Mort de Slobodan Milosevic : Carla del Ponte déplore que justice ne pourra être rendue

13 mars 2006

Alors que se poursuit l'enquête sur la mort de l'ex-dirigeant serbe Slobodan Milosevic, accusé de crimes contre l'humanité, retrouvé mort samedi dans sa cellule, le Procureur du Tribunal pénal des Nations Unies pour l'ex-Yougoslavie a déploré hier que ce décès « prive les victimes » d'une décision de justice nécessaire.

« Je regrette profondément la mort de Slobodan Milosevic » qui « prive les victimes de la justice dont elles ont tant besoin », a déclaré le Procureur du Tribunal pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, dans un communiqué publié le 12 mars à La Haye.

L'ex-président serbe Slobodan Milosevic, qui a été retrouvé mort dans sa cellule samedi matin à La Haye, « était l'objet de 66 chefs d'accusation pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo entre 1991 et 1992 », qui ont fait plusieurs centaines de milliers de victimes.

« Près de 295 témoins ont pris la parole et près de 5.000 pièces ont été produites », ce qui constitue une foule d'éléments à charge », a précisé Carla del Ponte, qui a déploré que ce décès intervienne si près du but.

Après 466 jours d'audience à raison de quatre heures par jour, il ne restait plus que 40 heures affectées à entendre les arguments de la défense, et le jugement aurait vraisemblablement eu lieu au printemps.

« C'est un grand dommage pour la justice que le jugement ne sera pas achevé et qu'aucun verdict ne sera rendu », a affirmé le Procureur, qui a rappelé néanmoins que « d'autres responsables de haut rang avaient été condamnés pour les crimes dont Slobodan Milosevic était aussi accusé ».

« Cette année s'ouvrira le jugement de huit dirigeants accusés pour le génocide de Srebrenica, ainsi que le jugement de six responsables serbes pour des crimes commis au Kosovo », a rappelé Carla del Ponte.

« Mais les responsables principaux restent en fuite », a fait observer le Procureur.

« Aujourd'hui plus que jamais j'attends de la Serbie qu'elle arrête finalement Ratko Mladic et Radovan Karadzic afin qu'ils soient transférés à La Haye le plus rapidement possible », a rappelé Carla del Ponte.

Elle a aussi rendu hommage au courage de l'ex-Premier ministre serbe Zoran Dindic, assassiné il y a de cela exactement trois ans, après avoir fait transférer Slobodan Milosevic à La Haye afin qu'il y soit jugé.

Pour sa part, le président du TPIY, Theodor Meron, a indiqué hier lors d'une rencontre avec la presse qu'il avait ordonné une enquête et une autopsie, menée, à la requête des autorités de la Serbie et Monténégro, en présence de pathologistes choisis par Belgrade.

Selon un communiqué publié hier également, l'autopsie a conduit à établir que la cause du décès était un infarctus du myocarde.

Une audience sur l'enquête dans la mort de Slobodan Milosevic est prévue demain mardi à La Haye.

Slobodan Milosevic, dont les affections cardiaques étaient connues, avait longuement insisté pour prendre lui-même la direction de sa défense, requête finalement accordée par le TPIY « tant que la santé de l'ex-dirigeant serbe le lui permettrait » (dépêche du 01.11.04).

 

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