite au Cameroun, la cheffe des droits de l’homme plaide en faveur de mesures pour réduire les tensions

6 mai 2019

A l’occasion d’une visite au Cameroun, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a plaidé auprès du gouvernement en faveur de mesures pour réduire les tensions dans le nord et l’ouest du pays et s’est félicitée de la volonté affichée par les autorités de rechercher des solutions à la crise dans ces régions.

« Je pense qu’il existe une possibilité, même si elle est restreinte, de mettre fin aux crises qui ont entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, ainsi que des meurtres et des violations des droits de l’homme dans le nord et l’ouest du pays », a déclaré Mme Bachelet, citée dans un communiqué de presse.

Mais, selon elle, il ne sera pas facile de remédier à ces situations et il faudra des mesures importantes de la part du gouvernement, de même qu’un soutien substantiel et soutenu de la communauté internationale.

« Les défis sont immenses et la situation impliquant environ une dizaine de mouvements séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest risque de devenir totalement incontrôlable si des mesures sérieuses ne sont pas prises pour réduire les tensions et rétablir la confiance. De l’avis général, il faut aussi s’attaquer aux causes profondes et aux griefs sous-jacents si l’on veut rétablir la stabilité à long terme dans un pays qui était, jusqu'à quelques années encore, l’un des plus stables et des plus pacifiques de la région », a-t-elle dit.

La Haut-Commissaire a noté que le gouvernement camerounais faisait également face à d'autres défis majeurs, notamment des incursions transfrontalières de groupes armés et d'organisations criminelles le long de sa frontière avec la République centrafricaine.

Parallèlement, dans le nord du pays, les forces armées sont confrontées aux déprédations et aux attentats-suicides perpétrés par Boko Haram et, dans l'extrême nord, autour du lac Tchad, la population est terrorisée et attaquée par une autre organisation extrémiste, l’État islamique d’Afrique de l’Ouest (ISWA). En outre, le Cameroun accueille des centaines de milliers de réfugiés de la République centrafricaine et du Nigéria.

Dans plusieurs régions, des civils et des soldats ont été tués et mutilés, et des villages entiers ont été incendiés. Des enfants ont été enlevés et forcés de rejoindre les groupes armés, et ils ont même été utilisés par Boko Haram comme kamikazes. Dans les deux régions occidentales, les écoles, les hôpitaux et d’autres infrastructures essentielles ont été ciblés et détruits par les groupes séparatistes et des employés du gouvernement, y compris des enseignants, ont été pris pour cible, assassinés ou enlevés.

Les forces de sécurité ont également été accusées d'avoir commis des violations graves, notamment des exécutions extrajudiciaires et des actes de torture, à l'encontre de civils et de combattants capturés dans le nord et dans l'ouest.

Au cours de sa visite de trois jours à Yaoundé, Michelle Bachelet a rencontré le Président Paul Biya et d’autres membres du gouvernement, ainsi que d’autres acteurs politiques et de la société civile.

Elle a pris note avec satisfaction des comptes-rendus des dirigeants de deux nouveaux organes créés par le Président pour traiter de questions spécifiques liées aux problèmes de l’ouest et du nord du Cameroun, à savoir la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme et le Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration.

« Le travail de ces deux organismes en est encore à ses débuts », a déclaré Mme Bachelet. « Mais je pense qu'ils peuvent apporter d'importantes contributions au fil du temps pour mieux comprendre et gérer la crise dans les deux régions occidentales, et pour encourager un nombre croissant de combattants à déposer les armes et à se réinsérer dans la société au nord comme à l'ouest ».

Elle a toutefois estimé qu’il ne fallait pas sous-estimer les énormes défis auxquels ces deux organismes sont confrontés.

Photo ONU/Eskinder Debebe
Aminatou Sali (en bleu) fait partie des quelque 250 000 personnes qui ont fui les attaques de Boko Haram dans le nord-est du Cameroun. (Janvier 2019)

Infractions des forces de sécurité : Bachelet appelle à plus de transparence

La Haut-Commissaire a souligné qu'il était essentiel que les membres des forces de sécurité à l’origine d'infractions graves rendent des comptes.
« Le gouvernement m'a informée des mesures qu'il avait prises en réponse aux allégations de violations », a déclaré Mme Bachelet. « Et je l’ai invité à faire preuve de la plus grande transparence dans de tels cas. Il est essentiel que les crimes soient punis ».

Selon la cheffe des droits de l’homme des Nations Unies, « la seule façon de résoudre les problèmes dans les deux régions occidentales consiste à engager un dialogue, y compris une analyse approfondie des causes profondes des troubles ». Elle a exhorté toutes les parties, y compris le gouvernement, à déployer tous leurs efforts pour mettre fin aux combats et commencer les pourparlers de paix.

Mme Bachelet a également soulevé la question du manque d'accès des défenseurs des droits de l'homme internationaux et nationaux - y compris de la Commission nationale des droits de l'homme et des libertés - et des agences humanitaires aux régions affectées. « Un accès aussi large que possible - dans les limites de la sécurité - constituerait un important pas en avant en termes de renforcement de la confiance », a-t-elle dit.

La cheffe des droits de l’homme a également exprimé sa préoccupation concernant la réduction de l'espace civique au Cameroun. Elle a noté que des organisations de la société civile, des chefs religieux, des hommes politiques de l'opposition et des diplomates lui ont décrit comment certains droits et libertés, notamment ceux d'association et de réunion pacifiques, ont subi une érosion ces derniers mois.

Des défenseurs des droits de l’homme ont expliqué avoir été victimes de harcèlement de la part de la police et de nombreux interlocuteurs de la Haut-Commissaire ont soulevé la question de l’arrestation du principal homme politique d’opposition Maurice Kamto et de plus de 150 de ses partisans.

« J'ai soulevé toutes ces questions auprès du gouvernement », a déclaré Mme Bachelet. « Et je l’ai exhorté à mettre fin à la pratique d’accusation des civils devant les tribunaux militaires. Je crois qu’il faut de toute urgence changer d’approche à l’égard des responsables politiques dissidents et des membres critiques de la société civile, et poser des gestes significatifs pour rétablir la confiance ».

 

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