Il est temps pour Khartoum de nouer une relation étroite avec la communauté internationale, affirme Francis Deng

Il est temps pour Khartoum de nouer une relation étroite avec la communauté internationale, affirme Francis Deng

Le Représentant de l'ONU pour les personnes déplacées, revenu du Darfour hier, a rendu compte de sa mission, effectuée, dit-il, en sa double qualité d'Envoyé du Secrétaire général et de Soudanais, évoquant « une nation à la recherche douloureuse d'elle-même. »

De sa visite au Darfour où il s'est rendu le 25 juillet et dont il est revenu hier, le Représentant du Secrétaire général des Nations Unies sur les personnes déplacées dans leur propre pays, Francis M. Deng, dit, dans une déclaration publiée aujourd'hui, s'être d'abord demandé si elle avait bien lieu d'être.

Effectuée à l'invitation du Gouvernement du Soudan mais repoussée plusieurs fois, « pour diverses raisons », elle avait fini par être programmée alors que le Darfour avait attiré l'attention internationale et fait l'objet de visites de personnalités éminentes, notamment celles du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et du Secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Colin Powell.

Cependant, « j'ai décidé qu'il me fallait entreprendre cette mission et engager ce dialogue avec les autorités en ma double qualité de Représentant du Secrétaire général mais aussi en tant que Soudanais, particulièrement soucieux pour mon pays et pour mon peuple », déclare Francis Deng.

Il précisé que, tout au long de ses discussions avec les autorités et les personnes déplacées à l'intérieur du territoire, il a mis en avant cette double identité. « Cette position m'a permis d'explorer la situation de façon intime et franche, de rechercher la vérité sur laquelle fonder un dialogue constructif ainsi que de véritables solutions à la crise », expose le Représentant du Secrétaire général.

« Et de fait, mes discussions avec les autorités ont été marquées par l'ouverture d'esprit, la franchise et la cordialité et ont, de ce fait, été privilégiées. De cela, je suis très reconnaissant », ajoute-t-il.

Sur le fond, n'en expose pas moins Francis Deng, « contrairement aux déclarations officielles sur l'amélioration de la sécurité et le retour volontaire des personnes déplacées, j'ai trouvé une situation marquée par une insécurité persistante et la violence », ces deux éléments étant, indique le Représentant « l'inquiétude majeure des personnes déplacées. »

Comme l'ont constaté ses illustres prédécesseurs et comme ne cessent de le dire les agences humanitaires présentes au Darfour, les personnes auxquelles a parlé Francis Deng « ont vigoureusement affirmé qu'elles ne voulaient pas retourner chez elles à ce stade, compte tenu de l'insécurité qui prévaut essentiellement en raison des attaques permanentes des soi-disant milices janjaouites et d'autres intervenants armés. »

« Les rares personnes auxquelles j'ai parlé qui soient rentrées chez elles, se trouvent dans une situation précaire, sans avenir et vivent dans la peur continuelle d'être attaquées. Les personnes déplacées semblent se sentir relativement à l'abri à l'intérieur des camps mais ont en général peur de s'aventurer à l'extérieur », indique-t-il.

Même s'il exprime sa satisfaction à propos des déclarations des autorités et en particulier du Ministre de la Justice, qui, tout en soulignant la difficulté d'obtenir des preuves, ont insisté sur le fait que la politique du Gouvernement était de lutter contre l'impunité et de traduire les criminels en justice, M. Deng indique qu'au plan humanitaire, « si le rôle du Gouvernement avait contribué à faciliter l'accès [au Darfour], l'aide était toujours entravée par les autorités qui demandent que les vols humanitaires fassent l'objet de notifications préalables ou n'accordent que des visas à durée limitée au personnel humanitaire. »

C'est toutefois la sécurité qui doit être, selon lui, « l'absolue priorité ». « En dépit des dénégations du Gouvernement en ce qui concerne sa coopération avec les Janjaouites, des preuves fiables suggèrent que ceux-ci ont joué un rôle crucial en s'opposant à l'attaque dévastatrice lancée contre les forces gouvernementales par les rebelles du Mouvement de libération du Soudan/Armée de libération du Soudan et ceux du Mouvement pour la justice et l'égalité. »

« Il faut que le Gouvernement s'engage dans une collaboration étroite et transparente avec la communauté internationale », insiste-t-il, suggérant que, « puisque la population a tellement peur de toutes les forces de sécurité, y compris de la police locale ou nationale », soit mise en place une coopération technique internationale apportant une formation spéciale sur le terrain accompagné d'un déploiement possible d'une police civile ou de forces de l'ordre africaines.

« La tragédie du Soudan qui dure depuis des décennies, gagnant initialement les montagnes Nuba et le Nil bleu méridional et prenant désormais une tournure dramatique avec la crise qui se déroule au Darfour, est le signe d'une nation à la recherche douloureuse d'elle-même et qui s'efforce de se libérer de quelque discrimination que ce soit, dans toutes ses régions, qu'elle soit due à la race, à l'ethnicité, à la religion ou à la culture », a affirmé Francis Deng.

« C'est au regard de ce défi insidieux que le pays est appelé à se transformer, à forger un cadre nouveau, incluant tout un chacun, au sein duquel tous les Soudanais auraient le sentiment d'être des citoyens à part entière, doté de l'égalité et de la dignité de la citoyenneté », a poursuivi M. Deng ajoutant que « résister à cette réalité en devenir serait imprudent, intenable et autodestructeur. »