Risques pesant sur la diversité de l'information dans les médias occidentaux, selon l'OIT

15 octobre 2004

Dans un nouveau rapport sur « l'avenir du travail et de la qualité dans la société de l'information », l'agence de l'ONU pour le travail conclut que les regroupements des médias occidentaux peuvent contribuer à affecter la diversité du contenu alors que dans certains pays en développement, on assiste à une diversification de l'offre médiatique.

« Depuis plus de dix ans, le concept de société de l'information est au cœur des débats

sur l'avenir du travail et de la société en général » déclare l'OIT (Organisation internationale du travail), qui souligne, dans un communiqué paru aujourd'hui, que les branches des médias et du spectacle ont été à l'avant-garde de ces changements, de même que celles de l'électronique et des télécommunications.

Reste le problème délicat de l'évaluation qualitative dans le domaine de l'information. « Qualité, popularité et succès ne sont pas nécessairement associés dans le secteur des médias et du spectacle », souligne l'OIT dans un communiqué publié aujourd'hui.

En revanche, une « diversité accrue, une liberté d'expression et d'information étendue, des améliorations de la qualité technique et davantage d'investissements sont propres à contribuer à une meilleure qualité dans le secteur des médias, de la culture et des arts graphiques », ajoute l'OIT.

Au nombre des facteurs de nature à influer négativement sur la qualité, l'OIT cite « la concentration de la propriété des grands médias, les restrictions pesant sur la liberté d'expression et d'information et les préoccupations relatives aux valeurs démocratiques, à la diversité et à la représentation des femmes et des groupes minoritaires dans les médias. »

A l'inverse, un renforcement de la diversité et de la liberté de la presse contribuera à améliorer la qualité des médias, des produits et des services du secteur des médias, de la culture et des industries graphiques, affirme l'étude.

« Paradoxalement, on peut dire que, selon les pays, la diversité culturelle est favorisée ou freinée par des multinationales ou des entreprises publiques du secteur des médias et du divertissement, lesquelles peuvent développer ou limiter la qualité et l'emploi », note le rapport de l'OIT.

La diversité n'est pas toujours en progression là où l'attendent les idées reçues : « dans beaucoup de pays en développement, la diversité s'est accrue, notamment parce que de nouvelles chaînes commerciales sont venues mettre fin aux anciens monopoles d'Etat et parce que des consommateurs plus puissants ont apporté leur soutien à de nouveaux journaux et revues ». En revanche, « les principaux médias occidentaux ont connu des regroupements multiples susceptibles de réduire la diversité des informations et des points de vue. »

L'accroissement de la diversité « ne facilite pas la tâche des gouvernements qui souhaiteraient s'opposer à la libre circulation de l'information », note le rapport qui met en exergue le fait que « la diversité des programmes a favorisé le développement culturel et bénéficié aux minorités, linguistiques notamment ».

« Cependant, certains aspects des technologies reposant sur les communications ne manquent pas d'inquiéter. Du fait de l'usage dominant de l'anglais, les sources d'informations anglo-américaines sont prépondérantes. Cette situation pourrait cependant évoluer compte tenu que d'autres groupes de locuteurs importants tels que les francophones, les hispanophones et les arabophones tendent à se doter de moyens de programmation au plan international et que le poids des anglophones d'Asie et d'Afrique dans les médias anglophones internationaux augmente », souligne le rapport, qui indique que « le chinois, l'hindi, le japonais, le russe et d'autres langues pourraient également prendre plus de place dans les médias ».

D'une manière plus générale, « l'écrasante domination de la culture et des valeurs des Etats-Unis et autres pays occidentaux sur l'industrie mondiale des médias et des loisirs préoccupe beaucoup de monde qui craint que l'exposition permanente à des représentations des modes de vie et des modèles occidentaux n'entraîne des tensions susceptibles de créer des divisions tant sur le plan culturel que sur le plan social », souligne l'Organisation internationale du travail dans son rapport.

L'industrie mondiale des médias et du spectacle «représente à cet égard une force particulièrement puissante qui projette les valeurs et perceptions des pays qui dominent cette industrie et est souvent considérée comme une menace pour les autres pays».

« La culture n'est jamais statique, et la plupart des communautés apprécient l'échange et le dialogue avec d'autres communautés», souligne le rapport, notant qu'il convient donc que la communauté mondiale intègre «la multitude de cultures et de capacités locales, et qu'elle ne soit pas une grande vague d'uniformisation».

A mi-chemin du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) qui a eu lieu à Genève en décembre 2003 et de sa deuxième phase qui aura lieu à Tunis en octobre 2005, le rapport servira de base à une réunion tripartite qui se tiendra à Genève du 18 au 26 octobre prochain, pour examiner notamment la façon dont le SMSI a tenu compte des questions liées au travail et à la qualité dans la société de l'information, au sein du secteur.

 

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