Le projet de grande muraille verte pour le Sahara soutient les communautés locales dans la gestion durable des zones désertiques.

La Grande muraille verte d’Afrique, un investissement bénéfique à rendement garanti, selon la FAO

Photo: FAO/Giulio Napolitano
Le projet de grande muraille verte pour le Sahara soutient les communautés locales dans la gestion durable des zones désertiques.

La Grande muraille verte d’Afrique, un investissement bénéfique à rendement garanti, selon la FAO

Climat et environnement

La Grande muraille verte d’Afrique, qui vise à lutter contre la désertification dans la région du Sahel, est non seulement cruciale au regard de la lutte contre le changement climatique, mais est aussi un débouché commercial intéressant pour les investisseurs, d’après une nouvelle étude menée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et publiée dans Nature Sustainability

Selon l’analyse, pour chaque dollar investi dans cette initiative de grande ampleur visant à mettre un frein à la dégradation des terres sur le continent africain, du Sénégal à l’ouest à Djibouti à l’est, les investisseurs peuvent s’attendre à un rendement moyen de 1,2 dollar, sachant que les montants obtenus varient entre 1,1 et 4,4 dollars. 

Faire évoluer les discours

D’après le Coordonnateur des projets internationaux au sein de la Division des forêts de la FAO et l’un des principaux auteurs de l’étude, Moctar Sacande, nous devons faire évoluer le discours sur la région du Sahel afin de montrer que, malgré l’environnement hostile et sec de la région, les investisseurs peuvent tout de même obtenir un rendement viable en investissant dans la restauration des terres.  

L’analyse est fondée sur des données de terrain et des données satellitaires qui permettent de suivre la dégradation des terres sur la période 2001-2018. Ces données sont ensuite comparées aux coûts et aux avantages de la restauration des terres selon différents scénarios adaptés aux circonstances locales.

D’après M. Sacande, les résultats de l’analyse sont le dernier élément nécessaire pour comprendre la situation économique et viennent s’ajouter à la volonté politique et au savoir-faire technique déjà en place et devraient encourager le secteur privé, qui manifeste un intérêt croissant.

A Koyli Alpha, au Sénégal, des femmes de la communauté travaillent dans des pépinières créées dans le village dans le cadre de l'Initiative de la Grande muraille verte qui vise à améliorer la vie des populations et la durabilité des terres.
Photo/Noor pour FAO/Benedicte Kurzen
A Koyli Alpha, au Sénégal, des femmes de la communauté travaillent dans des pépinières créées dans le village dans le cadre de l'Initiative de la Grande muraille verte qui vise à améliorer la vie des populations et la durabilité des terres.

Plus de 500 collectivités jouissent d’une meilleure sécurité alimentaire

Le verdissement et la restauration des terres dans cette zone longue de 8.000 kilomètres qui traverse le continent sont déjà en cours. 

Les populations plantent des espèces arboricoles résistantes, comme l’acacia du Sénégal, qui produit de la gomme arabique, fréquemment utilisée comme émulsifiant dans les aliments et les boissons, ou l’arbre gao, aussi appelé Faidherbia albida, qui aide à fertiliser les sols pour qu’y soient notamment produits du fourrage et des cultures de base comme le millet. 

Grâce à l’appui technique de la FAO, plus de 500 collectivités jouissent d’une meilleure sécurité alimentaire et de meilleures possibilités de création de revenus.

L’étude a indiqué que la surface couverte par l’initiative Grande muraille verte restait limitée et n’atteignait que 4 millions des 100 millions d’hectares ciblés.

Au total, quelques 20 milliards de dollars ont été promis au niveau international en vue de transposer à plus grande échelle l’initiative Grande muraille verte, dont 14,3 milliards de dollars promis à l’occasion du Sommet One Planet pour la biodiversité tenu en janvier de cette année à Paris, et 1 milliard de dollars promis par le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, lors de la conférence climatique de la COP26, qui vient de se terminer. 

Les modalités concrètes d’accès à ces fonds doivent encore être déterminées, d’après M. Sacande, qui ajoute que si une partie des fonds n’est pas versée très rapidement, il pourrait être trop tard pour planter les arbres avant la tombée des précipitations limitées attendues en juin et en juillet.

Stockage du carbone, restauration la biodiversité et avantages socioéconomiques

L’initiative Grande muraille verte, qui permettrait de stocker du carbone et de restaurer la biodiversité et s’attache à apporter des avantages socioéconomiques aux populations défavorisées de la région, couvre les domaines clés que sont l’atténuation du changement climatique, l’adaptation à ses effets et la résilience face aux aléas climatiques.

Elle contribue également à la réalisation des objectifs de développement durable 1 (Pas de pauvreté), 2 (Faim zéro), 13 (Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques), 15 (Vie terrestre) et 17 (Partenariats pour la réalisation des objectifs) du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Du fait des conflits armés qui caractérisent la région, certains sont longtemps restés méfiants à l’égard du potentiel de l’initiative. En outre, l’étude a conclu qu’environ 50% des terres concernées sont actuellement inaccessibles pour des raisons de sécurité. Malgré cela, les interventions de restauration des terres continuent de représenter un débouché commercial viable, selon les auteurs.

Contributions de la FAO à la Grande muraille verte

L’appui à la mise en œuvre de la Grande muraille verte est l’un des piliers de l’Action contre la désertification menée par la FAO dans 10 pays du Sahel faisant partie de l’initiative.

Ce programme de l’Organisation permet notamment d’établir des données de référence et d’effectuer un suivi de l’initiative Grande muraille verte en Afrique australe, en Afrique du Nord et au Sahel. Il vise à contribuer à la restauration à grande échelle des terres dégradées et à la gestion durable des écosystèmes fragiles. 

Le programme place les populations rurales au centre des efforts de restauration et d’élargissement des interventions afin de satisfaire les énormes besoins environnementaux et socioéconomiques. L’utilisation de la biodiversité locale aux fins de la restauration permet de produire divers produits forestiers non ligneux, une activité indispensable à la création de revenus, à la croissance économique et à la gestion durable des ressources naturelles. 

Le programme a pour objet de renforcer les capacités locales et de mettre en place des systèmes de suivi et d’évaluation afin de surveiller les progrès réalisés et les effets obtenus, ainsi que de partager l’information et de promouvoir la coopération Sud-Sud pour mettre à profit les enseignements tirés de l’expérience.