Sahara occidental : les négociations directes entre parties, seule solution à l'impasse actuelle, affirme Kofi Annan

24 avril 2006

L'impasse actuelle au Sahara occidental risque d'en faire une menace à la paix et à la sécurité, prévient le Secrétaire général dans son dernier rapport au Conseil de sécurité, dans lequel il souligne que l'ONU reste tenue de garantir l'autodétermination du territoire revendiqué par le Maroc et préconise des « négociations directes entre les parties ».

« Vu la situation actuelle sur le terrain et les efforts déployés par mon Envoyé personnel, j'estime que la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO) continue de jouer un rôle clef dans la stabilisation et la surveillance du cessez-le-feu », déclare le Secrétaire général dans son dernier rapport au Conseil de sécurité, rendu public aujourd'hui mais daté du 19 avril.

Le Secrétaire général y recommande que le mandat de la MINURSO soit prorogé pour une nouvelle période de six mois, jusqu'au 31 octobre 2006.

« J'espère sincèrement que les parties en profiteront pour réfléchir aux longues années qui se sont écoulées depuis le début du conflit et aux mesures qu'elles doivent prendre toutes deux pour parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable », indique le Secrétaire général qui établit un bilan de l'impasse dans laquelle se trouve les parties - le Royaume du Maroc et le Front POLISARIO - ainsi que la communauté internationale.

Il est établi en droit international, rappelle le Secrétaire général, qu'il n'y a « aucune raison valable pour que les règles concernant la décolonisation et l'autodétermination » ne s'appliquent pas au Sahara occidental, ainsi que l'avait déclaré la Cour internationale de justice (CIJ) dans un avis consultatif en date du 16 octobre 1975.

Trente ans plus tard, la « résolution n'a toujours pas appliquée », souligne le Secrétaire général.

Or, ajoute-t-il, malgré l'opposition exprimée par le Maroc à toute solution prévoyant l'indépendance du territoire, l'ONU ne pourrait pas « s'associer à un plan excluant un référendum véritable tout en prétendant assurer l'autodétermination du peuple du Sahara occidental ».

Kofi Annan prend acte toutefois du blocage actuel et de l'inaction du Conseil de sécurité, l'imputant soit au fait que « le Sahara occidental n'était pas au premier rang des préoccupations politiques », soit que « grand cas était fait du maintien des bonnes relations tant avec le Maroc qu'avec l'Algérie ».

Le rapport émet ainsi l'hypothèse que « tant que le Sahara occidental n'aurait pas une place plus importante dans leurs priorités politiques, nombre de pays estimeraient que le statu quo [serait] plus tolérable que l'une quelconque des solutions envisageables ».

« Je pense comme mon Envoyé personnel que le Conseil de sécurité ne peut se permettre d'adopter une telle attitude. Je ne peux attendre que la question du Sahara occidental, d'une source d'instabilité potentielle dans la région, devienne une menace à la paix et à la sécurité internationales », prévient le Secrétaire général dans son rapport.

« La prolongation pour une durée indéfinie de l'impasse actuelle » n'étant pas viable, le Secrétaire général recommande « la tenue de négociations directes entre les parties » comme la seule solution envisageable.

« Le Conseil et ses États membres devraient maintenant se montrer à la hauteur et faire tout ce qui est en leur pouvoir » pour contribuer au lancement des « négociations entre le Maroc et le Front POLISARIO en tant que parties, et l'Algérie et la Mauritanie en tant que pays voisins », indique le Secrétaire général, qui préconise de trouver « une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, garantissant l'autodétermination du peuple du Sahara occidental ».

Le rapport prévient aussi « qu'une prolongation de l'impasse actuelle risque de se traduire par une détérioration de la situation au Sahara occidental, comme en témoignent les manifestations continues et les allégations de violation des droits de l'homme ».

A cet égard, souligne le Secrétaire général, « je suis préoccupé en particulier par les rapports faisant état de réactions brutales aux manifestations récentes dans le territoire, notamment l'arrestation et la mise en détention de plusieurs personnes ».

Le rapport note toutefois que toutes les parties concernées ont maintenant approuvé une proposition du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) visant à envoyer une mission au Sahara occidental et dans les camps de la région de Tindouf de même qu'en Algérie, en tant que pays d'asile. « Le Maroc a fait savoir qu'il serait prêt à accueillir la mission vers le 15 mai 2006 », ajoute-t-il.

S'agissant par ailleurs des activités de la MINURSO, le Secrétaire général s'est félicité de la réduction du nombre de violations des accords militaires par les parties, appuyant en outre ses activités dans le domaine des droits de l'homme et de l'assistance humanitaire.

Selon les informations parues dans la presse, le roi du Maroc a ordonné le 22 avril la remise en liberté de 48 activistes sahraouis emprisonnés l'année dernière lors de manifestations réclamant l'indépendance du Sahara occidental.

 

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