Kenya : 2,5 millions de personnes menacées par la faim, l’ONU a besoin de 139 millions de dollars

Dans l'est du Kenya, une personne « creuse » à la recherche d'eau dans un lit de rivière asséché
Flore de Preneuf/Banque mondiale
Dans l'est du Kenya, une personne « creuse » à la recherche d'eau dans un lit de rivière asséché

Kenya : 2,5 millions de personnes menacées par la faim, l’ONU a besoin de 139 millions de dollars

Aide humanitaire

Une action immédiate est nécessaire pour répondre à la grave sécheresse qui ravage les communautés des régions arides du Kenya, a alerté vendredi le Coordonnateur résident et Coordonnateur des opérations humanitaires des Nations Unies dans ce pays.

Deux millions et demi de personnes sont déjà en proie à une profonde insécurité alimentaire après l’échec de deux saisons des pluies consécutives dans le Nord et l’Est du Kenya. Cette projection alarmante est près de trois fois supérieure aux chiffres de l’an dernier à la même période, où 852.000 personnes se trouvaient en insécurité alimentaire sévère entre octobre et novembre 2020.

Selon l’ONU, l’insécurité alimentaire sévère a déjà atteint des sommets. D’ici novembre, ce nombre aura presque triplé par rapport à la même période l’année dernière, a averti l’ONU. 

« Les populations sont confrontées à une situation catastrophique », a déclaré le Coordonnateur résident, Stephen Jackson, lors du lancement de l’appel éclair humanitaire pour la réponse à la sécheresse au Kenya.

Sécheresse, invasion de criquet et crise de la Covid

Le pays d’Afrique de l’Est est frappé par une accumulation de calamités ces dernières années, dont une sécheresse persistante même pendant les saisons de pluies, des invasions de criquet et la crise de la Covid. S’exprimant depuis Nairobi, M. Jackson a déclaré que les habitants de Wajir, dans le nord du Kenya, n’avaient pas vu de pluie depuis plus d’un an.

Les taux de malnutrition aiguë augmentent rapidement, posant un risque imminent pour les enfants et les femmes enceintes et allaitantes.  Plus de 465.200 enfants de moins de cinq ans et plus de 93.300 femmes enceintes ou allaitantes souffrent de malnutrition aiguë dans les comtés arides et semi-arides.

« À la clinique El-Nur hier - soutenue par le PAM et l’UNICEF - j’ai parlé avec Zeinab, une mère qui m’a dit qu’elle n’avait pas pu nourrir ses enfants ce matin-là et qu’elle ne savait pas si elle pourrait mettre de la nourriture sur la table ce soir-là », a ajouté M. Jackson.

L’ONU estime à 139 millions de dollars les besoins de financement immédiats, notamment les besoins humanitaires les plus urgents de 1,3 million de personnes dont la vie a été la plus durement touchée. Mais « si cette saison des pluies échoue (à fournir suffisamment d’eau), les besoins seront encore plus élevés », a fait valoir M. Jackson.

Le gouvernement kenyan mobilisé et a décaissé près de 40 millions de dollars

« Comme je l’ai déjà souligné, si les courtes pluies d’octobre ne sont pas au rendez-vous ce mois-« ci, à la fin de l’année, nous serons confrontés à une crise encore plus profonde », a-t-il insisté, ajoutant que l’aide apportée maintenant permettra de sauver des vies.

M. Jackson a relevé que le gouvernement du Kenya a déjà apporté une réponse à la crise. Des fonds publics d’un montant de 1,7 milliard de shillings kényans (environ 17 millions de dollars) ont déjà été alloués et Nairobi a annoncé l’octroi de deux autres milliards de shillings kényans supplémentaires (20 millions de dollars).

De leur côté, depuis janvier, les Nations unies et les partenaires internationaux sont déjà venues en aide à près d’un demi-million de personnes. Outre les 400 tonnes d’aliments d’urgence pour le bétail fournis par la FAO, il y a la nutrition thérapeutique de l’UNICEF.

Pour le Programme alimentaire mondial (PAM), il s’agit de transferts d’argent, d’un soutien alimentaire et de la nutrition supplémentaire. L’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) s’est concentré sur l’aide à apporter aux réfugiés alors que d’autres programmes onusiens ont mis l’accent sur la résilience et la réduction des risques de catastrophes. « Mais ce n’est pas suffisant », a martelé M. Jackson.

L’état de catastrophe naturelle décrété le 8 septembre dernier

Le Kenya a besoin d’urgence d’environ 60 millions de dollars pour la sécurité alimentaire et de l’emploi, 40 millions de dollars pour la nutrition, 20 millions de dollars pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH). Quelque 10 millions de dollars sont prévus pour les investissements dans la santé, et 7 millions de dollars pour l’éducation et d’autres secteurs connexes, a déclaré le Coordonnateur résident pour le Kenya.

« Notre objectif est de fournir un ensemble complet de mesures de soutien aux comtés qui seront confrontés aux besoins les plus profonds et les plus graves dans les mois à venir », a-t-il fait valoir.

« Ni le Kenya ni le continent africain n’ont été les principaux responsables de la création de cette situation d’urgence climatique. Et pourtant ils font partie de ceux qui sont le plus durement touchés par celle-ci. Nous devons faire tout ce que nous pouvons, immédiatement, pour protéger la vie de ceux qui sont déjà touchés par cette sécheresse profonde et cruelle », a-t-il conclu.

A noter que le Président Uhuru Kenyatta a déclaré le 8 septembre l’état de catastrophe naturelle en raison de cette sécheresse, qui a déjà plongé au moins 2,1 millions de personnes dans la faim, selon l’Autorité nationale de gestion de la sécheresse (NDMA).