Persécutions des Rohingyas : le chef des droits de l’homme de l’ONU exhorte le Conseil de sécurité à déférer le Myanmar devant la CPI

4 juillet 2018

Devant le Conseil des droits de l’homme réuni mercredi à Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies  aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a exhorté le Conseil de sécurité à déférer immédiatement le Myanmar devant la Cour pénale internationale (CPI).

Une démarche qui selon le Haut-Commissaire, doit permettre que « toutes les allégations de crimes contre l'humanité et de génocide perpétrés contre les Rohingyas puissent être examinées, ainsi que les allégations de crimes de guerre contre d'autres groupes ethniques tels que les Kachin et les Shan ».

Des milliers de Rohingyas continuent de fuir l'État de Rakhine, au Myanmar. À la mi-juin, 11.432 nouveaux réfugiés sont entrés au Bangladesh en 2018. En avril, 140 Rohingyas qui ont quitté le centre de Rakhine par bateau ont atteint respectivement la Malaisie et l'Indonésie. Dix personnes à bord d'un des bateaux seraient mortes au cours de leur périple.

« Tous les réfugiés nouvellement arrivés qui ont été interrogés par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) ont décrit la poursuite de la violence, la persécution et les violations des droits de l'homme, y compris les meurtres et l'incendie de foyers rohingyas », a dit Zeid Ra’ad Al Hussein.

Le Haut-Commissaire a cité le témoignage d’une femme arrivée fin mai au Bangladesh après avoir fui deux incidents au cours desquels des maisons  de Rohingyas dans son village de Rathedaung ont été incendiées. Le même témoin a  indiqué que des villageois ont été tués par des soldats qui tiraient sans discernement dans les rues.

Zeid Ra’ad Al Hussein également raconté le témoignage d’un homme de Buthidaung qui a déclaré avoir fui lorsque des militaires ont incendié dix à vingt maisons de Rohingyas dans un village voisin. Plusieurs nouveaux arrivants ont signalé que des personnes sont disparues. Un autre homme a déclaré au HCDH qu'il s'était enfui après que son père a été emmené par des militaires; il n'a aucune information sur le  sort de son père ni sur le lieu où il se trouve.

« Ces derniers mois, le Myanmar a contesté les allégations selon lesquelles ses forces de sécurité se seraient engagées dans une campagne de nettoyage ethnique qui a entraîné le déplacement de plus de 700 000 Rohingyas au Bangladesh depuis août 2017 », a dit le Haut-Commissaire. « Les autorités ont également déployé des efforts considérables pour convaincre le monde qu'il est prêt et disposé à permettre le retour des réfugiés », a-t-il ajouté.

Mais pour le chef des droits de l'homme de l'ONU, « aucune rhétorique ne peut blanchir ces faits. Les gens fuient toujours la persécution à Rakhine - et sont même prêts à risquer de mourir en mer pour s'échapper ».

Zeid Ra’ad Al Hussein a également demandé que le Conseil des droits de l’homme recommande à l'Assemblée générale des Nations Unies de créer un nouveau mécanisme international, impartial et indépendant, complémentaire de la Mission d'établissement des faits, pour faciliter les enquêtes pénales sur les auteurs de tels actes. « Ce mécanisme devrait également élaborer un cadre pour la réintégration des Rohingyas et d'autres victimes et fournir un soutien immédiat et à long terme aux victimes », a dit le Haut-Commissaire.

Le chef des droits de l’homme de l’ONU a déploré le fait que les Rohingyas n'aient pas été inclus dans les discussions portant sur « leur propre avenir » et « l'échec persistant de plusieurs membres de la communauté internationale à défendre le droit de la communauté à s'identifier comme Rohingya. « Le refus de nommer les Rohingyas en tant que tels, y compris dans les documents officiels et les déclarations - même au Conseil - ajoute un manque de respect aux terribles violations qu'ils ont subies », a dit Zeid Ra’ad Al Hussein.

« Le Myanmar doit comprendre que la communauté internationale n'oubliera pas les atrocités commises contre les Rohingyas, et qu'elle n'absoudra pas les hommes politiques qui cherchent à les dissimuler », a dit le Haut-Commissaire qui a appelé le gouvernement a accorder un accès immédiat aux enquêteurs internationaux indépendants sur les droits de l'homme et à l'actuel Rapporteur spécial, Yanghee Lee, afin de garantir une enquête crédible.

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