Liban : le rapport sur l'assassinat de Rafic Hariri recommande une Commission d'enquête internationale

30 mars 2005

Le rapport d'enquête international sur l'attentat qui a causé la mort de l'ex-Premier ministre libanais, Rafic Hariri, publié aujourd'hui officiellement, remet en cause la crédibilité de l'enquête menée par les autorités libanaises et estime que le Gouvernement syrien était responsable au premier chef des tensions politiques qui ont précédé l'assassinat. Transmettant le rapport au Conseil de sécurité, le Secrétaire général appuie la recommandation de créer une Commission d'enquête internationale.

Le rapport sur les circonstances, les causes et les conséquences de l'attentat à la bombe qui a eu lieu le 14 février à Beyrouth, « établi à l'issue d'une enquête indépendante et présenté aujourd'hui au Conseil, contient des allégations très graves et troublantes », affirme le Secrétaire général dans une lettre au Conseil de sécurité accompagnant le rapport publié officiellement aujourd'hui.

Peter FitzGerald, le policier irlandais chef de la Mission, a remis ce rapport au Secrétaire général qui l'a transmis au Conseil de sécurité le 24 mars 2005. Il a fait l'objet d'une présentation hier, par le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Kieran Prendergast, lors de consultations à huis clos du Conseil de sécurité.

Kofi Annan note également qu'il fait sienne la recommandation de la Mission en faveur d'une enquête internationale indépendante, dont l'objectif « devrait être de parvenir à des conclusions aussi complètes que possible s'agissant de savoir qui porte la responsabilité de l'assassinat de [l'ex-Premier Ministre libanais], M. Hariri et du décès de 19 autres personnes ».

Le rapport rappelle que le 14 février 2005, dans le centre de Beyrouth, une explosion a tué 20 personnes, dont l'ancien Premier Ministre Rafic Hariri. « À la suite de cet attentat, le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies a envoyé à Beyrouth une mission d'établissement des faits chargée d'enquêter sur les causes, les circonstances et les conséquences de l'assassinat de M. Hariri ».

« Les 'causes' exactes de l'assassinat de M. Hariri ne pourront être établies qu'une fois les auteurs du crime traduits en justice. Toutefois, il est manifeste que l'assassinat a eu lieu dans un contexte politique et un climat d'insécurité caractérisés par une extrême polarisation sur l'influence syrienne au Liban, et par l'incapacité de l'État libanais de protéger convenablement ses citoyens », souligne le rapport.

L'examen des modalités de l'enquête sur l'explosion, qui a été provoquée par une charge de trinitrotoluène (TNT) d'environ une tonne, très vraisemblablement placée au-dessus du niveau du sol, « a révélé que les autorités libanaises étaient manifestement peu disposées à mener des investigations efficaces, et que les méthodes employées ne répondaient pas aux normes internationales », précise Peter FitzGerald.

Quant aux conséquences de l'assassinat de M. Hariri, elles « pourraient être considérables » dans la mesure où « ce crime semble avoir déchaîné les passions politiques qui couvaient depuis le début de l'an dernier ».

Si « certains accusent les services de sécurité et les dirigeants syriens d'avoir commandité l'assassinat de M. Hariri parce que celui-ci était devenu un obstacle insurmontable au maintien de leur influence au Liban », indique le rapport, « les partisans de la République arabe syrienne soutiennent que M. Hariri a été assassiné par les 'ennemis de la Syrie' » en vue de susciter des pressions internationales sur les dirigeants syriens ».

« Au vu des informations qu'elle a recueillies sur les faits, la Mission a conclu que les services de sécurité libanais et les services de renseignement de l'armée syrienne étaient les premiers responsables de l'insécurité, du manque de protection et du désordre public au Liban » indique le rapport d'enquête.

« Les services de sécurité libanais ont constamment fait preuve de négligence grave dans l'exercice de la Mission dévolue aux institutions chargées de la sécurité nationale. Elles se sont ainsi montrées incapables de garantir aux citoyens libanais une sécurité suffisante, et ont contribué à créer un climat d'impunité propice aux manœuvres d'intimidation » ajoute-t-il.

Par ailleurs, le rapport souligne que « les services de renseignement de l'armée syrienne ont leur part de responsabilité dans la mesure où ils participent à la gestion des services de sécurité libanais », et conclut que « le Gouvernement syrien était responsable au premier chef des tensions politiques qui ont précédé l'assassinat de M. Hariri », en exerçant une « influence qui dépassait largement les bornes de ce que justifient les relations de coopération et de bon voisinage ».

Enfin, le rapport recommande de confier l'enquête à une commission internationale indépendante, dont la réussite dépendra, selon lui, du « rétablissement de l'intégrité et de la crédibilité de l'appareil libanais de sécurité ».

 

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