Afrique : faire reculer l'excision est possible, selon l'UNICEF

Afrique : faire reculer l'excision est possible, selon l'UNICEF

Ce type de lame est utilisé pour procéder à des mutilations génitales féminines.
Malgré les pressions sociales et les traditions centenaires, certaines communautés africaines parviennent à mettre un terme à la pratique de l'excision et des mutilations génitales féminines, souligne un rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) publié jeudi.

Malgré les pressions sociales et les traditions centenaires, certaines communautés africaines parviennent à mettre un terme à la pratique de l'excision et des mutilations génitales féminines, souligne un rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) publié jeudi.

« Le choix d'une famille de pratiquer ou d'abandonner l'excision/mutilation génitale féminine est influencé par d'importantes sanctions sociales positives ou négatives, » souligne Gordon Alexander, Directeur par intérim du Centre de recherche Innocenti de l'UNICEF.

Chaque année, des millions de filles sont excisées et mutilées dans le monde entier. Cette pratique peut entraîner des problèmes de santé permanents : hémorragies, problèmes urinaires, complications lors des accouchements et mortalité des nouveau-nés.

Le rapport élaboré par le Centre de recherche de l'UNICEF et intitulé, 'La dynamique du changement social : vers l'abandon de l'excision/mutilation génitale féminine dans cinq pays africains', présente les différentes solutions adoptées par les communautés pour mettre un terme à ces pratiques.

Modifier les pratiques comportementales, qui parfois existent depuis des siècles, est un processus complexe, indique les experts de l'UNICEF. Le rapport constate que les initiatives d'abandon les plus efficaces sont celles qui sont mises en œuvre dans un cadre non-agressif, qui confortent la culture locale et qui engendrent la confiance de la communauté.

La réussite des programmes dépend pour une bonne partie de l'implication des membres éminents de la communauté, comme les chefs religieux et locaux, ainsi que par la participation de réseaux sociaux et des institutions. La réforme législative, les politiques nationales et les médias sont des outils décisifs qui permettent et encouragent le processus.

Selon le rapport, dans les communautés où elle est pratiquée, l'excision/mutilation génitale féminine n'est pas considérée comme un acte préjudiciable mais comme une pratique nécessaire pour éduquer et protéger les filles et, dans bien des cas, les rendre éligibles pour le mariage. Le défaut d'opérer ou de subir l'excision/mutilation génitale féminine peut entraîner la désapprobation et l'exclusion sociale, non seulement de la jeune fille, mais également de toute sa famille.

La religion, la tradition et la culture sont souvent invoquées par les familles comme autant de raisons de faire exciser leur fille. Par exemple, de nombreuses communautés soutiennent que cette pratique est un précepte imposé par la doctrine religieuse, même si aucune des grandes religions ne l'impose. Le rapport révèle que l'un des facteurs clés qui motivent les parents à faire exciser leurs enfants – c'est-à-dire faire ce qu'il y a de mieux pour leurs filles – peut également induire la décision de mettre fin à cette pratique si les normes sociales évoluent et si les attentes sociales se modifient.

Malgré les progrès réalisés dans les communautés bénéficiaires des interventions – surtout au Sénégal – les taux de prévalence nationaux de l'excision/mutilation génitale féminine restent élevés en Égypte, Éthiopie et au Soudan. La modification notable des attitudes à l'égard de cette pratique constatée dans ces trois pays montre néanmoins que les mérites de la pratique sont remis en question et que de nombreux individus préféreraient, si les circonstances le permettaient, ne pas avoir à soumettre leurs filles, épouses, sœurs et cousines à l'excision/mutilation génitale féminine.

Selon le rapport, les estimations du nombre de filles et de femmes excisées dans le monde varient de 70 à 140 millions. En Afrique, trois millions de filles et de femmes risqueraient d'être excisées chaque année. Cette pratique est également courante dans certains pays d'Asie et du Moyen Orient et, dans une moindre mesure, dans certaines communautés d'immigrés en Europe, en Australie, au Canada, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis.