Comment deux décennies de diplomatie discrète ont donné naissance à la Macédoine du Nord

28 février 2019

En juin dernier, un accord historique a permis de régler un différend de 27 ans entre deux pays, l'ex-République yougoslave de Macédoine et la Grèce, concernant le nom du premier pays.

Un haut responsable des Nations Unies, Matthew Nimetz, a patiemment mené les négociations au nom de l’Organisation pendant plus de deux décennies. Dans un entretien exclusif à ONU Info, il révèle que sa confiance en un résultat positif n'a jamais faibli tout au long de cette période.

Lorsque l’Accord de Prespa conclu entre Athènes et Skopje et négocié par l’ONU a été ratifié par les parlements des deux pays et est officiellement entré en vigueur le 12 février, reconnaissant ainsi la « République de Macédoine du Nord », il a pu enfin déclarer que sa mission était accomplie.

Dans un clin d’œil personnel, résultat de diverses circonstances, l’accord avait été signé sept mois plus tôt, le 17 juin : le jour du 79e anniversaire de M. Nimetz.

Voulant en savoir plus sur la détermination nécessaire pour tenir au fil des ans, ONU Info l'a invité à parler des hauts et des bas de cet effort marathon, alors qu’il se prépare à quitter son poste d'Envoyé personnel du Secrétaire général, fonction qu'il occupe depuis 1999, pour un salaire symbolique de 1 dollar par an.

Matthew Nimetz est revenu sur son travail en faveur de la paix et au service de l’ONU qui a finalement abouti à un succès.

« Les gens pensent que c’est ennuyeux de passer 24 ans à se concentrer sur un mot, un nom », explique Matthew Nimetz. « Mais ce n’était pas simplement le nom (…) C’était lié à un sentiment d'identité dans les deux pays, alors qu’un nouveau pays issu de l'éclatement de la Yougoslavie prenait sa place dans la région des Balkans en tant que nouvel Etat ».

La question du nom avait « des aspects historiques, des aspects émotionnels » qui tournaient autour des personnages historiques d’Alexandre le Grand et de Philippe de Macédoine. « L’histoire pèse lourdement dans cette région », souligne M. Nimetz.

Selon lui, une solution a pu être trouvée grâce au Premier ministre grec Tsipras et au Premier ministre macédonien Zaev, « qui ont véritablement décidé de résoudre ce problème » et de « prendre des risques » pour trouver un compromis.

Au cours de ces années de négociations, Matthew Nimetz a proposé divers noms. Finalement en janvier 2018, il a proposé cinq noms : République de Macédoine du Nord, qui a été finalement choisi, République de Haute Macédoine, République de Nouvelle-Macédoine, République de Vardar Macédoine, Vardar étant la rivière qui traverse le pays, et République de Macédoine - Skopje.

« Le problème est que la Macédoine est une grande région. L'Etat se trouve dans cette région mais ne constitue pas toute la région. Donc, du point de vue grec, si vous vous appelez la République de Macédoine, vous sous-entendez que cette région est à vous », note Matthew Nimetz.

Après toutes ces années à négocier, il se dit très fier d’avoir été en mesure de développer « un sentiment de confiance durable avec les deux camps ». « Je n’étais pas perçu comme partial », ajoute-t-il.

Et s’il est resté aussi longtemps à s’occuper de cette question, c’est parce qu’il « n’aime pas abandonner ». « Et les deux parties ne voulaient pas me mettre à la porte », ajoute-t-il.

 

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