La faim et le sida, premières menaces à la paix en Afrique, affirme le directeur du PAM au Conseil de sécurité

30 juin 2005

« Un homme affamé est un homme en colère », a rappelé aujourd'hui le directeur du Programme alimentaire des Nations Unies, lors d'une séance du Conseil de sécurité au cours de laquelle il a affirmé que la plus grande menace à la paix n'était pas la crise du Darfour, de l'Afghanistan ou de la Corée du Nord mais le problème de la faim et la dégradation des structures sociales liées au fléau du sida en Afrique australe.

« Les ravages combinés de la pandémie de VIH/sida, des sécheresses et d'une mauvaise gouvernance contribuent ensemble à saper la stabilité sociale et politique dans la région », a déclaré aujourd'hui, lors d'une séance au Conseil de sécurité consacrée à « la crise alimentaire en Afrique, menace à la paix et à la sécurité », le Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial.

James Morris a indiqué que, pour la seule année dernière, plus d'un million de personnes étaient décédées des suites du sida en Afrique Australe où l'espérance de vie n'est guère plus élevée qu'en Europe au Moyen-âge.

Poursuivant, le Directeur du PAM a évoqué son récent voyage dans la région, saluant certains progrès réalisés sur le terrain pour mieux aménager la présence des Nations Unies qui ont financé des projets à hauteur de 500 millions de dollars.

Quelque 3,5 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence en Afrique australe. Dans le même temps, les effets destructeurs du VIH/sida, outre le coût en vies humaines, entravent la capacité des communautés à produire de la nourriture en quantité suffisante. Les petits exploitants agricoles sont les premières victimes de la pandémie. 8 millions de fermiers ont perdu la vie des suites du sida en Afrique, soit un nombre plus élevé d'agriculteurs qu'il n'en existe en Europe et aux Etats-Unis à la fois, a indiqué James Morris.

« Le système de solidarité sociale est arrivé à son point de rupture », a-t-il souligné.

Il a jugé que s'attaquer à la faim et à la malnutrition et porter assistance aux femmes et aux enfants qui souffrent le plus, nécessitait la coopération des parties prenantes à la crise. Dans ce contexte, les activités des autorités civiles, en particulier la livraison de nourriture, demeurent un travail dangereux, le PAM a perdu un nombre très important d'employés, inférieur seulement à ceux perdus dans le cadre des opérations de maintien de la paix.

James Morris s'est par ailleurs élevé contre l'utilisation de la faim comme d'une véritable arme de guerre, soulignant qu'entre Jean Ziegler, le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, « un socialiste suisse », et lui-même, un « capitaliste américain », il y avait bien un point sur lequel ils ne pouvaient que s'accorder, à savoir que les populations vulnérables ont le droit à l'alimentation.

En effet, a-t-il dit, le cas du Darfour est à ce titre édifiant, qui voit la situation sur place se dégrader chaque jour un peu plus du fait de cette pratique révoltante. Au plan de la paix, de la stabilité et de la faim, James Morris a expliqué que les études de l'ONU démontraient le lien entre l'apparition de conflits armés et la réduction de la production agricole. Aujourd'hui, ce sont près de 3,5 millions de personnes qui risquent la famine sans aide alimentaire extérieure.

Les conflits, a-t-il poursuivi, génèrent la faim. Mais la faim est autant un effet des conflits qu'une cause. En Afrique centrale, où la guerre en République démocratique du Congo a bouleversé la région, le pourcentage de mal nourris est passé de 53% en 1995 à plus de 70% aujourd'hui. Dans le cas de pays où les conflits agissent moins sur la crise alimentaire – Ghana, Nigéria, Malawi et Madagascar – la situation nutritionnelle des populations s'est améliorée.

James Morris a déclaré que la gestion des crises alimentaires chroniques devait faire l'objet de politiques nationales établies en concertation avec les donateurs internationaux, ces deux parties ayant négligé l'apport des investissements agricoles, ce qui a contribué à aggraver le problème de la pauvreté. L'état des économies rurales s'en est considérablement ressenti, notamment dans des pays comme l'Ouganda et le Kenya, où plus de 80% des pauvres vivent dans les campagnes.

« Cependant, l'on assiste à l'heure actuelle à des vagues de migrations d'orphelins du sida vers les villes, où ils contribuent à la déstabilisation sociale et à la criminalité, lorsqu'ils ne vont pas grossir les rangs des enfants soldats », a déclaré Jame Morris.

« Trop peu d'efforts sont faits pour inciter les populations rurales dans les campagnes, où elles continuent de faire partie des tranches les plus pauvres de la population, a-t-il souligné ».

Cette situation de pénurie alimentaire attise les manifestations de violence, puisque l'accès à la nourriture se raréfie. Au Sud-Soudan, par exemple, l'accès à la nourriture a été utilisé comme une arme au plus fort de la guerre civile, la famine de 1988 ayant au total coûté la vie à un quart de million de personnes. Il a rappelé l'ironie de la situation actuelle, toutefois, où la signature d'un accord de paix a conduit à une réduction dramatique de la fourniture d'assistance alimentaire.

En Afrique de l'ouest, a continué James Morris, où le nombre de personnes déplacées n'a pas cessé de croître après plus d'une décennie de guerres, l'aide alimentaire est utilisée aux fins de restauration des secteurs économique et social.

Cette aide est également portée au soutien à l'éducation et à l'effort de reconstruction des communautés. James Morris a regretté que, s'agissant de la Côte d'Ivoire, ce pays restait dangereusement divisé. Dans ce cas, le désarmement qui doit débuter cette semaine représente un défi de taille en vue de trouver un règlement à un conflit qui risque de gagner l'ensemble de la région. James Morris a précisé qu'un des facteurs ayant déclenché le conflit ivoirien était la compétition pour l'accès à des ressources agricoles.

Au plan des politiques d'aide humanitaire, James Morris s'est félicité des initiatives européennes concernant l'augmentation de l'aide officielle au développement. Il a salué l'annonce récente du président des Etats-Unis qui s'est engagé à fournir une aide de 50 000 tonnes de nourriture.

Le déblocage rapide des fonds pourrait permettre de nourrir 20% de personnes de plus, a souligné le Directeur exécutif, en soulignant l'urgence qu'il y a à nourrir les 300 millions d'enfants qui souffrent de la faim dans le monde.

Sur le sous financement des appels de fonds des Nations Unies, voir le communiqué publié hier par le Bureau de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA) (voir notre dépêche du 29 juin 2005).

image• Retransmission de l'exposé au Conseil de sécurité

 

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