Empoisonnement des Skripal à Salisbury : accusée par le Royaume-Uni, la Russie dément toute responsabilité

6 septembre 2018

À l’initiative de Londres, le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est saisi jeudi des conclusions de l’enquête sur l’incident dit de Salisbury. Le 4 mars 2018, Sergei Skripal et sa fille Yulia, deux ressortissants russes, avaient été empoisonnés à l’aide d’un agent innervant dans cette petite ville du sud de l’Angleterre.

L’ambassadrice du Royaume-Uni, Karen Pierce, a indiqué jeudi aux membres du Conseil que deux ressortissants russes, qui seraient affiliés à la GRU – la direction générale des renseignements russe –, avaient été identifiés comme les auteurs de cette tentative de meurtre, des accusations rejetées par le représentant de Moscou.

La police britannique a mené une enquête approfondie, qui a permis de déterminer que le produit utilisé à Salisbury était un neurotoxique issu d’une classe d’agents de guerre chimiques appelée Novitchok, a rappelé Mme Pierce. Quant aux deux suspects, qui ont quitté le sol britannique, la présence du Novitchok a été attestée dans leur chambre d’hôtel et ils ont été aperçus sur les lieux du crime le jour même.

Etant donné que la Russie n’autorise pas l’extradition de ses ressortissants, Londres a donc demandé et obtenu auprès d’INTERPOL la délivrance d’un mandat d’arrêt international à l’encontre des deux individus, a annoncé Mme Pierce.

L’ambassadeur de la Russie, Vassily Nebenzia, a mis en cause les éléments de preuve brandis par son homologue britannique, en estimant que la publication, mardi, de photos des « supposés » responsables ne visaient qu’à donner un « tournant sensationnel » à l’affaire, en attisant le « sentiment antirusse ». « On nous dit que les suspects auraient des noms russes, mais on estime en même temps que ces noms seraient des noms d’emprunt », a-t-il relevé.

En réponse aux appels de plusieurs membres du Conseil à coopérer pleinement avec le Royaume-Uni, M. Nebenzia a assuré que c’est bien Moscou qui a demandé à Londres de faire preuve de coopération jusqu’à présent. Ces propos ont fait réagir la représentante britannique qui a rétorqué qu’« on ne recrute pas un pyromane pour enquêter sur un incendie » et que jamais la police du Royaume-Uni, qui est « indépendante du gouvernement », n’est partie du principe que la Russie était responsable ; simplement, que les éléments de preuve pointaient dans cette direction.

Écartant les « élucubrations d’autorités britanniques russophobes », le représentant russe s’est demandé pour quelle raison la Russie voudrait-elle bien empoisonner les Skripal, « et de manière si alambiquée encore ? ». On nous a dit que la poignée de la porte du domicile des Skripal aurait été enduite d’un gel, ensuite on nous parle d’un flacon de parfum Nina Ricci contenant l’agent innervant, s’est exclamé M. Nebenzia.

Pour l’ambassadrice des États-Unis, Nikki Haley, la tentative de meurtre contre les Skripal était une attaque « hautement planifiée et délibérée ». Au lieu d’assumer la responsabilité de ses propres actes, le gouvernement russe n’a offert jusqu’à présent que « dénégations » et « contre-accusations », suivant un « scénario bien connu », a dit la représentante américaine.

« De la Crimée au vol MH17, en passant par le Donbass et l’assassinat de Litvinenko, la liste est encore longue. Et c’est toujours la même rengaine. La Russie n’est comme par hasard jamais derrière ces incidents », a ironisé Mme Haley.

Incriminant elle aussi un « mode systématique de malveillance russe à l’étranger », la représentante britannique a dénoncé la tentative de coup d’Etat au Monténégro en octobre 2016 et le piratage des courriels du Parti démocrate des États-Unis, qui témoigneraient que le GRU s’est rendu « coupable d’ingérence dans les affaires internes » d’autres pays.

Si la France et la Suède ont abondé dans le sens d’une responsabilité de la Russie, d’autres membres, comme l’Éthiopie ou encore le Kazakhstan, ont estimé ne pas disposer d’éléments de preuves irréfutables suffisants pour parvenir à la même conclusion. La Chine et la Bolivie ont de leur côté mis en garde contre les risques de politisation de cet incident entre la Russie et le Royaume-Uni.

 

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