Au Soudan, la protection des civils au cœur de la transition entre deux missions de l’ONU

8 décembre 2020

La mise en place de la nouvelle mission politique de l’ONU au Soudan et le retrait de l’opération de paix des Nations Unies et de l’Union africaine (UA) au Darfour ne doit pas reléguer au second plan la protection des civils, ont rappelé, mardi, des hauts responsables onusiens devant le Conseil de sécurité.

Les chefs des affaires politiques, des opérations de paix et de l’appui opérationnel de l’ONU ont souligné devant les membres du Conseil l’impératif d’un retrait ordonné de l’Opération de l’Union africaine et des Nations Unies au Darfour (MINUAD) en coordination avec l’installation progressive de la Mission intégrée des Nations Unies pour l’assistance à la transition au Soudan (UNITAMS).

Créée par le Conseil de sécurité en juin, l’UNITAMS a commencé son déploiement à Khartoum en octobre en vue d’être opérationnelle au 1er janvier 2021.

« Le gouvernement de transition a souligné la nécessité pour l’UNITAMS d'avoir une empreinte légère, et c'est ainsi que la mission a été configurée », a expliqué la Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Rosemary DiCarlo.

A ce jour, 30 personnes ont été recrutées au sein de cette nouvelle mission politique onusienne. « Nous restons tributaires du gouvernement soudanais pour le traitement rapide des demandes de visas pour leur permettre de prendre leurs fonctions », a toutefois rappelé le Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé de l’appui opérationnel, Atul Kare.

Parallèlement à l’installation de l’UNITAMS, la MINUAD entreprend son retrait du Darfour qui doit en principe être achevé d’ici la fin de l’année. « L’UNITAMS travaille en étroite collaboration avec la MINUAD, en prévision de son retrait », a assuré Mme DiCarlo.

Assurer la protection des civils pendant et après la transition entre les deux missions

La principale problématique durant cette transition entre ces deux missions onusiennes est la protection des civils qui « demeure une préoccupation, en particulier pour les femmes et les enfants qui sont confrontés à une multitude de risques dans des zones encore sous le contrôle de groupes armés », a reconnu Mme DiCarlo.

Fin octobre, le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, et le Commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine (UA), Smail Chergui, se sont rendus à Khartoum pour discuter avec le gouvernement de ce sujet. « Ce qui ressort de ces consultations, c'est la détermination ferme et sans équivoque du gouvernement de transition d'assumer la responsabilité de la protection des civils », a déclaré M. Lacroix.

Khartoum a commencé à déployer une force de protection des civils au Darfour qui devrait atteindre 12.000 membres. Un déploiement conforme à l’accord de paix de Juba qui prévoit l’établissement d’une force de maintien de la sécurité conjointe composée d’éléments gouvernementaux et de mouvements armés signataires.

« Il est nécessaire de coordonner l'appui international aux efforts déployés par le gouvernement et les parties (signataires) de l'Accord de paix de Juba pour fournir une protection, en particulier à sa Force de protection civile, qui devrait se déployer au Darfour à mesure que la MINUAD se retirera », a insisté M. Lacroix.

Le chef des opérations de paix de l’ONU juge essentiel de clarifier les attentes et les rôles respectifs de la MINUAD et du gouvernement pendant le retrait. Car au cas où le Conseil de sécurité déciderait de bien mettre fin au mandat de la MINUAD le 31 décembre 2020, « nos troupes et nos unités de police constituées cesseront leurs opérations à compter du 1er janvier 2021 », a-t-il rappelé.

La MINUAD est aujourd’hui composée de 6.000 membres du personnel militaire et de police. À mesure que son retrait commencera, les derniers contingents se consacreront à la protection du personnel, des sites et des actifs restants de l’opération de paix, tout en se préparant à leur propre sortie.

« En cas d'incident de sécurité majeur ou de menace contre les civils au Darfour pendant cette période, il incombe aux autorités de transition soudanaises et aux institutions compétentes de réagir », a insisté M. Lacroix.

Un avis partagé par Mme DiCarlo. Même si l’UNITAMS fournira un appui et aidera à créer un environnement protecteur pour les populations vulnérables, la responsabilité incombera au gouvernement de transition soudanais, a-t-elle dit.

La fermeture des sites de la MINUAD requiert une main-d’œuvre importante pour leur nettoyage et leur remise en état dans le respect de l’environnement ainsi que pour le rapatriement et l’élimination des actifs, y compris le matériel appartenant aux contingents et aux Nations Unies, qui doivent être sécurisés tout au long du processus. M. Khare a suggéré au Conseil de prendre en considération le possible maintien d'un modeste contingent qui se concentrerait sur le retrait du personnel et du matériel de la MINUAD. « Cela peut être surtout important avec la nécessité pour les forces de sécurité soudanaises de se concentrer sur la protection des civils », a-t-il expliqué.

Le chef des opérations de paix de l’ONU estime par ailleurs qu’« un plaidoyer politique coordonné » est nécessaire pour appuyer un retrait ordonné et sûr de la MINUAD et la fermeture de ses sites. « La MINUAD dialogue à la fois avec les autorités centrales et locales, ainsi qu’avec les membres de la communauté, pour assurer leur coopération pendant le retrait, et également pour répondre aux réclamations et griefs d'anciens fonctionnaires nationaux qui se traduisent de plus en plus par des protestations et des manifestations », a déclaré M. Lacroix.

Consolider les gains enregistrés en matière de consolidation de la paix

Pour M. Lacroix, il est essentiel que la transition de la MINUAD vers l'UNITAMS soutienne les progrès engrangés en matière de consolidation de la paix, notamment en matière d’activités de proximité avec les communautés, de suivi des droits de l’homme et d’appui à la police et à l’Etat de droit.

« La garantie que l'UNITAMS et l'équipe-pays des Nations Unies (au Soudan) seront en mesure d'aider le gouvernement à maintenir son soutien à la consolidation de la paix afin de renforcer davantage un environnement protecteur, afin d'éviter la reprise du conflit dans les communautés fragiles, devra être prise en compte pendant la période de retrait », a-t-il souligné.

Durant cette transition entre la MINUAD et l’UNITAMS, des équipes conjointes des deux missions effectuent des visites d’évaluation axées sur la protection des civils afin de s’assurer que les enseignements tirés de l’opération hybride perdurent

« L’UNITAMS disposera de conseillers en protection de l’enfance, de conseillers en protection des femmes, de spécialistes des droits de l’homme et de formateurs de la police pour appuyer les efforts des gouvernements de transition », a précisé Mme DiCarlo, tout en soulignant qu’« une protection efficace des civils ne sera assurée que grâce aux efforts du Soudan » en mettant notamment en œuvre l’accord de paix de Juba.

 

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