L'annulation totale de la dette africaine devant le Conseil de la CNUCED

19 octobre 2004

En a-t-on fini avec « la lassitude des donateurs » ? Notant un changement d'attitude au regard de la dette africaine, le Conseil de la CNUCED, réuni du 4 au 15 octobre à Genève s'est pour la première fois saisi de la question de l'annulation totale de la dette africaine, qui se traduit par un flux net de capitaux depuis l'Afrique vers les pays créditeurs alors que le continent lutte pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement.

« Pour la première fois, le Conseil examine la question de l´annulation totale de la dette africaine », indique le communiqué de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), et ce au moment où « la communauté internationale se trouve dans une situation absurde qui voit les pays pauvres assurer le niveau de vie des pays riches grâce aux flux de capitaux qu´ils alimentent en leur faveur ».

« La lassitude que suscitait le thème de la dette africaine, prévalante il y a quelques années, semble dépassée comme le montrent les récentes déclarations de Tony Blair. Une volonté politique accrue se fait sentir de la part de la communauté internationale qui réalise que, sans croissance économique, l´Afrique ne verra pas son niveau de pauvreté reculer », indique la CNUCED.

Parallèlement, Kofi Annan annonçait hier appuyer la proposition du Chancelier britannique, Gordon Brown, visant à créer un mécanisme financier international susceptible de doubler l'aide aux pays en développement et de la porter à 100 milliards de dollars par an (voir notre dépêche du 18 octobre).

Le dernier rapport de la CNUCED sur la question, intitulé « Développement économique en Afrique - Endettement viable : oasis ou mirage » établit un constat amer : de nombreux pays africains souffrent toujours du fardeau de leur dette, même ceux qui ont bénéficié de mesures telles que l´Initiative PPTE [Pays pauvres très endettés]. Le continent africain est le seul dont le niveau de pauvreté augmente.

Toutefois, note le communiqué, « le mouvement politique qui émerge en faveur de l´annulation de cette dette non viable est très encourageant », bien que « des mesures d´accompagnement doivent être adoptées en faveur du développement de l´Afrique pour garantir un meilleur accès aux marchés internationaux, décider la fin des subventions agricoles et accélérer le développement des capacités de production.

« Plus de capitaux doivent aller vers le continent africain : ils restent actuellement trop insuffisants et imprévisibles. Des programmes spécifiques de développement doivent être mis en place. De plus, le lancement du 3ème cycle de négociations du SGPC lancé à São Paulo représente un très fort potentiel d´expansion du commerce Sud-Sud », souligne l'agence de l'ONU pour le commerce et le développement.

« Cependant, l´annulation de la dette ne constitue pas une panacée et doit être accompagnée notamment d´un traitement spécial et différencié dans un espace politique suffisant tout en traitant de la question du prix des produits de base. Par ailleurs, la dette revêt une valeur économique qui ne doit pas être condamnée. La communauté internationale doit se poser la question : quelle dette pour quel développement ? »

Notant que la CNUCED pourrait concentrer ses travaux sur la question de l´efficacité des crédits accordés aux pays en développement et pas seulement sur l´annulation de la dette, le Conseil de l'organisation a encouragé notamment la poursuite des efforts pour s´attaquer efficacement à la question de la dette tant au niveau bilatéral que multilatéral, et souligne la responsabilité partagée entre créditeurs et débiteurs dans la prévention et la résolution du problème de l´endettement non viable.

 

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