Darfour : le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité doivent inciter la communauté internationale à agir

7 avril 2006

L'expert de l'ONU sur la prévention du génocide a alerté une fois de plus aujourd'hui sur la situation au Darfour, où les nettoyages ethniques, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis doivent inciter la communauté internationale à agir, alors que la situation sur le terrain empire depuis un an.

« Aujourd'hui nous commémorons le 12ème anniversaire du génocide au Rwanda. Et alors que l'on se souvient des victimes dont le nombre s'élève à près d'un million, il faut aussi se souvenir que la communauté internationale n'a rien fait pour prévenir ce génocide », a déclaré aujourd'hui le Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, Juan Mendez.

« Cette journée doit donc servir à réitérer nos engagements », a-t-il estimé lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU à New York.

image• Retransmission de la conférence de presse[51mins]

« La création de mon Bureau est un acte d'autocritique de la communauté internationale pour n'avoir par agi. La résolution 1366 (2001) du Conseil de sécurité reconnaît cet échec et demande au Secrétaire général de lui référer les situations qui risquent de dégénérer en génocide et de proposer des mesures pour les prévenir. »

C'est le rôle de mon bureau d'alerter et de suivre ces situations à travers le monde, a rappelé Juan Mendez, précisant que ses travaux étaient basés sur la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide ».

Au plan juridique, l'obligation de prévenir et de punir le génocide fait partie du droit international. Néanmoins, « j'ai été impressionné lorsque les Etats Membres réunis pour le Sommet mondial ont adopté dans leur document final le principe de la responsabilité de protéger les populations vulnérables, non seulement contre le génocide mais aussi contre les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité», a-t-il affirmé.

C'est dans ce contexte que Juan Mendez a appelé à mettre en œuvre ces engagements, notamment au Darfour.

« J'ai visité le Darfour deux fois. A chaque fois j'ai présenté des recommandations, qui ont été transmises au Conseil de sécurité, à savoir premièrement assurer la protection physique des populations civiles, notamment grâce à des contingents armés, deuxièmement apporter une assistance humanitaire, troisièmement briser le cycle de l'impunité et enfin apporter un soutien au processus de paix ».

« Dans ces quatre domaines la communauté internationale a pris des mesures, mais elles sont insuffisantes », a déclaré Juan Mendez, pour qui la question de la protection devient critique puisque la situation empire.

« Elle est pire qu'il y a six mois. Et sûrement pire qu'il y a un an alors qu'ont éclaté de nouveaux affrontements entre le gouvernement et les rebelles et entre rebelles ».

En écho aux appels du Secrétaire général, le Conseiller spécial a exhorté les Etats Membres à financer et à équiper de façon adéquate la force de l'ONU appelée à être déployée au Darfour pour remplacer la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS).

Il s'est aussi déclaré « déçu que l'on ait laissé la MUAS agir sans les moyens nécessaires, alors que son budget était dès le départ en déficit de 200 millions de dollars ».

« Le gouvernement soudanais a joué depuis des mois avec les autorisations qu'il a données à la MUAS, restreignant les réserves en carburants, imposant l'interdiction d'importer les véhicules blindés attribués à la MUAS, imposant l'interdiction d'entraîner le personnel au Darfour, ce qui oblige l'Union africaine à faire sortir le personnel du pays pour l'entraîner », a-t-il précisé.

Exhorté par les journalistes à qualifier la situation au Darfour de génocide, Juan Mendez a indiqué que ce n'était pas son rôle.

« Ce serait même en contradiction avec mon mandat qui me l'interdit », a-t-il dit, rappelant que son rôle était la prévention et que si les conditions du génocide étaient déjà réunies, cela signifierait que la prévention a échoué.

« Il est clair que des crimes contre l'humanité, des activités de nettoyage ethnique et des crimes de guerre » ont eu lieu au Darfour. « Tout cela devrait suffir à alerter la communauté internationale », a-t-il insisté, rappelant que « la communauté internationale est obligée légalement d'agir en cas de crimes contre l'humanité et de nettoyage ethnique, pas seulement de génocide ».

« Notamment, la convention contre le génocide elle-même impose l'obligation de prévenir ces situations, avant qu'elles ne soient qualifiées de génocide », ce qui signifie que juridiquement tous ses signataires sont en violation de leurs engagements pour leur inaction au Soudan.

« Le nombre de victimes estimé au Darfour se trouve entre 100.000 et 400.000 morts, ce qui est en soi inacceptable », a rappelé Juan Mendez.

Cette semaine, Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU a dénoncé l'interdiction de visiter la région que lui a imposé le gouvernement soudanais.

« L'obstruction à ma visite au Soudan est symptomatique d'un gouvernement qui refuse de nous aider à prêter assistance à sa propre population, alors qu'il y a de plus en plus d'insécurité et de violence », avait déclaré Jan Egeland lors d'un entretien à la radio de l'ONU, où il a rappelé qu'il était en mission au nom du Secrétaire général.

Le Conseiller spécial a par ailleurs indiqué que le Darfour n'était pas la seule situation suivie par son bureau, « même si c'est celle qui occupe la plus grande partie de notre temps », citant celle la République démocratique du Congo (RDC) et, en réponse à une question, la situation des populations en Tchétchénie, en Ingushie et en Ossétie.

« Mais dans ces derniers cas nous n'avons pas encore d'observations à formuler », a-t-il conclu.

Sur les précédents appels de Juan Mendez sur la situation au Darfour, dépêches du 26.09.05, du 11.10.05 et du 05.12.05.

 

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