La réaction de la communauté internationale au Darfour reste «tragiquement insuffisante», alertent Kofi Annan et Alpha Oumar Konaré

26 mai 2005

A l'heure où se déroulait à Addis-Abeba une conférence des donateurs pour un soutien à la Mission de l'Union africaine au Darfour qui tente de protéger la population sur le terrain, le Secrétaire général et le Président de la Commission de l'Union africaine alertaient sur le niveau «tragiquement insuffisant» de l'aide apportée au Soudan, dans une tribune publiée dans le quotidien « Le Figaro ».

La réaction de la communauté internationale au Darfour est « tragiquement insuffisante sur deux plans : il manque 350 millions de dollars pour aider plus de 3 millions de personnes à survivre jusqu'à la fin de cette année, et il faut plus de soldats, de policiers, d'avions et d'autres véhicules, d'activités de formation et de soutien logistique pour permettre à l'Union africaine de protéger la population dans une grande partie du Darfour », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans une tribune co-signée par le Président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré, publié aujourd'hui dans la quotidien « Le Figaro ».

Le Secrétaire général présidait aujourd'hui, aux côtés d'Alpha Oumar Konaré, une conférence des donateurs convoquée à Addis-Abeba, capitale de l'Ethiopie, pour appeler au soutien à la Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS selon son acronyme anglais).

Dressant un tableau de la situation actuelle dans cette région de l'Ouest du Soudan, Kofi Annan a rappelé que « s'il est difficile de savoir avec certitude combien de personnes ont péri dans le conflit au Darfour, dans l'ouest du Soudan, on sait que plus de 2,6 millions de personnes subissent les conséquences dévastatrices de ce conflit et ont besoin d'aide de toute urgence ».

« Des villages entiers ont été incendiés et des récoltes saccagées; des hommes ont été tués, des femmes violées, des enfants enlevés ».

« On sait que 1,9 million de personnes ont dû fuir et se réfugier ailleurs sur le territoire soudanais. D'autres ont pu rester chez elles, mais sont dans l'impossibilité de faire les semailles dont dépend leur survie ».

« Si elles ne reçoivent pas des vivres très bientôt », a prévenu le Secrétaire général, « elles devront à leur tour partir en quête de nourriture et iront grossir les rangs des déplacés dans des camps déjà surpeuplés ».

« Pendant un temps, les crimes commis contre les civils du Darfour n'ont pas fait les gros titres des journaux », a rappelé Kofi Annan, « mais depuis plus d'un an, ils sont en première page ». « Qu'il ait fallu une mobilisation générale des médias pour que l'on intervienne enfin est au déshonneur non seulement du Soudan, mais aussi de la communauté internationale tout entière ».

« Encore aujourd'hui, ceux qui essayent de mettre un terme à la crise du Darfour ne bénéficient pas du soutien qu'il leur faudrait », a-t-il affirmé, rappelant que l'ONU et l'Union africaine avaient « uni leurs forces pour faire cesser l'horreur ».

« L'Organisation des Nations Unies a pris la tête des opérations de secours et des efforts visant à ce que les auteurs des crimes les plus odieux ne puissent plus jouir de l'impunité. L'Union africaine a pris l'initiative pour ce qui est d'assurer la sécurité sur le terrain et de relancer les négociations politiques, seul moyen de rétablir une paix durable », ont souligné Kofi Annan et Alpha Oumar Konaré.

S'ils relèvent que « ces derniers mois, la situation s'est stabilisée et moins d'exactions massives ont été signalées », et que « dans certaines zones, la situation humanitaire est sans aucun doute meilleure qu'elle ne l'était il y a un an », ils soulignent que « l'accès demeure limité, que le harcèlement des agents humanitaires a empiré et que les conditions de sécurité demeurent excessivement mauvaises ».

« Des centaines de milliers de personnes touchées par la guerre ne reçoivent toujours pas l'aide dont elles ont besoin et les soldats de l'Union africaine sont à ce jour trop peu nombreux pour se déployer sur l'ensemble d'un territoire aussi vaste », affirme le Secrétaire général.

« Les agents humanitaires sont régulièrement harcelés par les autorités locales, et parfois même attaqués, kidnappés ou menacés de violence. Les représentants des ONG humanitaires étrangères ont de plus en plus de mal à obtenir des visas. Et les camions qui acheminent les secours sont détournés, souvent par des rebelles », rappelle-t-il, soulignant que « tous ces facteurs font que dans beaucoup de cas, ceux qui ont le plus besoin de l'aide ne la voient pas arriver ».

« Il est urgent d'intervenir au Darfour même, et ce sur trois fronts » souligne en conséquence le Secrétaire général.

« Le financement de l'action humanitaire doit être intégralement assuré et toutes les parties doivent garantir la liberté de circulation et la sécurité des agents des organisations humanitaires, tant intergouvernementales que non gouvernementales ».

« Il faut accroître les effectifs de la force de l'Union africaine et lui apporter un soutien logistique et financier pour qu'elle puisse vraiment assurer la sécurité partout au Darfour, ce qui permettra aux gens de rentrer chez eux et de reprendre leurs activités agricoles ».

« Enfin, les parties au conflit doivent négocier un accord politique offrant de solides garanties en vue de l'instauration d'une paix durable. L'Union africaine et la communauté internationale dans son ensemble peuvent et doivent aider. Mais en fin de compte, les Soudanais sont les seuls à pouvoir faire et maintenir la paix », ont souligné Kofi Annan et Alpha Oumar Konaré.

- Dossier Soudan du site de l'ONU

 

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