Lors de l'hommage au poète Robert Burns, Kofi Annan dénonce la persistance de l'islamophobie et de l'antisémitisme

Lors de l'hommage au poète Robert Burns, Kofi Annan dénonce la persistance de l'islamophobie et de l'antisémitisme

Kofi Annan
Rendant hommage au poète écossais Robert Burns, « le poète des pauvres », Kofi Annan a exprimé l'inquiétude suscitée par un certain délitement des règles censées préserver la paix sous la poussée de la peur et des préjugés. Parmi ceux-ci, il en a désigné deux qui lui semblent particulièrement dangereux, l'islamophobie et l'antisémitisme, et a annoncé la tenue au siège de l'ONU de deux séminaires dont le premier, le 22 janvier, portera sur l'islamophobie, l'antisémitisme et le racisme.

Ce n'est pas en raison d'ancêtres écossais que je me trouve ici ce soir. Ce n'est pas plus parce qu'il existe en Écosse une ville du nom d'Annan, vieille de plusieurs siècles, a indiqué Kofi Annan en préambule de son message adressé à l'occasion de la première conférence commémorative Robert Burns, le 13 janvier.

« Mon nom, a-t-il poursuivi, a des origines bien différentes. Disons, comme Robert Burns l'aurait dit lui-même, que nous sommes tous frères. »

C'est d'ailleurs à propos de la prière de Robert Burns, souvent « décrit comme un poète des pauvres » et qui demandait que tous les hommes soient frères, que le Secrétaire général de l'ONU a exprimé « la grande inquiétude » qu'il sentait se manifester alors que « la trame de règles, d'institutions et de principes » qu'ont tissée au fil des ans les Etats et les peuples « commencent peut-être à se défaire. »

« À l'heure où nous devons absolument nous attaquer ensemble aux problèmes mondiaux, a-t-il déclaré, nous semblons céder à la méfiance, au protectionnisme et à la peur. »

« L'une des manifestations les plus fâcheuses du racisme aujourd'hui, a poursuivi Kofi Annan, est l'islamophobie » – un nouveau mot pour décrire un phénomène aussi vieux que les croisades et le colonialisme, « deux exemples tirés d'un passé peu glorieux au cours duquel les musulmans ont d'abord été présentés comme hostiles et dangereux, puis agressés et asservis. »

L'autre « forme de haine » à laquelle « notre monde est aux prises » est l'antisémitisme, a indiqué le Secrétaire général. « Personne, a-t-il ajouté, ne doit sous-estimer la profondeur des séquelles laissées par la longue histoire de persécutions, de pogroms, de discrimination officielle et d'autres traitements dégradants infligés aux Juifs, dont l'Holocauste fut la manifestation la plus effroyable. »

Et « pourtant, ce n'est pas fini », a affirmé Kofi Annan, désignant « ceux qui cherchent à nier la réalité de l'Holocauste et son caractère unique, et ceux qui continuent à propager d'odieux mensonges, d'odieux stéréotypes au sujet des Juifs et du judaïsme. »

« Dans certains cas, l'antisémitisme semble être un sous-produit du conflit israélo-palestinien, en particulier du fait de l'escalade des hostilités ces dernières années », a-t-il fait remarquer. « Critiquer les politiques d'Israël est une chose, mais c'en est une toute autre quand ces critiques prennent la forme d'attaques, physiques ou verbales, contre des Juifs et contre les symboles de leur histoire et de leur foi. »

« Il ne faut pas non plus que les partisans d'Israël crient à l'antisémitisme pour étouffer un débat légitime », a-t-il encore ajouté.

« L'Organisation des Nations Unies, pour sa part, doit rejeter toutes les formes de racisme et de discrimination. Ce n'est qu'en le faisant, de façon claire et cohérente, qu'elle sera fidèle à sa Charte et à la Déclaration universelle des droits de l'homme, et respectera la dignité de tous les peuples, quelles que soient leur foi et leur couleur de peau », a déclaré le Secrétaire général avant d'annoncer que se tiendraient deux séminaires au siège de l'ONU dans les semaines qui viennent.

Le premier, qui aura lieu le 22 janvier, portera sur l'antisémitisme, l'islamophobie, le racisme et trois psychanalystes offriront des perspectives nouvelles « pour mieux comprendre ces vieux fléaux. »

« Vivre tous ensemble n'est pas facile », a fait observer Kofi Annan affirmant que Burns lui-même « ne renierait pas cette vision pessimiste du monde. 'L'homme est fait pour le deuil', écrivait-il. »

« Mais nous venons de commencer une nouvelle année, au moins selon le calendrier grégorien. (…) laissons-nous aller à rêver (…) d'une vraie fraternité (ou sororité) englobant toute l'humanité, et permettant à tous de jouir de leurs droits inaliénables, de leur dignité et de leur liberté », a conclu le Secrétaire général.