R. D. Congo : le désarmement des milices dans l'Est du pays pose toujours un défi

2 novembre 2005

Positif sur la transition politique, le chef des opérations de maintien de la paix a rappelé aujourd'hui l'énorme défi que constituait toujours le désarmement des groupes armés de l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), lors d'une rencontre avec la presse et à l'issue d'une réunion avec le Conseil de sécurité.

A la veille de la mission du Conseil de sécurité – prévue du 4 au 11 novembre prochain – dans la région des Grands Lacs – Burundi, Rwanda et RDC -, Jean-Marie Guéhenno, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a rappelé l'importance de la tenue du référendum sur la constitution dans quelques semaines et des élections générales prévues dans huit mois - en juin prochain.

« C'est l'événement le plus important de l'histoire de la RDC. Et ce sont les élections les plus importantes en termes de moyens que les Nations Unies ont jamais eu à soutenir », a déclaré Jean-Marie Guéhenno, lors d'une rencontre avec la presse au siège de l'ONU à New York et à l'issue d'une réunion à huis clos avec les membres du Conseil de sécurité sur la situation dans le pays.

Au 31 octobre dernier, 19,2 millions de Congolais s'étaient inscrits sur les listes électorales, a-t-il indiqué. « Personne n'aurait pu croire, il y a un an, qu'un tel nombre de Congolais se seraient inscrits. Cela veut dire qu'il y a un profond mouvement, un grand désir de souveraineté », a-t-il fait remarquer.

« C'est la bonne nouvelle », a-t-il conclu sur le dossier de la transition politique en RDC.

Le désarmement des groupes armés dans l'Est de la RDC constitue l'autre grand défi de la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), a poursuivi Jean-Marie Guéhenno. « Il est inacceptable qu'il y ait toujours 12.000 à 15.000 membres des FDLR – les forces démocratiques pour la libération du Rwanda, appelées aussi ex-FAR/Interahamwe – en RDC », a-t-il dénoncé.

« C'est évidemment inacceptable pour le Rwanda, qui a tant souffert du génocide. C'est aussi inacceptable pour les Congolais aussi dans la mesure où ces groupes sont sources d'énormes souffrances », a-t-il souligné.

Pour affronter ce défi, il faut, selon le Secrétaire général adjoint, mener de solides opérations militaires, sans s'y limiter.

Après avoir discuté avec des experts militaires de l'ONU et de l'OTAN, il s'avère que les campagnes militaires sont impossibles sur cet immense territoire recouvert de forêts tropicales où bien souvent le seul moyen de se déplacer est la marche à pied, a-t-il expliqué. De plus des campagnes militaires peuvent amener certains à désarmer et d'autres à se déplacer, et du coup à déplacer la violence, a-t-il ajouté.

« Il faut aussi, selon Jean-Marie Guéhenno, envoyer un message fort aux leaders qui ne respectent pas l'engagement de désarmer pris le 31 mars dernier ».

« Il faut également motiver les membres des FDLR qui sont prêts à désarmer volontairement ».

« Il faut par ailleurs une coopération entre le Rwanda et la RDC pour ceux les soldats qui auraient désarmés pour qu'ils soient les bienvenus au Rwanda quand ils reviennent ».

« Il faut enfin des forces armées congolaises efficaces et crédibles à la fois sur le plan militaire et sur le plan de la police pour que l'Etat puisse étendre son autorité sur l'ensemble du territoire, aux quatre coins du pays ».

« La solution à long terme, c'est que l'Etat congolais contrôle tout son territoire », a conclu le Secrétaire général adjoint, sur les questions de désarmement.

Abordant la réforme de la sécurité, Jean-Marie Guéhenno a souligné que la MONUC avait fait un grand pas en formant la police. « Une formation courte mais une formation de base », a-t-il fait remarquer.

Enfin, sur la bonne gouvernance, il a rappelé que « la RDC était un Etat souverain qui ne pouvait pas pour l'instant exercer toute sa souveraineté dans la mesure où le gouvernement n'avait pas encore l'entier contrôle de son budget, de ses revenus ni de ses dépenses ».

Le 28 octobre dernier, le Conseil de sécurité avait décidé, en adoptant la résolution 1635, de proroger le mandat de la MONUC pour une durée d'un an, autorisant un renforcement temporaire des effectifs au Katanga et appelant les autorités congolaises à garantir des élections libres, transparentes et pacifiques (voir notre dépêche du 28 octobre 2005).

Le 6 octobre dernier, William Lacy Swing, Représentant spécial du Secrétaire général pour la RDC, avait affirmé, lors d'une conférence de presse donnée à New York, qu'en dépit du regain de tensions à l'Est du pays, le retard accusé dans les préparatifs des élections était dû principalement à des questions techniques (voir notre dépêche du 6 octobre 2005).

Le 4 octobre dernier, le Conseil de sécurité avait exprimé, dans une déclaration présidentielle, « sa préoccupation » devant la présence de groupes armés étrangers qui continuent de menacer la stabilité de l'Est de la RDC et avait appelé au désarmement et au départ des FDLR et de la LRA (Armée de la résistance du Seigneur).

Les FDLR sont des milices rwandaises impliquées dans le génocide de 1994. Elles sont composées des éléments extrémistes Hutu ayant fui le Rwanda vers la RDC après le génocide rwandais de 1994, ainsi que de membres Hutu de l'ancienne armée rwandaise et de déplacés hutus rwandais.

La LRA est une milice ougandaise connue pour ses campagnes de pillage, de massacres, de mutilations et d'enlèvements d'enfants dans le Nord de l'Ouganda. Dirigée par le chef mystique Joseph Kony, qui prétend instaurer une théocratie en Ouganda sur la base des dix commandements, la LRA a fait depuis 1987 près de 100.000 morts, causé le déplacement de près de 2 millions de personnes qui vivent dans des camps aux conditions sanitaires déplorables et enlevé près de 25 000 enfants, transformés en machines à tuer et en esclaves sexuels.

Le 31 mars dernier, les leaders civils et militaires des FDLR avaient annoncé, dans un communiqué, leur intention de cesser la lutte armée, de condamner le génocide de 1994, d'accepter de déposer leurs armes et d'entrer dans le programme de DDRRR (Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réinstallation et Réintégration) mis en place par l'ONU (voir notre dépêche du 31 mars 2005).

 

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