Michelle Bachelet inquiète de la répression des manifestations au Venezuela, au Soudan et en France

6 mars 2019

La cheffe des droits de l’homme de l’ONU se dit préoccupée par la situation dans de nombreux pays confrontés ces derniers mois à des manifestations contre les inégalités ou une amélioration des conditions socio-économiques.

« Ces derniers mois, nous avons vu des gens du monde entier descendre dans la rue pour protester contre les inégalités et la détérioration des conditions économiques et sociales », a déclaré ce mercredi à Genève Michelle Bachelet. 

Des revendications, qui appellent selon elle, à de véritables réformes. Et pourtant, dans plusieurs cas, ces manifestants sont confrontés à un usage excessif de la force, des détentions arbitraires, de la torture « et même de présumés assassinats sommaires ou extrajudiciaires ».

Lors de la présentation de son rapport annuel devant le Conseil des droits de l’homme, la Haut-Commissaire a ciblé notamment le recours excessif à la force et aux munitions létales, les détentions arbitraires et la torture au Soudan. 

Face aux manifestants protestant ces dernières semaines contre leurs difficiles conditions de vie et la mauvaise gouvernance, la réponse de Khartoum a été plutôt l’usage excessif de la force, y compris à l’intérieur d’hôpitaux, de mosquées et d’universités. Et de souhaiter des réformes rapides contre la corruption et un dialogue inclusif avec la population soudanaise. 

Si Mme Bachelet a salué les récentes discussions lancées au Zimbabwe, elle a toutefois dénoncé la répression contre les manifestants.

« Au Zimbabwe, les manifestants contre les mesures d’austérité se sont également heurtés à une violence inacceptable des forces de sécurité », a ajouté l’ancienne Présidente du Chili.

Elle s’est inquiétée des informations faisant état de perquisitions menées maison par maison, ainsi que des actes d’intimidation et de harcèlement de militants, de défenseurs des droits de l’homme et d’avocats représentant les personnes arrêtées.

Outre le Soudan et le Zimbabwe, de nombreux autres pays ont été touchés par des manifestations contre les inégalités qui touchent « tous les pays ».

« Même dans les États prospères, les gens se sentent exclus des avantages du développement et privés de droits socio-économiques, ce qui entraîne aliénation, troubles et parfois violence », a fait valoir la cheffe des droits de l’homme.

Michelle Bachelet demande une enquête sur les « Gilets jaunes » en France

A cet égard, lors de son discours devant le Conseil des droits de l’homme, Mme Bachelet a souhaité que des enquêtes approfondies soient menées sur toutes les accusations de recours excessif à la force. 

« En France, les "Gilets jaunes" ont protesté contre ce qu’ils considèrent comme leur exclusion des droits économiques et d'une participation à la vie publique », a-t-elle indiqué, tout en encourageant le gouvernement à continuer le dialogue, y compris un suivi du débat national en cours. 

Même recommandation pour Haïti pour promouvoir un dialogue constructif et assurer la reddition des comptes - y compris dans les cas présumés d’usage excessif de la force par la police. A Port-au-Prince et dans plusieurs villes haïtiennes, des manifestations ont également éclaté le mois dernier contre la hausse des prix des produits alimentaires et la corruption.

Au moins « 41 personnes ont été tuées et 100 blessées ». Le gouvernement a annoncé des mesures pour réduire les prix élevés, augmenter les salaires et lutter contre la corruption. 

Non loin de là et en Amérique latine, Mme Bachelet a dénoncé la situation au Venezuela qui illustre parfaitement la manière dont les violations des droits civils et politiques peuvent accentuer le déclin des droits économiques et sociaux.

La cheffe des droits de l’homme de l’ONU, qui doit s’exprimer le 20 mars sur le Venezuela, a fustigé les effets des violations des libertés fondamentales sur la situation économique des Vénézuéliens, mais aussi les conséquences des sanctions économiques.

Cette situation montre également comment ces conditions socio-économiques, qui se détériorent rapidement, suscitent encore plus de manifestations, mais aussi une répression encore plus grande, de nouvelles violations des droits civils et politiques, conduisant ainsi à une spirale d’accélération et de tendances fortement négatives. 

De façon générale, Mme Bachelet plaide pour que toutes ces revendications de manifestants notées un peu partout dans le monde aboutissent « à un dialogue respectueux et à une véritable réforme ».

Aux Philippines, la guerre contre la drogue a déjà fait près de 27.000 morts

La  Haut-Commissaire s’est aussi  inquiétée de la situation aux Philippines où selon plusieurs sources, près de 27.000 personnes auraient été tuées dans le cadre de la campagne anti-drogue depuis la mi-2016. Or malgré de graves allégations de meurtres extrajudiciaires, un seul cas - le meurtre largement rapporté d’un adolescent - a fait l’objet d’une enquête et de poursuites. 

Mme Bachelet rappelle également que des experts indépendants du Conseil des droits de l’homme ont fait l’objet de menaces alors des membres de l’opposition, des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes sont menacés, agressés et emprisonnés.

« Et je suis extrêmement préoccupée par l’examen par le Congrès des mesures visant à rétablir la peine de mort pour les crimes liés à la drogue et à réduire l’âge de la responsabilité pénale de 15, 12 ou même 9 ans », a ajouté la Haut-Commissaire qui a invité les autres Etats à ne pas adopter comme un modèle la politique anti-drogue de Manille, en raison de « son manque de respect pour l’Etat de droit ».

La cheffe des droits de l’homme a rappelé les limites de la même « approche brutale des forces de sécurité » au Cameroun. « Le mois dernier, le Comité des droits socio-économiques a noté l’approche brutale des forces de sécurité face à la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, notamment la destruction d’infrastructures médicales, d’écoles et de villages entiers », a-t-elle relevé. 

Michelle Bachelet s’est également alarmée de discours de haine, notamment de la part de responsables politiques, ainsi que par de graves restrictions de l’espace politique, qui ont entraîné des poursuites devant un tribunal militaire à l’encontre de plusieurs membres de partis d’opposition.

« Il est essentiel que des mesures soient prises dès maintenant pour désamorcer la crise croissante dans le pays et empêcher que de tels actes de violence ne se répètent pas », a-t-elle conclu.

 

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