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Faute de stratégie adaptée, Haïti est toujours dans la crise humanitaire, selon un expert

Faute de stratégie adaptée, Haïti est toujours dans la crise humanitaire, selon un expert

Des enfants à Jacmel, en Haïti, jouent avec des kits distribués par l'UNICEF.
« Neuf mois après le tremblement de terre, Haïti vit toujours une profonde crise humanitaire qui affecte directement les droits fondamentaux des personnes déplacées par la catastrophe », a indiqué mardi le Représentant de l'ONU sur les droits des personnes déplacées, Walter Kaelin, de retour d'une visite dans ce pays.

« Près de 1,3 million d'Haïtiens ayant perdu leurs maisons lors du séisme, auxquels se sont ajoutés tous ceux qui ont fui des conditions de vie aggravées par le tremblement de terre, vivent aujourd'hui dans des camps dans et autour de Port-au-Prince », a souligné l'expert indépendant de l'ONU, qui a visité « certains des quartiers les pires de la capitale », ainsi que d'autres « taudis en dehors » où le sort de ceux qui y vivent « est moins visible, mais non moins grave ».

« Les gens dans les camps ont des besoins spécifiques, notamment pour se loger, qui devraient être traités au niveau des camps », a poursuivi Walter Kaelin, appelant à un changement d'orientation des opérations humanitaires.

Selon lui, « la population des camps, mais aussi les pauvres d'Haïti, ont d'autres besoins urgents tels que l'accès à la santé, l'eau, l'assainissement et l'éducation, qui devraient faire l'objet d'une approche par quartier, de manière à ce que toute la population ait accès à ces services en fonction de ses besoins au lieu d'être laissée dans des camps non pérennes ».

Il a également appelé au lancement plus rapide du processus de reconstruction. « C'est une crise humanitaire qui a besoin d'une solution de développement. Le gouvernement haïtien a besoin d'établir et de présenter publiquement un plan précis sur la manière dont il entend fournir des solutions durables aux personnes dans les camps », a-t-il ajouté.

« En attendant, si les bailleurs de fonds assurent des financements flexibles, la reconstruction de quartier à plus petite échelle peut avancer et donner beaucoup plus de cet espoir si nécessaire », a déclaré Walter Kaelin, avant d'exhorter les pays donateurs à continuer de financer l'aide humanitaire et les activités de protection des déplacés, tant qu'aucun progrès substantiel vers des solutions durables n'est fait.

L'expert de l'ONU a par ailleurs mis en avant l'importance de développer une approche fondée sur les droits des personnes déplacées. « Le droit au retour est un principe clé ; lorsque les zones d'habitation d'origine se sont révélés dangereuses, le déplacement volontaire ou la réinstallation ailleurs sont des options, à condition que les moyens de subsistance et l'accès aux services de base soient assurés », a-t-il rappelé.

Soulevant aussi le problème croissant des expulsions forcées de terrains privées, Walter Kaelin a rappelé qu'« il ne devait pas y avoir d'expulsion forcée sans procédure régulière ou recherche de solution alternative raisonnable ».

« Le gouvernement doit publiquement défendre ce principe », a-t-il demandé, rappelant que « le droit de propriété doit être mis en balance avec les droits économiques et sociaux des victimes du tremblement de terre ».

Préoccupé également par le niveau de violence à l'égard des femmes et des enfants dans les camps, il a estimé que « les viols étaient un grave problème, à l'intérieur et l'extérieur des camps ». « J'encourage la Police nationale haïtienne et la Mission de l'ONU pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) à accroître leur présence et leurs patrouilles dans les camps, même si ce n'est qu'une partie de la solution ».

Pour conclure, Walter Kaelin a appelé le gouvernement haïtien à envoyer « un signal clair à la police et au système judiciaire, pour mettre un terme à l'impunité généralisée, c'est une priorité», a-t-il déclaré.

De son côté, la Sous Secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d'urgence, Catherine Bragg, a entamé lundi une visite de trois jours en Haïti. Dès son premier jour dans le pays, elle s’est rendue dans des camps pour personnes déplacées, a indiqué le Bureau de la Coordination des affaires humanitaires.