En visite au Darfour, Kofi Annan s'entretient seul à seul avec la population des camps

En visite au Darfour, Kofi Annan s'entretient seul à seul avec la population des camps

Kofi Annan au camp de réfugiés de Zam Zam
Le périple du Secrétaire général de l'ONU l'a amené aujourd'hui dans les camps de réfugiés du Darfour où, hors de la présence des autorités soudanaises, il s'est entretenu avec des dizaines de personnes déplacées tandis que le camp de Meshtel, soudainement vidé, ne laissait pas de susciter l'étonnement et les questions du personnel humanitaire qui l'accompagnait.

Le Secrétaire général s'est envolé de Khartoum, la capitale soudanaise pour se rendre à El Fasher, chef lieu administratif du Nord Darfour, à l'Ouest du pays, a indiqué aujourd'hui le porte-parole de l'ONU à New York, Stéphane Dujarric.

A l'aéroport, il s'est entretenu avec le Wali, nom donné localement au Gouverneur, Osman Youssef Kibir, qui a décrit les conséquences des combats dans le secteur ainsi que ses efforts pour les gérer, tout en recherchant à parvenir à un règlement pacifique aux conflits.

Quittant l'aéroport, c'est en voiture qu'après une demi-heure de piste, Kofi Annan est arrivé au camp de Zam Zam qui héberge environ 12 000 personnes.

« C'est un endroit silencieux et plutôt sinistre », décrit dans une interview le producteur de la radio de l'ONU, Ben Malor, qui a accompagné le Secrétaire général de l'ONU jusqu'au camp de Zam Zam. « Une terre sèche, aride, brune sur laquelle vivent des gens dans des abris qui font penser – pardon pour la comparaison - à des poulaillers. »

« Non ce n'est pas un endroit attrayant, poursuit Ben Malor mais c'est là que ces personnes déplacées ont trouvé la sécurité. »

Le Secrétaire général avait souhaité n'être accompagné que d'un nombre restreint de responsables de l'ONU, son Représentant spécial au Soudan, Jan Pronk, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires Jan Egeland et son Conseiller pour les questions africaines, Mohamed Sahnoun, de façon à ce que chacun puisse s'exprimer librement.

Assis sous un épineux en compagnie d'une douzaine d'anciens qui lui ont dit résider dans le camp depuis quatre mois, Kofi Annan leur a demandé ce qui pourrait les décider à rentrer chez d'eux. L'un d'eux a réfléchi et dit : « La sécurité et de quoi manger. »

Le Secrétaire général a continué à s'enfoncer dans le camp, s'arrêtant à proximité d'un puit pour parler à des femmes et à des sages-femmes. L'une d'entre elles a mentionné des viols en série sans donner plus de précisions. Toutes ont insisté sur leur besoin de sécurité et quand Kofi Annan leur a assurées que personne ne les forcerait à rentrer chez elle sans une protection adéquate, elles ont spontanément applaudi.

« C'était un spectacle incroyable quand il s'est rendu de son côté, sans dispositif de sécurité et s'est mis à parler librement avec ces femmes », décrit Ben Malor. « Dans l'intervalle des centaines de femmes s'étaient agglutinées autour de la délégation de l'ONU et des journalistes et le nom des milices arabes djandjawids revenait sans cesse dans leurs propos. Elles ont aussi beaucoup parlé de leurs maris qui avaient été tués. »

Le Secrétaire général s'est ensuite rendu sur le site d'un second camp, Meshtel, qui n'offrant pas des conditions de viabilité suffisantes, avait été fermé il y a plusieurs mois. Pourtant plus de 5 000 personnes l'avaient réinvesti dans l'espoir d'être transférées dans un camp en fonctionnement, a expliqué de son côté Stéphane Dujarric.

Quand la délégation de l'ONU est arrivée à Meshtel, elle n'y a trouvé que quelques mules. Les autorités soudanaises présentes ont expliqué que les occupants du camp avaient été transférés dans un site plus adapté mais le personnel humanitaire était abasourdi par la disparition aussi rapide d'autant de personnes.

Le Secrétaire général a ensuite longé en voiture le camp d'Abou Shouk, un camp important et bien organisé qui abrite 40 000 personnes dans lequel on amène souvent les visiteurs étrangers.

Après une entrevue avec des observateurs militaires de l'Union africaine, en train de se déployer au Soudan pour y contrôler le cessez-le-feu, Kofi Annan a quitté le Soudan pour N'Djaména, la capitale tchadienne où l'équipe locale de l'ONU lui a présenté la situation locale. Il devait ensuite rencontrer le président du Tchad, Idriss Deby, et prendre part à un dîner auquel il était convié par le Président.

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