Éthiopie : profonde inquiétude pour les milliers de réfugiés érythréens « dispersés » au Tigré

26 mars 2021

Dans la région du Tigré, en Éthiopie, en proie à la guerre, la situation est très préoccupante pour des milliers de réfugiés érythréens dont les camps ont été retrouvés réduits en cendres, comme le confirment des images satellites et les témoignages de ceux qui ont fui les attaques.

Les humanitaires de l'ONU ont rapporté vendredi que des équipes d'aide ont atteint deux camps de réfugiés érythréens dans la région éthiopienne du Tigré, déchirée par la guerre, pour la première fois depuis le début des combats début novembre, pour les trouver détruits et les anciens occupants « dispersés ».

Un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Boris Cheshirkov, a déclaré aux journalistes à Genève que toutes les installations humanitaires des camps de réfugiés de Shimelba et de Hitsats, dans le nord de l'Éthiopie, avaient été « pillées et vandalisées ».

La mission, menée conjointement par le HCR et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), a constaté que la plupart des abris du camp de Hitsats, ainsi que les bureaux des Nations Unies et la maison d'hôtes du personnel avaient été détruits.

La mission conjointe a également réussi à visiter la ville de Shiraro, où l'on pense que les réfugiés sont dispersés et ont « un besoin urgent de sécurité et de soutien ».

Une évaluation urgente

Une mission ultérieure visera à recenser le nombre de personnes vivant dans la région et à déterminer si le HCR et l'Agence éthiopienne pour les réfugiés et les rapatriés (ARRA) peuvent y apporter une aide et élaborer des plans de relocalisation volontaire.

« Le HCR est profondément préoccupé par le bien-être des réfugiés érythréens qui y résidaient et qui ont tous fui les camps », a ajouté M. Cheshirkov.

© UNHCR/Petterik Wiggers
Des milliers de réfugiés d'Erythrée vivent dans le camp de Mai-Aini dans la région du Tigré, en Ethiopie.

Environ 20.000 réfugiés vivaient dans les deux camps avant que la crise n'éclate en novembre dernier, lorsque le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a lancé une campagne militaire dans le Tigré après que le parti au pouvoir dans la région, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), a lancé des attaques contre des camps de l'armée.

Les derniers développements font suite aux appels lancés par de hauts responsables de l'ONU pour mettre fin aux combats, ainsi qu'à l'annonce faite jeudi par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ouverture d'une enquête sur les allégations d'abus graves et de violations des droits par toutes les parties au conflit.

Vendredi, le Président Abiy a déclaré sur Twitter que le gouvernement érythréen avait accepté de retirer ses troupes du Tigré. Les forces éthiopiennes prendront en charge la surveillance des zones frontalières « avec effet immédiat », a-t-il déclaré.

Un besoin urgent d'assistance

M. Cheshirkov a déclaré que plus de 7.000 anciens résidents des deux camps ont soit « fait leur propre chemin, soit été aidés par les autorités éthiopiennes pour atteindre les deux autres camps de réfugiés érythréens, Mai Aini et Adi Harush ».

Il a ajouté que le HCR avait également été en contact avec plus de 2.000 réfugiés de Hitsats et Shimelba à Shire, Mekelle, Afar et Addis Abeba.

« Toutes les personnes déplacées à Shiraro et Shimelba ont un besoin urgent d'une assistance vitale, y compris de la nourriture, des abris, des soins de santé, de l'eau et des installations sanitaires », a-t-il indiqué.

Dans une déclaration, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés a réitéré son appel urgent pour que « la circulation libre et sûre des personnes affectées à la recherche de sécurité et d'assistance » soit autorisée par toutes les parties, y compris la circulation « à travers les frontières internationales et à l'intérieur des frontières nationales, indépendamment de leur identification ethnique ».

M. Cheshirkov a ajouté que l'agence prévoit d'autres missions et « a déjà commencé à déployer davantage de personnel dans la région du Tigré ».

Pour ce faire, le porte-parole du HCR a noté que « les besoins de financement augmentent et nous lançons donc un appel à un soutien accru pour cette situation, à la fois en Éthiopie et pour ceux qui se trouvent actuellement au Soudan ».

 

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