Affaire Hariri : la procédure judiciaire pourrait prendre des années, rappelle Detlev Mehlis

25 octobre 2005
Detlev Mehlis

Le chef de la Commission d'enquête sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais, Detlev Mehlis, a rappelé aujourd'hui, lors d'une conférence de presse, que la procédure judiciaire, y compris après l'enquête, pourrait prendre des années.

« Les conclusions telles qu'elles figurent dans le rapport sont que des membres des autorités libanaises et syriennes sont responsables de l'assassinat de Rafic Hariri », a déclaré le chef de la Commission d'enquête indépendante, créée par le Conseil de sécurité, lors d'une conférence de presse donnée aujourd'hui au siège de l'ONU.

Interrogé sur l'idée de « sanctions individuelles ciblées » pour améliorer la coopération de la part de la Syrie, Detlev Mehlis a indiqué qu'il n'était pas en mesure de prendre parti sur les mesures à prendre mais que la Commission avait besoin d'une coopération accrue de la part de ce pays.

Répondant à la réaction de la délégation syrienne qui a attaqué son rapport lors de la séance du Conseil de sécurité qui s'est tenue aujourd'hui, Detlev Mehlis a estimé qu'à sa place, « il aurait fait la même chose », mais que la Commission d'enquête avait présenté ses conclusions du mieux qu'elle pouvait.

« J'ai fait en sorte que les rédacteurs du rapport proviennent de la Suisse, de la Suède, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Egypte, des Etats-Unis et de l'Autriche, afin que le rapport soit le plus crédible possible », a-t-il souligné.

Interrogé sur l'encouragement lancé à la Syrie à mener sa propre enquête, Detlev Mehlis a indiqué qu'il avait demandé aux autorités syriennes des documents sur Rafic Hariri et qu'on lui avait répondu qu'ils ne disposaient d'aucun document. « Franchement, je ne crois pas que ce soit vrai », a-t-il affirmé. « Mais que peut faire la Commission d'enquête face à une telle réponse ? ».

Voir notre dépêche d'aujourd'hui sur l'exposé au Conseil de sécurité

Interrogé sur le fait que la Syrie, en tant qu'Etat, soit visée par l'enquête, il a précisé qu'une enquête pénale ne pouvait viser que des individus, mais il a rappelé que le président syrien Bashar Al-Assad avait été entendu comme témoin.

Sur les menaces contre les membres de la Commission dont il a fait part devant le Conseil de sécurité, il a précisé qu'elles avaient pris la forme de tracts distribués au Sud-Liban et de la part de « groupes » inconnus, mais qu'ils ne provenaient pas d'un pays en particulier.

Sur les capacités d'enquête de la justice libanaise, Detlev Mehlis a indiqué avoir été impressionné par son niveau, même si elle loin d'être parfaite. « Je pense que l'assurance du soutien de la communauté internationale et des Nations Unies est pour beaucoup dans les progrès accomplis », a-t-il ajouté.

A cet égard, il a précisé que si son enquête n'était pas achevée d'ici au 15 décembre – date de la prorogation de son mandat - la justice libanaise pourrait prendre le relais, dans l'idéal avec une forme d'assistance internationale.

Sur le point de savoir combien de temps pourrait durer l'enquête et si « le Moyen-Orient devrait vivre en état d'alerte pendant des années », Detlev Mehlis a rappelé que l'enquête avait commencé tard (quatre mois après l'attentat) et que la procédure d'enquête serait ensuite transmise à un juge chargé d'apprécier les preuves découvertes. Il a exprimé l'espoir que les Libanais comprendraient que c'est un processus judiciaire qui pourrait prendre du temps, voire des années.

Interrogé par ailleurs sur les pistes libanaises, le chef de la Commission d'enquête a précisé que « ni Ahmed Jibril [le chef du Front populaire de libération de la Palestine – FPLP-GC] ni le président de la république libanaise, Emile Lahoud, n'étaient considérés comme des témoins à ce stade ». Mais l'enquête continue, a-t-il précisé.

Interrogé sur le sentiment d'être dans une position similaire à celle de Hans Blix, le responsable de l'enquête des Nations Unies [en tant que chef de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations Unies] sur les armes de destruction massives en Iraq, Detlev Mehlis a expliqué que Hans Blix avait « un avantage en ce qu'il cherchait des produits chimiques ». Il a cependant indiqué comprendre la pression internationale de façon générale.

« Tous les rédacteurs du rapport sont bien conscients du risque que des extraits du rapport soient utilisés pour le politiser, mais en tant qu'enquêteurs nous ne pouvons que faire notre travail », a-t-il conclu.

image• Retransmission de la conférence de presse[54mins]

 

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