Tuberculose résistante aux traitements : dix fois plus fréquente en Europe de l'Est et en Asie centrale, selon l'OMS

16 mars 2004

Dans un contexte de progression générale de la résistance aux traitements antituberculeux dans le monde, dans certaines régions de l'Europe orientale et de l'Asie centrale les malades ont une probabilité dix fois plus grande de présenter une tuberculose à bacilles multirésistants (TB-MR), selon un rapport de l'agence de l'ONU pour la santé. L'Afrique du Sud, la Chine, l'Equateur et Israël sont également concernés.

Les nouvelles données publiées aujourd'hui confirment des concentrations géographiques de la résistance aux traitements ou pharmacorésistance de la tuberculose dans la Communauté des Etats indépendants. Avec jusqu'à 14 % des nouveaux patients présentant une pharmacorésistance, l'Estonie, le Kazakhstan, la Lettonie, la Lituanie, certaines zones de la Fédération de Russie et l'Ouzbékistan sont six des dix régions préoccupantes dans le monde, indique un communiqué de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publié aujourd'hui.

« Ce n'est pas le contrôle des passeports qui arrêtera la progression de la pharmacorésistance : seul un investissement mondial en matière de prévention y parviendra », souligne le docteur Mario Raviglione, directeur à l'OMS du département Halte à la tuberculose qui insiste sur le fait que « la pharmacorésistance de la tuberculose pose un problème urgent de santé publique dans les pays issus de l'ancienne Union soviétique » mais que « chaque pays a intérêt à soutenir un renforcement massif et rapide de la lutte antituberculeuse si nous voulons résoudre le problème de la TB-MR. »

Les experts de l'OMS sur les maladies infectieuses estiment à 300 000 le nombre annuel de cas de TB-MR dans le monde. De nouvelles informations permettent d'affirmer que les souches deviennent de plus en plus résistantes et qu'elles ne réagissent plus aux traitements actuels. Désormais, 79 % des cas de TB-MR sont dus à des "super souches" résistant à au moins trois des quatre principaux médicaments utilisés pour traiter la tuberculose.

La TB-MR est une tuberculose dont les bacilles résistent aux deux principaux médicaments, l'isoniazide et la rifampicine. Si l'on ne la traite pas avec les médicaments adéquats, elle est mortelle dans la plupart des cas. Alors que le traitement de la tuberculose "normale" est facile et peu onéreux, soit 10 dollars pour six mois de traitement, celui de la TB-MR coûte cent fois plus cher et la guérison n'est pas garantie. En l'absence de vaccin efficace, personne n'est à l'abri de s'infecter par la simple inhalation d'une gouttelette chargée de bacilles pharmacorésistants.

Les plus forts taux de prévalence de la TB-MR se juxtaposent aux taux de croissance les plus élevés du monde pour l'infection au VIH en Europe de l'Est et en Asie centrale. Le Programme des Nations Unies pour le développement a signalé récemment que plus de 1,5 million de personnes étaient séropositives dans la région, contre seulement 30 000 en 1995. La défaillance du système immunitaire provoquée par le VIH multiplie la probabilité de contracter toutes les formes de tuberculose.

Certains succès ont été enregistrés depuis la dernière étude, il y a quatre ans, en particulier à Cuba, à Hong Kong et aux Etats-Unis. Dans ces pays, les taux ont baissé grâce à des stratégies antituberculeuses énergiques et soutenues dans la durée.

Selon le rapport, "la stratégie DOTS est la plus efficace pour éviter l'apparition de pharmacorésistances". Il s'agit de la stratégie thérapeutique reconnue au niveau international et conçue pour veiller à ce que les malades prennent correctement leurs médicaments. Elle s'est avérée efficace pour éviter l'apparition des résistances.

"Anti-Tuberculosis Drug Resistance in the World - Third Global Report" présente les données résultant de l'examen de 67 657 malades dans 77 pays et régions.

"Plus nous enquêtons, plus nous trouvons de TB-MR", reconnaît l'auteur principal du rapport, le docteur Mohamed Aziz. "On a retrouvé des cas multirésistants dans toutes les régions et dans presque tous les pays que nous avons étudiés dans le cadre de ce qui est le plus vaste projet de surveillance de la pharmacorésistance. Mais on ignore toujours la véritable charge du phénomène qui pourrait être plus élevée dans les régions où nous n'avons pas enquêté. Il faut donc développer pleinement la surveillance des pharmacorésistances."

Le 24 mars, l'OMS publiera le rapport mondial sur la lutte antituberculeuse pour l'année 2004, conjointement avec l'ouverture du deuxième Forum des partenaires de Halte à la tuberculose à New Delhi. A cette occasion, les donateurs, les agences techniques et les ministères de 22 pays à forte charge de la tuberculose étudieront des mesures pour accélérer l'extension du DOTS et endiguer l'épidémie mondiale.

 

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