Le témoignage du Général Clark devant le Tribunal de l'ONU décrit les liens de Slobodan Milosevic avec l'insurrection serbe en Bosnie

19 décembre 2003

A propos du massacre de Srebrenica, « le Président Milosevic m'a regardé puis m'a dit 'j'ai averti Mladic qu'il ne devait pas faire cela mais il ne m'a pas écouté' », a déclaré le général Clark au Tribunal de l'ONU chargé de juger les crimes de guerre en ex-Yougoslavie, lors de sa comparution en tant que témoin dans le procès de l'ancien Président yougoslave, dont le compte-rendu est rendu public aujourd'hui.

L'ancien général, qui fait actuellement partie des candidats à l'investiture démocrate pour les élections présidentielles aux Etats-Unis, a interprété l'attitude de Slobodan Milosevic lors de la première rencontre qu'il a eue avec lui, le 17 août 1995, en tant que membre de la délégation américaine conduite par Richard Holbrooke, comme reflétant son souci de paraître à la fois suffisamment influent auprès des Serbes de Bosnie pour jouer un rôle majeur dans les négociations tout en s'exonérant d'une responsabilité dans les massacres.

Dans sa déposition, Wesley Clark met en avant les liens structurels existant entre les forces des Serbes de Bosnie et les forces militaires yougoslaves. « Nous savions que la structure militaire serbe bosniaque était issue de l'armée yougoslave », a-t-il déclaré.

Il indique également que, lors d'une rencontre ultérieure, Slobodan Milosevic a demandé à la délégation américaine si elle souhaitait rencontrer les dirigeants serbes bosniaques, Karadzic et Mladic, déjà inculpés de crime de guerre à l'époque. Après que la délégation ait fini par donner son accord, le Président Milosevic leur a alors dit que les deux Bosniaques étaient à proximité et que les membres de la délégation les rencontreraient peu après.

« Nous ne nous attendions absolument pas à cela. (?) C'était pendant la période des bombardements (de l'OTAN en Bosnie) et le Président Milosevic nous avait dit que ces bombardements ne servaient pas la paix » alors que « les bombardements faisaient partie de la pression que nous souhaitions exercer sur les Serbes pour qu'ils relâchent l'emprise de la terreur sur Sarajevo », a précise Wesley Clark.

Les minutes du procès n'ont été rendues publiques qu'aujourd'hui, alors que le général Clark a témoigné devant la cour de La Haye, les 15 et 16 décembre derniers, en raison de la procédure spéciale réclamée par les autorités américaines qui souhaitaient prendre connaissance du témoignage du Général Clark avant qu'il ne se soit rendu public et demander le cas échéant une nouvelle rédaction protégeant les intérêts nationaux américains. Cette procédure qui est ouverte aux gouvernements qui souhaitent en faire usage, n'avait jusqu'alors jamais été utilisée dans le cadre du TPIY, le Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie.

Le général Wesley Clark a été Commandant suprême des forces de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) de 1997 à 1999, a dirigé les opérations militaires de l'alliance au Kosovo en 1999 et a fait partie de la délégation qui a négocié les accords de Dayton.

 

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