Les océans sont plus menacés que jamais, avertit l'Organisation météorologique mondiale

22 mars 2021

Le changement climatique a durement touché les océans du monde entier, ont averti à l’occasion de la Journée météorologique mondiale les experts météorologiques des Nations Unies.

L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a appelé à  relancer les services de surveillance et d'alerte rapide qui ont été interrompus par la pandémie de Covid-19, afin de protéger la navigation et les communautés côtières en danger. 

Selon l’OMM, le réchauffement des mers a contribué à alimenter une saison record d'ouragans dans l'Atlantique l'an dernier, ainsi que des cyclones tropicaux intenses dans les océans Indien et Pacifique Sud.
L'agence onusienne a également souligné la menace à long terme que représente l'élévation du niveau de la mer. 

« Environ 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres des côtes, il est urgent de protéger les communautés contre les risques côtiers, tels que les vagues, les ondes de tempête et l'élévation du niveau de la mer grâce à des systèmes d'alerte et de prévision ‘multirisques’ », a déclaré le Secrétaire général de l'OMM, Petteri Taalas. 

La grande économie bleue 

Selon l’OMM, l’« économie bleue », estimée entre 3.000 et 6.000 milliards de dollars par an, représente plus des trois quarts du commerce mondial et assure la subsistance de plus de six milliards de personnes. 

Des millions de dollars de marchandises et des centaines de vies sont encore perdues en mer chaque année, en raison de conditions météorologiques extrêmes telles que les vents violents, les grosses vagues, le brouillard, les orages, la glace de mer et les embruns verglaçants, note l’agence onusienne.
Cette dernière explique que l'océan est comme « le thermostat de la Terre », qui absorbe et transforme une part importante du rayonnement solaire et apporte de la chaleur et de la vapeur d'eau à l'atmosphère.  

Bien que de vastes courants océaniques fassent circuler cette chaleur autour de la planète, souvent sur des milliers de kilomètres, les activités humaines ont de plus en plus perturbé cet équilibre naturel océan/atmosphère, soutient l'OMM. 

Le fait que les océans absorbent plus de 90 % de l'excès de chaleur atmosphérique piégé par les gaz à effet de serre, ce qui a eu « un prix élevé puisque le réchauffement et les modifications de la chimie des océans perturbent déjà les écosystèmes marins et les populations qui en dépendent », a mis en exergue l’agence onusienne. 

Cet impact « se fera sentir pendant des centaines d'années », a poursuivi le chef de l'OMM, avant de souligner les profondes répercussions de la fonte des glaces sur le reste du globe, à travers la modification des régimes météorologiques et l'accélération de l'élévation du niveau de la mer.  

« En 2020, le minimum annuel de la banquise arctique a été parmi les plus bas jamais constatés, ce qui a exposé les populations polaires à des inondations côtières anormales et les navigateurs et les pêcheurs à des dangers liés aux glaces de mer », a expliqué M. Talaas.
 

La fonte des calottes glaciaires au Groenland s'accélère. Un nouveau record de froid est un rappel important des contrastes frappants qui existent sur cette planète.
ONU/Mark Garten (Photo d'archive)
La fonte des calottes glaciaires au Groenland s'accélère. Un nouveau record de froid est un rappel important des contrastes frappants qui existent sur cette planète.

Observation des menaces 

À l'approche de la Journée météorologique mondiale (23 mars), l’OMM a souligné la valeur du travail « 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 » des centres météorologiques nationaux pour protéger les vies et les biens « non seulement sur terre mais aussi en mer ». 

Bien que la précision et la rapidité des prévisions météorologiques se soient améliorées, l'agence onusienne relève que les navires ne disposant pas des dernières technologies sont souvent privés de ces informations cruciales pour la navigation. 

« Il est essentiel d'améliorer les services d'aide à la décision pour permettre aux marins de réduire les coûts et les trajets au minimum, tout en maximisant la sécurité et en évitant les conditions météorologiques maritimes dangereuses », a expliqué l'OMM dans un communiqué. 

L'une des principales préoccupations est la perte croissante de glace de mer à mesure que la planète se réchauffe, explique l’agence onusienne.

« Moins de glaces ne signifie pas moins de danger. Un accident majeur dans les eaux arctiques aurait des conséquences dévastatrices pour l'environnement », a précisé l'OMM qui s'efforce donc « d'améliorer les prévisions et les alertes relatives aux conditions météorologiques et à l'état des glaces dans les régions polaires ».  

Des lacunes à combler

Malgré les progrès technologiques qui ont révolutionné la surveillance des océans à l'échelle mondiale et aidé à comprendre leur lien avec le temps et le climat, l'agence onusienne a mis en garde contre les « grandes lacunes géographiques et de recherche » qui subsistent dans le Système mondial d'observation de l'océan, dans un contexte de demande croissante de prévisions et de services. La crise de la Covid-19 a aggravé la situation lorsqu'en mars 2020, les gouvernements et les institutions océanographiques ont rappelé chez eux presque tous les navires de recherche océanographique.  

« Elle a également réduit la capacité des navires commerciaux à contribuer aux observations océaniques et météorologiques vitales », a expliqué l'OMM, donnant comme exemple, les bouées océaniques et autres systèmes n'ont pas pu être entretenus, ce qui a conduit dans certains cas à leur défaillance prématurée. 

Selon l'agence onusienne, le niveau de la mer s'est élevé d'environ 15 centimètres au cours du XXe siècle, en raison de la fonte des glaciers, de l'expansion des eaux de mer plus chaudes et des apports des anciennes calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique. 

Les projections montrent que l'élévation du niveau de la mer pourrait être de l'ordre de 30 à 60 centimètres d'ici 2100, même si les émissions de gaz à effet de serre sont fortement réduites et que le réchauffement de la planète est limité à bien moins de 2°C.  

En revanche, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent sans relâche, l'augmentation sera comprise entre 60 et 110 centimètres.

 

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