1 juin 2018

Bernard Commins est Commandant par intérim de la Force de la MONUSCO – la mission de maintien de la paix de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC). Dans un entretien accordé à ONU Info, il explique les défis auxquels la Mission est confrontée mais aussi les espoirs qu’il a pour la RDC.

Général de division dans l’armée française, Bernard Commins qualifie sa carrière de « plutôt équilibrée ». Diplômé de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, il a débuté sa carrière dans l’Armée de terre française comme commandant de régiment et y a servi dans l’Etat-major. Son parcours l’a amené à plusieurs reprises à l’étranger comme commandant des forces françaises au Gabon ainsi qu’auprès de l’Etat-major militaire du Sénégal et du commandement de l’armée américaine pour le Moyen-Orient (Central Command).

En mai dernier, l’ONU a organisé à New York sa réunion annuelle des commandants de forces et des chefs de mission de maintien de la paix. L’occasion pour Bernard Commins et ses collègues officiers généraux d’avoir des consultations auprès du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) et de partager leurs expériences du terrain et d’en tirer les leçons.

2018 est une année cruciale en RDC. Des élections doivent y être organisées avant la fin de l’année. « Nous n’avons pas attendu notre nouveau mandat pour nous préparer à cette échéance. Cela fait plusieurs années maintenant que nous y travaillons », a déclaré le Général Commins en poste en RDC au sein de la MONUSCO depuis septembre 2016, d’abord comme Commandant adjoint de la Force et depuis le début de cette année comme Commandant par intérim.

M. Commins a souligné la responsabilité personnelle et directe de la Représentante spéciale du Secrétaire général, Leila Zerrougui, de part son mandat et la mission qu’elle a reçu comme cheffe de la MONUSCO. « Elle mène une action de mission de bons offices quotidiens auprès des autorités politiques de ce pays pour les encourager à aller vers des élections paisibles, transparentes, crédibles. C’est un travail essentiel dans la préparation de ces élections », a-t-il dit.

La MONUSCO pourrait être amenée à fournir un soutien dans le cadre du processus électoral en RDC. « Nous avons déjà fourni un soutien très important lorsqu’il s’est agi de contribuer à l’enregistrement des électeurs », a expliqué M. Commins. « Il est quand même essentiel que les électeurs sachent qui peut voter ».

« Nous allons apporter un soutien complémentaire pour appuyer le déploiement d’un certain nombre de kits de matériel électoral. Nous nous y préparons actuellement en liaison étroite avec les autorités congolaises », a-t-il ajouté.

C’est essentiellement le volet technique et logistique qui est attendu de la MONUSCO, souligne M. Commins. « Nous nous y préparons de pied ferme à travers des réunions qui sont quasi quotidiennes ».

Au quotidien, la Force de la MONUSCO et les Casques bleus même des actions avec ses partenaires militaires congolais « pour tâcher de faire en sorte que tout cela se puisse se dérouler dans un environnement aussi apaisé que possible puisque ce pays est malheureusement traversé par de nombreuses lignes de fractures et de violences ».

Une situation sécuritaire toujours très instable, incertaine et fragile

Ces derniers mois, la MONUSCO a été confrontée à une série d’incidents sécuritaires. Aujourd’hui, la situation sécuritaire actuel en RDC est toujours très instable, incertaine, fragile, explique le Général Commins.

« Il existe des dizaines et des dizaines de groupes armés dans ce pays. Quelques-uns de ces groupes armés sont des groupes étrangers qui sont très connus qui sont violents et contre lesquels nous luttons avec les militaires congolais. D’autres groupes sont des groupes d’origine locale, des groupes d’autodéfense, les Mai Mai. Il y en a peu près 150 », a-t-il dit.

Pour le Commandant par intérim de la Force, ces groupes armés créent une instabilité endémique en RDC. « Je crois que la difficulté principale est d’arriver à trouver les raisons, les moyens et les voies pour que ces groupes armés quittent la violence et qu’ils puissent entrer ou revenir dans un processus de paix et de dialogue », explique-t-il.

« C’est une situation extrêmement délicate que, dans bien des pays d’ailleurs, l’approche d’une échéance électorale vient un peu compliquer puisque évidemment chacun veut se positionner sur un échiquier. Certains sans doute tire quelques ficelles », a-t-il ajouté.

Pour le Général Commins, la MONUSCO doit donc composer avec une situation sécuritaire fragile et une situation politique « qui peut encourager certains à agir de manière plus violente ».

ONU Info/Florence Westergare
Commandant par intérim de la Force de la MONUSCO, le Général Bernard Commins était à New York début mai pour participer à la réunion annuelle des opérations de maintien de la paix

Opérer sur un territoire immense, répondre aux attentes de la population, travailler avec les partenaires militaires congolais

Les défis sont multiples en RDC. Bernard Commins en identifie trois principaux. Le premier défi est un celui de la mobilité « Nous devons tout d’abord faire face à un pays qui fait la surface de l’Europe occidentale. Nous sommes 15.200 militaires et notre zone d’opération, c’est la taille de l’Europe occidentale pour faire simple », explique-t-il.

La MONUSCO doit être capable de répondre le plus vite possible à une menace ou intervenir le plus vite possible des lors que cette menace est avérée et que la violence est déclarée. « C’est le vrai défi. C’est le concept que nous voulons développer de ‘protection par la projection’ qui nous oblige à relever quotidiennement".

Le Commandant par intérim de la Force souligne par ailleurs une très grande attente de la part de la population vis-à-vis de la MONUSCO et à laquelle l’ensemble du personnel de la Mission doit répondre. « Au quotidien, nous devons leur montrer que mieux nous aurons l’information a temps, mieux nous pourrons anticiper et mieux nous pourrons prévenir le développement de la violence », explique le Général Commins.

« Mais si l’information arrive trop tard, et bien nous ferons ce qu’il faut, mais les gens nous diront : ‘Vous n’êtes que des pompiers, vous êtes venus éteindre l’incendie, vous arrivez après’. Oui mais partout les pompiers sont respectés », rappelle-t-il.

Pour Bernard Commins, le troisième défi est de travailler avec les partenaires militaires congolais « puisqu’eux-mêmes sont les premiers responsables de la sécurité des populations dans leur pays ».

« Et nous voyons bien qu’eux-mêmes sont soumis à d’énormes difficultés », reconnaît-il. « Et donc il s’agit pour nous de prendre en compte les difficultés auxquels eux même font face pour quoi qu’il en soit conserver le lien avec eux et établir avec eux des modes de fonctionnement qui permettent d’avancer ensemble sur des planifications et des actions communes ».

L’enregistrement des électeurs s’est déroulé dans de bonnes conditions

Malgré les nombreux défis, le Général Commins voit plusieurs raisons de rester optimiste sur l’avenir de la RDC. Sur le plan politique, il s’est félicité de voir que le processus d’enregistrement a pu se dérouler dans de bonnes conditions.

« Aujourd’hui, la liste des gens autorisés à voter est connue. On a pu identifier que pratiquement 50% des gens autorisé a voter sont des femmes ce qui est extrêmement important et qui est un signe que ce processus d’enregistrement s’est très bien passé. Il na pas été perturbé par des violences tels, que l’on ait dit ‘Non l’enregistrement s’arrête. Les élections n’auront pas lieu’ ».

Cet exemple est pour M. Commins une vraie source d’espoir pour un pays qui a besoin de poursuivre ce processus démocratique « où les gens, on le sent, on envie d’exprimer leur choix, quel qu’il soit, mais ils ont envie d’exprimer quelque chose et tout a été fait pour aller dans ce sens c’est la une vraie raison d’espérer ».

Sur le plan sécuritaire, Le Commandant intérim de la Force a également des raisons de rester optimiste en RDC au vu d’exemples réussis de prévention des conflits.

«  En Ituri, dans le nord du pays, on a vu des violences se développer entre deux communautés. On a sentit qu’on risquait de revenir à une situation dramatique que ce pays a vécu dans les années 1990 et qui s’était traduite par des violences intercommunautaires extrêmement importantes », a dit M. Commins.

« Et bien cette fois ci, grâce à l’action que la MONUSCO a mené, le volet civil de la mission, le volet uniforme, la Force elle-même, mais aussi les militaires congolais, les autorités congolaises, les ministres congolais, tous le monde a mis tous les efforts possibles pour aller dans cette région, mettre en œuvre les mesures qui étaient nécessaires pour apaiser les tensions amener ces communautés à dialoguer entre elles, identifier les fauteurs de troubles », a expliqué le Général.

Pour Bernard Commins, lorsqu’il y a une volonté et un effort partagé par tous les acteurs, « et la MONUSCO est un des acteurs, les premiers acteurs étant les autorités congolaises et les forces de sécurité congolaises », il y a une vraie capacité à apaiser les tensions, ramener les gens sur le chemin du dialogue, amener les communautés à s’entendre et à vivre en paix entre elles.

« Alors, c’est vrai, il y a encore du chemin à faire, mais aujourd’hui c’est une vraie source d’espoir également ».

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