Syrie : le Conseil des droits de l'homme informé d'une détérioration de la situation sur le terrain

Session spéciale du Conseil des droits de l'homme sur la situation en Syrie, le 1er juin 2012. Photo ONU/Pierre Albouy
Session spéciale du Conseil des droits de l'homme sur la situation en Syrie, le 1er juin 2012. Photo ONU/Pierre Albouy

Syrie : le Conseil des droits de l'homme informé d'une détérioration de la situation sur le terrain

Malgré certaines améliorations, la violence et les tueries – y compris durant des heurts armés, des bombardements et l'utilisation d'engins explosifs –se poursuivent partout en République arabe syrienne, où la population civile demeure globalement en péril, tandis que des informations dignes de foi font état de violations graves des droits de l'homme.

Telles sont quelques-unes des conclusions du rapport présenté mercredi devant le Conseil des droits de l'homme par la Haut Commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay. Couvrant les évènements qui se sont déroulés jusqu'au 11 mai dernier, il indique que l'application du cessez-le-feu annoncé le 12 avril 2012 s'est révélée « partielle et fragile ».

Mme Pillay a jugé particulièrement inquiétant de constater que des civils innocents sont pris entre deux feux et que le contingent non armé de la Mission d'observation des Nations Unies ait dû suspendre ses opérations de surveillance en raison de l'intensification dangereuse des violences.

Le Président de la Commission internationale indépendante d'enquête sur la Syrie, Sérgio Pinheiro, a offert quant à lui une mise à jour de la situation sur le terrain en remerciant tout d'abord les autorités syriennes d'avoir permis à la Commission de se rendre, le weekend dernier, pour la première fois à Damas, où ses membres ont expliqué à des responsables gouvernementaux le sens de leur mission.

M. Pinheiro a confirmé les conclusions de la Haut Commissaire, en affirmant que les violations patentes des droits de l'homme se poursuivaient dans le pays, dans le contexte d'affrontements qui présentent par endroits les caractéristiques d'un « conflit armé non-international », et alors que l'afflux d'armes et de munitions de part et d'autre risque d'entraîner une aggravation de la situation.

S'agissant de la tuerie de Houla, qui avait fait le 25 mai dernier plus de cent victimes civiles, dont une majorité de femmes et d'enfants assassinés dans leurs maisons, la Commission a indiqué que l'armée aurait manifestement déployé des transports de troupes blindés, des tanks et/ou des pièces antiaériennes mobiles ainsi que des mortiers dans le secteur où se sont produits les faits.

D'autres éléments semblent accréditer l'hypothèse d'une attaque imputable aux forces gouvernementales et pro-gouvernementales, comme les chabbiha. « La Commission juge improbable – mais sans pouvoir l'exclure – que les combattants antigouvernementaux soient responsables de ce massacre », a déclaré M. Pinheiro devant le Conseil.

« De même, il n'est pas possible d'exclure une implication de groupes étrangers à l'affiliation inconnue », a-t-il ajouté. Si des incohérences dans les preuves disponibles compliquent les démarches pour établir à ce stade l'identité des auteurs de ce crime grave, la Commission considère toutefois que « les forces loyales au Gouvernement peuvent avoir été responsables de nombre des morts. »

Au-delà de ce massacre, la Commission a de bonnes raisons de croire que les forces gouvernementales et les chabbiha ont perpétré des assassinats illégaux, des arrestations arbitraires, des actes de torture, ainsi que des actes de violence sexuelle contre des hommes, des femmes et des enfants.

Selon elle, il y a de bonnes raisons de croire aussi que des groupes antigouvernementaux ont exécuté des soldats gouvernementaux capturés, des chabbiha, des combattants étrangers et autres collaborateurs ou informateurs supposés. M. Pinheiro s'est particulièrement alarmé par les informations selon lesquelles ces mêmes groupes armés antigouvernementaux utiliseraient des enfants comme messagers, les exposant à des risques mortels.