Présidentielle en Côte d’Ivoire : l’ONU met en garde contre les discours de haine

27 octobre 2020

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) a dénoncé, mardi, les « discours de haine » à relent ethnique pendant la campagne pour l’élection présidentielle prévue le 31 octobre prochain en Côte d’Ivoire.

« L’utilisation persistante de discours haineux - ou d’un langage équivalant à un appel à la haine qui constitue une incitation à la discrimination et à la violence sur la base d’affiliations ethniques et politiques - tant en ligne que hors ligne, et la manipulation des différences ethniques à des fins politiques sont très préoccupantes », a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du HCDH, lors d’un point de presse à Genève.

« Compte tenu de l’histoire de la violence électorale en Côte d’Ivoire », l’ONU redoute surtout les conséquences de tels propos sur le terrain. « Nous appelons toutes les parties à s’abstenir d’utiliser un langage discriminatoire et provocateur avec des affiliations ethniques qui pourrait conduire à davantage de divisions dans la société et, en fin de compte, à la violence », a mis en garde la porte-parole de l’agence onusienne, tout en appelant « au calme avant et après l’élection et à la résolution des différends par le dialogue ».

Le Secrétaire général de l’ONU avait, le 22 octobre dernier, réitéré son appel « aux leaders politiques et d’opinion pour qu’ils rejettent tous discours haineux et incitations à la violence d’inspiration politico-ethniciste ».

Dans un communiqué, António Guterres avait notamment encouragé tous les acteurs politiques et leurs partisans à « s’engager dans un dialogue constructif et à créer un environnement propice à la tenue d’élections inclusives et pacifiques ».

Pour une enquête impartiale pour les morts de Bongouanou et de Dabou

Par ailleurs, les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet ont demandé aux autorités d’Abidjan de veiller à une reddition des comptes, après que des informations ont fait état de la mort d’une vingtaine de personnes dans plusieurs localités de Côte d’Ivoire. Ces civils ont été tués lors d’affrontements intercommunautaires ainsi que lors de heurts entre les forces de sécurité et les partisans des partis d’opposition.

A l’approche des élections du 31 octobre, des affrontements intercommunautaires ont été signalés dans les villes de Bongouanou à l’est et de Dabou au sud-est du pays, entre le 17 et le 21 octobre.

Lors de diverses manifestations de l’opposition dans d’autres villes et dans la capitale Abidjan, des individus non identifiés ont agressé, menacé et intimidé des manifestants à l’aide de machettes et de couteaux, en toute impunité.

« En certaines occasions, des bureaux de vote ont été endommagés, des cartes de vote ont été détruites et des entreprises privées ont été pillées », a détaillé Mme Shamdasani.

Et pour éviter que de tels événements ne se reproduisent, le Haut-Commissariat estime qu’il est essentiel de mener rapidement « des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales sur toutes les violations et tous les abus des droits de l’homme, quelle que soit l’affiliation politique des auteurs présumés ». « Nous croyons savoir qu’un certain nombre d’individus ont été arrêtés en relation avec les violences à Dabou », a précisé la porte-parole du HCDH.

D’une manière générale, les services de Mme Bachelet invitent Abidjan à garantir le droit à la participation politique « sans discrimination, crainte ou représailles ». Pour l’ONU, les autorités ivoiriennes doivent garantir le respect du droit de réunion pacifique et protéger les participants contre les attaques de tiers.

Tanzanie : 3 tués par la police à Zanzibar lors de heurts avant les élections

S’agissant des élections présidentielle, législatives et municipales prévues mercredi 28 octobre en Tanzanie, l’ONU s’est également « alarmée par les informations selon lesquelles trois personnes auraient été tuées hier soir et d’autres blessées sur l’île de Pemba.

Dans cette île qui fait partie de l’archipel de Zanzibar, la police aurait tiré à balles réelles lors d’affrontements avec des partisans de l’opposition. Le Haut-Commissariat demande instamment aux autorités de veiller à ce qu’une enquête rapide, transparente et indépendante soit menée sur cet incident et invite tous les acteurs à s’abstenir de tout acte de violence.

Plus largement, les services de Mme Bachelet indiquent avoir noté « avec inquiétude le rétrécissement de l’espace démocratique en Tanzanie ». Ils font état de « rapports inquiétants d’intimidation, de harcèlement, d’arrestations arbitraires et d’attaques physiques contre des opposants politiques, des journalistes, des femmes défenseurs des droits de l’homme et d’autres activistes ».

Pour cette agence onusienne, cette répression des voix dissidentes s’est intensifiée à l’approche des élections, alors que le droit à la liberté d’expression et à la participation politique devraient être maintenus, et non réprimés. « Nous appelons tous les acteurs concernés à faire en sorte que les élections se déroulent de manière pacifique, inclusive et participative, et que les citoyens puissent voter sans crainte ni intimidation », a conclu Mme Shamdasani.

 

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