Srebrenica : le président du TPIY lance un appel à l'arrestation immédiate de Radovan Karadzic et Ratko Mladic

11 juillet 2005

A l'occasion des cérémonies du 10e anniversaire du massacre de près de 8 000 Musulmans par les forces serbes bosniaques, à Srebrenica, le président du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie a appelé, une nouvelle fois, les autorités serbes à coopérer pour l'arrestation immédiate et le transfert à La Haye, siège du tribunal, de Radovan Karadzic et de Ratko Mladic, les deux principaux responsables du génocide.

« Ceux qui continuent de donner refuge à ces fugitifs ne font que servir la cause de l'impunité et ne font que montrer du mépris pour la mémoire des victimes que nous honorons aujourd'hui », a déclaré Theodor Meron, président du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), dans une allocution prononcée au cours des cérémonies organisées à Potocari, pour la commémoration du 10e anniversaire du massacre de Srebrenica, en Bosnie orientale.

« En livrant Radovan Karadzic et Ratko Mladic, les autorités serbes ne feraient pas que remplir leurs obligations internationales, elles serviraient aussi au mieux les intérêts de leur population », a poursuivi le président du Tribunal.

« La fuite des fugitifs doit arriver à son terme, pas le moins prochain mais ce mois-ci, pas demain mais aujourd'hui », a-t-il souligné.

« Les victimes de Srebrenica le méritent, la justice le demande ».

« En cherchant à éliminer une partie des Musulmans bosniaques, les forces serbes de Bosnie ont commis un génocide. Ils ont tenté l'extermination de 40 000 Musulmans bosniaques qui vivaient à Srebrenica, un groupe emblématique des Musulmans bosniaques en général », a rappelé le président du TPIY.

« Ils ont pris les objets personnels de tous les hommes musulmans prisonniers, militaires et civils, vieux et jeunes, puis délibérément et méthodiquement, les ont tué sur la seule base de leur identité […]. Les forces serbes de Bosnie étaient conscientes, lorsqu'elles se sont embarquées dans cette entreprise génocidaire, du mal qu'elles causaient et qui continuerait de tourmenter les Musulmans bosniaques », a-t-il poursuivi.

Dans un discours prononcé également aujourd'hui, le Secrétaire général a rappelé les trois devoirs qui incombaient, selon lui, à la communauté internationale après ce massacre : découvrir toute la vérité, rendre la justice pour permettre la réconciliation et empêcher que de tels massacres ne se reproduisent en endossant le principe émergent de « la responsabilité de protéger ».

« Le monde doit s'équiper lui-même pour être capable d'agir collectivement contre les génocides, nettoyages ethniques et crimes contre l'humanité. Il faut donner au concept de la 'responsabilité de protéger' les moyens significatifs d'exister et pas seulement un soutien rhétorique », a-t-il affirmé (voir notre précédente dépêche sur le sujet).

Le Secrétaire général avait plaidé, dans son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande : développement, sécurité et droits de l'homme pour tous », pour l'adoption en tant que principe du droit international de la « responsabilité de protéger ».

« Adopter le principe de la responsabilité de protéger comme fondement de l'action collective face aux génocides, nettoyages ethniques et crimes contre l'humanité et décider d'assumer concrètement cette responsabilité, en affirmant qu'elle incombe au premier chef à l'Etat intéressé, qui a le devoir de protéger sa population, mais que si les autorités de cet Etat n'ont pas la volonté ou la capacité de protéger les citoyens du pays, elle devient celle de la communauté internationale qui doit recourir à des moyens diplomatiques, humanitaires ou autres pour aider à protéger la population civile, et que si ces moyens semblent insuffisants, le Conseil de sécurité peut-être contraint de décider de prendre des mesures en vertu de la Charte, notamment, si besoin est, des mesures coercitives », avait proposé le Secrétaire dans le troisième le chapitre de son rapport « Vivre dans la dignité ».

Le 13 juin dernier, lors d'un exposé au Conseil de sécurité, le Procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, Carla del Ponte, avait informé qu'elle n'assisterait pas aux commémorations « par respect pour la mémoire des victimes du massacre », toujours impuni.

Elle avait notamment déploré que la collaboration de la Serbie-et-Monténégro, de la Croatie et de la Republika Srpska à l'intérieur de la Bosnie-Herzégovine ne soit toujours pas pleine et entière (voir notre dépêche du 13 juin 2005).

 

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