Pays en développement : le pari de la CNUCED pour faire du numérique un levier du développement

16 avril 2018

« La digitalisation offre de belles opportunités pour le développement, c’est vrai, mais si nous y allons à l’aveugle nous n’en tirerons pas profit, bien au contraire », a mis en garde lundi la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) lors du lancement de la quatrième édition de la Semaine du commerce électronique.

« Les technologies ne préparent pas et ne réparent rien, les hommes oui », a déclaré la Secrétaire générale adjointe de la CNUCED, à l’ouverture d’une réunion qui sera consacrée aux risques et avantages d’une économie fondée sur les données. Selon Mme Isabelle Durant, l’urgence est « de préparer ensemble - pour ne pas devoir réparer - et pour en tirer les bénéfices, au nom du développement et au nom des pays les plus pauvres ».

Pendant cinq jours, cette institution onusienne entend faire de ce forum une occasion pour échanger et aider les gouvernements à faire face aux multiples défis d’adaptation liés à ces changements technologiques. L’objectif est de mieux comprendre comment « le commerce en-ligne peut-être des leviers de développement, des accélérateurs de prospérité ». A cet égard, la CNUCED rappelle d’ailleurs que le commerce électronique dans le monde s’est étendu en un an de 400 milliards de dollars en 2016, avec un chiffre d’affaires s’approchant des 25.800 milliards de dollars. Et les Etats-Unis restent premiers avec près d’un tiers de ce total.

Mais ce sont aussi « cinq jours pour mieux comprendre les enjeux et les dangers liés à cette relativement nouvelle économie digitale », a ajouté Mme Durand qui note qu’il sera difficile de voir « les bénéfices de cette nouvelle manière de commercer que si nous n’y allons pas à aveugle ». Selon la Secrétaire générale adjointe de la CNUCED, « il est en effet dangereux d’entrer dans ce monde digital et encore moins d’y pratiquer une activité durable et bénéfique pour le développement local si on n’en connait pas suffisamment les codes, les risques, les règles, tant pour y travailler que pour s’adapter en permanence aux évolutions hyper rapides qui s’y produisent ». 

La Semaine du commerce électronique arrive à un moment opportun alors que l’économie numérique évolue rapidement. On relève notamment qu’entre 2012 et 2017 le nombre d’utilisateurs mensuels de Facebook est passé de 1 milliard à 2,2 milliards - la croissance la plus rapide étant enregistrée dans les pays en développement. « Le débat actuel sur Facebook et la protection des données montre clairement que la plupart des pays sont mal préparés à l’économie numérique », avait d’ailleurs déclaré le Secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi. « Environ 90 % des nouveaux utilisateurs d’Internet au cours des 5 dernières années résident dans des pays en développement - mais la moitié de ces pays n’ont actuellement pas de législation pour protéger leur vie privée. »

Commerce en ligne : l’aide de la CNUCED aux pays les moins avancés

Face aux défis posés par ces nouvelles technologies, la CNUCED a lancé en 2016 le programme « eTrade Readiness Assessment » (l’évaluation de l’état de préparation au commerce en ligne). En un an et demi, l’institution onusienne a aidé près de sept pays moins avancés à établir des mesures politiques indispensables et les permettre ainsi de se lancer « dans l’aventure de l’e-commerce avec des lunettes à dioptrie adaptées, pas à l’aveugle donc, et espérer ainsi s’engager dans des activités en ligne qui favorisent un développement qui soit juste et solide ».

La CNUCED en tire un bilan, mais aussi des recommandations, notamment au Libéria où il s’agit de consolider les capacités des PME dans des domaines tels que le développement de sites web et l’adoption de méthodes de paiements en ligne, mais aussi miser sur une augmentation de leur part de marché sur les plateformes digitales.  A la République démocratique populaire lao, les évaluateurs ont pointé du doigt les faibles compétences, et recommandent ainsi de nouveaux cours d’e-commerce et de développement surtout pour mieux préparer les jeunes à participer à l’économie digitale mondiale. Toutefois selon la CNUCED, si l’on veut des résultats, il va falloir traduire ces recommandations dans les plans de développement nationaux, dans les politiques liées aux technologies de l’information, dans les partenariats public-privé, dans les projets de développement.

A noter que les différentes réunions de cette semaine consacrée au commerce électronique porteront sur la protection des consommateurs en ligne, la logistique commerciale à l’ère numérique, les identités numériques, les technologies « blockchain », la participation des femmes à l’économie numérique ou encore le développement du commerce électronique en Afrique et en Asie du Sud.