Louise Arbour : « la mobilité humaine a toujours fait partie de l’humanité »

12 juillet 2018

Alors que l’Assemblée générale des Nations Unies s’apprête à se mettre d’accord sur un Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, la Représentante spéciale de l'ONU pour les migrations internationales, Louise Arbour, rappelle dans un entretien à ONU Info que la mobilité humaine a toujours fait partie de l’humanité et qu’il est inutile de la concevoir comme une bonne chose ou une mauvaise chose. 

Depuis un an et demi, Mme Arbour et le Secrétariat des Nations Unies ont accompagné le processus de négociations du Pacte entre les Etats membres des Nations Unies en fournissant l’expertise de l’Organisation.

L’initiative de négocier ce pacte « remonte essentiellement à la crise migratoire en Europe en 2015 » et à la Déclaration de New York sur les réfugiés et migrants du 19 septembre 2016, explique la Représentante spéciale. L’objectif est d’améliorer la coopération internationale sur cette question et renforcer la contribution des migrants et de la migration au développement durable. L’adoption formelle du Pacte est prévue en décembre à Marrakech.

 

 

« Ce n’est pas un document qui vise à régler une crise particulière », explique Mme Arbour. « C’est vraiment une entreprise à beaucoup plus long terme et qui touche à tous les aspects de la migration », ajoute-t-elle, citant les transferts d’argent de la part des migrants vers leur pays d’origine et la nécessité pour les pays d’être mieux équipés pour ancrer les politiques migratoires dans la réalité et non dans des perceptions erronées.

« Dès son adoption, le Pacte va équiper les Etats et les régions à mettre en place des politiques qui vont être mieux adaptées, mais son objectif n’est pas de régler des crises aiguës actuelles », dit-elle.

Selon la Représentante spéciale, le processus de négociations a permis « de mettre en évidence non seulement les aspects troublants et négatifs d’une migration qui est mal gérée, chaotique, dangereuse mais aussi les aspects beaucoup plus positifs de la migration, par exemple le fait que les 250 millions de migrants internationaux qui existent dans le monde aujourd’hui renvoient chez eux à peu près 15% de leurs revenus ».

« Ils dépensent 85% de leurs revenus dans leur pays d’accueil mais les 15% qu’ils ont envoyés chez eux en 2017 équivalaient à peu près à 600 milliards de dollars. C’est trois fois plus que l’aide officielle des pays riches aux pays en voie de développement », précise-t-elle.

Photo UNICEF/Alession Romenzi
Des migrants dans un centre de détention dans les faubourgs de Tripoli en Libye, en février 2017.

Mettre en valeur les aspects positifs de la migration

Selon Mme Arbour, le défi va être de mettre en valeur auprès de l’opinion publique les aspects positifs de la migration et la nécessité de mieux gérer un phénomène « qui va continuer d’être avec nous pendant très longtemps ». Elle s’est félicitée du rôle de l’ONU lors de ces négociations.

« On a essayé de mobiliser toutes les connaissances au niveau des Nations Unies pour accompagner les Etats membres. Je pense qu’on a bien réussi, surtout pendant la période de consultations l’an dernier, à bien documenter toute la problématique de la migration à tous ses niveaux », explique-t-elle.

Pour la Représentante spéciale, « la chose la plus importante, c’est pour le grand public de bien comprendre que ce n’est pas très utile d’approcher la question migratoire en se positionnant comme étant pour ou contre la migration ou en ayant des idées préconçues sur le fait que la migration est une bonne chose ou est une mauvaise chose ».

« C’est un discours complètement inutile. La mobilité humaine a toujours fait partie de notre humanité. Les gens se sont toujours déplacés non seulement à l’intérieur de leur pays mais les gens ont toujours traversé des frontières pour toutes sortes de raisons », ajoute-t-elle. « Cela a toujours été avec nous et on a toutes les raisons de croire que cela va continuer d’être un facteur important dans la gestion en particulier de la mondialisation ».

« La meilleure façon de s’adresser à tout cela, c’est par une meilleure coopération internationale, pour que des pays qui ont besoin de main d’œuvre étrangère les accueillent dans des bonnes conditions et que les pays où leur économie ne leur permet pas de faire vivre leur population permettent à ceux qui veulent partir de le faire de façon sûre pour le bénéfice de tous », conclut-elle.

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