Le chef de l'ONU félicite Cabo Verde pour son combat contre la sécheresse

Le Secrétaire général devant des produits d'agriculture résiliente à Cabo Verde
UN Photo/Mark Garten
Le Secrétaire général devant des produits d'agriculture résiliente à Cabo Verde

Le chef de l'ONU félicite Cabo Verde pour son combat contre la sécheresse

Climat et environnement

Le Secrétaire général a parcouru, dimanche 22 janvier,  les paysages  si divers de Santo Antão, une île située à l'extrême ouest de Cabo Verde, où, après cinq années de sécheresse intense, plusieurs projets de développement soutenus par les Nations Unies contribuent à transformer l'agriculture locale.

Pendant des heures, la voiture d’António Guterres a parcouru une route sinueuse bordée d’un paysage aride, mais après un dernier virage, et à quelques centaines de mètres au sommet  d’une colline, la vue de sa fenêtre éclate en mille nuances de vert, devant une succession de petites terrasses retenues par des murs de pierre, toutes emplies de bananiers, de palmiers et de canne à sucre, bordées au loin par de scintillants ruisseaux argentés.

La luxuriante vallée de Paúl se trouve sur l’île montagneuse de Santo Antão, à l’extrême ouest de Cabo Verde, et constitue une oasis dans un archipel où seulement 10% des terres sont arables. Sur cette zone déjà réduite, près de 18% ont été perdues entre 2000 et 2020.

Lors de sa visite de ces terrasses, le deuxième jour de sa visite dans le pays, António Guterres a été accueilli par un groupe d’agriculteurs. Présente parmi eux, une experte de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Katya Neves, a expliqué qu’ils se trouvaient au cœur  d’un jardin expérimental, où des hommes et des femmes expérimentent de nouvelles variétés de plantes et s’initient à des techniques durables.

Santo Artao, l'une des iles les plus luxuriantes et montagneuses de l'archipel de Cabo Verde
UN News/Mark Garten
Santo Artao, l'une des iles les plus luxuriantes et montagneuses de l'archipel de Cabo Verde

« Muitos Parabéns »,  « toutes mes félicitations », s’est exclamé le Secrétaire général en portugais, en montrant une table colorée débordant de grains de café, de choux, de tomates, d’ignames, de manioc et d’autres produits. Cette abondante récolte représente une rareté dans un pays qui doit d’importer 80% de la nourriture dont a besoin sa population.

Le chef de l’ONU a été informé que certaines des plantes qui poussent dans le jardin sont un nouveau type de manioc, dont les experts espèrent qu’il sera plus résistant à la sécheresse qui a affecté le pays au cours des cinq dernières années. Il a également été informé sur la façon dont les agriculteurs ont appris de nouvelles techniques d’irrigation  ou de fertilisation de leurs terres.

L’initiative bénéficie à environ 285 agriculteurs et participe d’un grand nombre de projets menés par des agences des Nations Unies et d’autres partenaires qui espèrent transformer l’agriculture dans le pays pour nourrir plus de personnes et être plus durable pour la planète dans son ensemble.

Gérer l’eau en période de sécheresse

« Gota a gota » est l’une des initiatives, et elle a rendu l’irrigation au goutte à goutte plus accessible à des centaines d’agriculteurs. « Seuls 3.000 hectares répartis sur les 10 îles sont irrigués, mais des études montrent que ce nombre pourrait atteindre 5/000 », a expliqué Mme Neves, Représentante assistante auprès de la FAO.

Angela Silva, qui vit à proximité, a également rencontré le Secrétaire général. Elle est l’une des bénéficiaires qui espèrent commencer bientôt à installer le système de goutte à goutte.

« Je suis né dans une famille d’agriculteurs, mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents. Mais jusqu’à ce que je sois séparée de mon mari, il s’occupait de la terre », a-t-elle expliqué.

Angela Silva, une enseignante qui, pour cultiver sa terre, a profité des formations offertes par les agences de l'ONU
UN Photo/Mark Garten
Angela Silva, une enseignante qui, pour cultiver sa terre, a profité des formations offertes par les agences de l'ONU

Il y a deux ans, l’enseignante  a décidé de commencer à travailler les parcelles de terre dont elle avait hérité.

« J’apprends encore, mais je veux en apprendre davantage et être capable de transformer cet endroit en source de revenus », a-t-elle déclaré. « Mon rêve est de le transformer en une forêt de nourriture, qui peut être appréciée par mes enfants et petits-enfants ».

Ses terres ont été principalement utilisée pour la production de canne à sucre, une culture qui n’est pas très rentable ou durable. Elle a donc commencé à la remplacer par des bananiers et des papayers et une variété d’autres légumes. C’est l’une des leçons qu’elle a apprises lors d’un cours de formation prodigué avec l’aide de l’ONU.

L'ONU aide au projets d'irrigation au goutte à goutte, comme ici dans cette zone désertique proche de Porto Novo
UN Photo/Mark Garten
L'ONU aide au projets d'irrigation au goutte à goutte, comme ici dans cette zone désertique proche de Porto Novo

Avec le nouveau système d’irrigation, elle espère éviter certaines des pires conséquences de la sécheresse et faire un meilleur usage de l’eau au cours d’une année moyenne. Des études montrent que, même lorsqu’il pleut au Cabo Verde, environ 20% de l’eau est perdue par le ruissellement de surface, 13% s’infiltrent dans la terre et 67% s’évaporent.

C’est l’un des défis que rencontre Dairson da Cruz Duarte, le jeune agriculteur local qui a surpris le Secrétaire général en lui apportant un café. António Guterres ignorait  que l’île en produisait.

Pointant du doigt le fond de la vallée, près d’un ruisseau bordé d’ignames, le fermier a expliqué que les haricots sont cultivés tout en haut à Santa Isabel, une localité au sommet de la plus haute montagne des lieux, dont les flancs déchiquetés unissent le vert de la terre au bleu du ciel.

Ce village de 100 personnes n’est accessible qu’à pied, et toute l’agriculture locale dépend des eaux de pluie ce qui a rendu les cinq dernières années de sécheresse particulièrement difficiles pour la population.

Lorsque les pluies ont cessé, les jeunes ont été les premiers à partir.

« Je ne sais pas si 10 jeunes y vivent encore en ce moment », a expliqué M. Cruz Duarte. « Les autres sont tous partis ailleurs, à cause du manque d’emplois, de la pluie, de la sécheresse. Parfois, même si vous avez du bétail, vous n’avez pas assez de fourrage pour les nourrir. Il n’y a pas d’autre moyen de subsistance, alors ils sont partis à la recherche d’une vie meilleure ».

Amilcar Veracruz, un agriculteur loca, espère vendre ses produits à l'aide des infrastructures soutenues par l'ONU
UN Photo/Mark Garten
Amilcar Veracruz, un agriculteur loca, espère vendre ses produits à l'aide des infrastructures soutenues par l'ONU

Pic d’insécurité alimentaire

Après des années de sécheresse incessante, la production s’est avérée nulle pour la saison agricole 2021-2022. À ce moment-là, le changement climatique, la pandémie de COVID-19 et les  retombées socio-économiques de la guerre en Ukraine se sont  combinés pour créer un désastre pour les petits États insulaires en développement (PEID), et le gouvernement de Cabo Verde a été contraint de prendre la décision difficile de déclarer un état d’urgence social et économique en juin de l’année dernière.

Jusqu’à très récemment, l’archipel, qui se trouve dans l’océan Atlantique au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest, aurait pu être considéré comme un champion des efforts de réduction de la pauvreté parmi les pays subsahariens. Les estimations de la Banque mondiale montrent que les taux de pauvreté ont diminué de six points entre 2015 et 2019, passant de 41% à 35%.

Mais en juin dernier, le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire était sur le point d’augmenter, selon les données du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies. Plus de 46.000 femmes, hommes et enfants – près de 10 pour cent de la population totale du Cap-Vert – ont été confrontés à une grave détérioration de leur sécurité alimentaire entre juin et août.

Cette situation représente une menace pour les gains de développement durement acquis par le pays ces dernières années. Cabo Verde s’est engagé à éliminer l’extrême pauvreté en 2026 et, samedi, le Premier ministre du pays a assuré le Secrétaire général que le pays maintient cet objectif. Mais, a-t-il admis, les dernières années ont rendu les conditions beaucoup plus difficiles.

Un projet d'agriculture résiliente en terrasse à Santo Antao
UN Photo/Mark Garten
Un projet d'agriculture résiliente en terrasse à Santo Antao

Faisant écho à ce sentiment, le Secrétaire général a déclaré lors du même événement : « Je sais que pour Cabo Verde – tout comme pour les autres petits États insulaires en développement –  qui représentent une priorité dans le partenariat et l’action des Nations Unies – fait face à des défis majeurs, tels que les conséquences de la pandémie et, surtout, l’augmentation du coût de la vie,  qui a toujours un impact dévastateur sur la population ».

Le chef de l’ONU a ajouté que « l’élévation du niveau de la mer et la perte de biodiversité et d’écosystèmes constituent des menaces existentielles pour cet archipel, comme pour beaucoup d’autres archipels ».

Katya Neves, l’experte de la FAO, a déclaré à ONU Info que la crise de l’année dernière donné une nouvelle urgence aux efforts de l’ONU et de ses agences. « Nous pouvons atteindre ces objectifs, en améliorant la façon dont nous faisons de l’agriculture ».

De retour dans la vallée, M. Cruz Duarte n’abandonne pas non plus. Même après avoir vu la plupart de ses amis quitter sa petite ville, il a pris la décision inverse. Après avoir passé des années dans une île voisine, São Vicente, le fermier est retourné travailler la terre de ses ancêtres. « L’agriculture est ma vocation », dit-il.

Il a deux enfants, qui ont dû rester sur l’autre île, parce que la localité éloignée a fermé son école quelques années, mais il a été en mesure de subvenir à leurs besoins depuis lors. Il est fier d’énumérer tous les produits qu’il cultive – patates douces, haricots, citrouilles, le café qu’il vend dans d’autres îles à un prix élevé – et comment elles changent avec les saisons. « Je sais maintenant comment faire. Je peux continuer », dit-il.

Ce n’est pas une tâche facile dans ces îles. Mais même après une récolte réussie, il reste encore un long chemin à parcourir.