Comité des droits de l’enfant : Michelle Bachelet appelle à donner la parole aux enfants

14 janvier 2019

A l’ouverture de la quatre-vingtième session du Comité des droits de l’enfant ce lundi matin à Genève, la cheffe des droits de l’homme de l’ONU a regretté que tous les États parties ne garantissent pas, autant qu’il le faudrait, la survie et le développement des enfants.

« Il y a trois ans, les États du monde ont promis un avenir bien meilleur pour leurs enfants. Mais nous ne sommes pas encore sur la bonne voie pour atteindre les aspects essentiels de l’Agenda 2030 », a déclaré Michelle Bachelet. 

« Dans pratiquement tous les pays, les opinions des enfants ne sont pas prises en compte ou ignorées, les mineurs étant toujours considérés comme 'bénéficiaires passifs de soins' », a ajouté la Haut commissaire aux droits humains.

Des progrès enregistrés depuis l’an 2000

De façon générale, elle a relevé que des progrès avaient été enregistrés depuis l’an 2000 contre la pauvreté et pour la survie des enfants. 

« Depuis 2000, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans dans le monde a presque été réduit de moitié, passant de 78 décès pour 1.000 en 2.000 à 41 décès en 2016. Cela représente environ 50 millions d’enfants », a ajouté Mme Bachelet.

Mais, a-t-elle nuancé, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), plus de soixante pays n’atteindront pas la cible fixée par les Objectifs de développement durable en matière de mortalité néonatale, et 60 millions d’enfants de moins de 5 ans risquent de mourir, d’ici à 2030, du fait de maladies évitables.

Selon l’ancienne Présidente chilienne, le retard de croissance ou la malnutrition chronique toucherait 155 millions d’enfants. « Malheureusement, l’UNICEF indique que seuls 13% des pays sont en voie d’atteindre leur objectif », fait-elle valoir.

Photo: UNICEF RCA/Donaig Le Du
Deux garçons parmi d'autres enfants soldats libérés par les milices anti-Balaka et le groupe armé ex-Séléka en République centrafricaine en 2015.

La traite, l'esclavage et le recrutement forcé par des groupes armés, des menaces qui persistent

D’ailleurs, la Haut-Commissaire a aussi relevé la persistance de problèmes tels que la vulnérabilité des enfants à la traite, à l’esclavage et au travail forcé, ainsi que le fait que des millions de filles deviennent mères, ce qui nuit à leur santé et les empêche de s’extraire de la pauvreté. 

Elle a également insisté sur les répercussions des conflits sur les enfants.

En outre, des millions d’enfants sont traumatisés et blessés par les conflits armés.  Il est toutefois impossible d’estimer avec précision le nombre de garçons et de filles qui sont recrutés de force par des groupes armés en tant que combattants ou, en réalité, en tant qu’esclaves.

« Rien qu’en 2016, les observateurs des Nations Unies ont vérifié plus de 20.000 victimes, mais leur nombre est nettement plus élevé », a insisté Mme Bachelet.

Selon la cheffe des droits de l’homme de l’ONU, ces « chiffres sont une calamité » et « chacun d’eux représente le sort précieux d’un individu, dont les espoirs et les rêves sont anéantis ».

UNFCCC/James Dowson
Greta Thunberg, une militante suédoise de 15 ans, présente une vision des jeunes lors de la conférence sur le climat organisée par la COP24 à Katowice en Pologne.

Donnez la voix aux enfants, à l’image de Greta Thunberg à la COP 24

Mme Bachelet a profité de cette tribune pour rappeler aussi la déclaration énergique faite lors du sommet de la COP24 par Greta Thunberg, une adolescente de 15 ans, qui a plaidé pour des actions bien plus réfléchies pour l’avenir de l’humanité.

Le mois dernier, lors d’une discussion spéciale avec les enfants dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Nayeli Quiroz, une Equatorienne de 16 ans, avait demandé que les enfants et les adolescents puissent participer aux décisions qui les touchent directement.

« J’ai demandé à Konstantinos, âgé de 16 ans, quel était son rêve et il m’a dit qu’il fallait 'apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge que vous êtes tous égaux. Si nous changeons l’éducation, nous (changerons) l’humanité' », a souligné la Haut-Commissaire. « Nous avons besoin du pouvoir, de la clarté, de la prévoyance et du bon sens de ces enfants et adolescents pour nous aider à renverser de nombreuses tendances actuelles. Nous avons besoin de leur leadership ».

Dans un tel contexte, a-t-elle poursuivi, le trentième anniversaire de la Convention doit être l’occasion de plaider pour un meilleur respect des principes et objectifs de cet instrument, à savoir la non-discrimination, l’intérêt supérieur de l’enfant, le droit à la vie et le droit d’être entendu. 

Elle a dit soutenir l’appel lancé par l’UNICEF en vue de l’organisation d’une manifestation de haut niveau à ce sujet lors de la 74e session de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre, ainsi que d’un « sommet virtuel ».

Michelle Bachelet a enfin relevé que de nombreux jeunes sont pleins d’idées, d’innovations et de solutions aux problèmes du monde, notamment le changement climatique

Elle a insisté sur l’importance d’aider les enfants à s’autonomiser et de respecter leurs droits et leur dignité.

A noter que les travaux de la quatre-vingtième session du Comité des droits de l’enfant se tiendront au Palais Wilson à Genève jusqu’au 1er février prochain. Les experts indépendants onusiens examineront les rapports de six pays : Bahreïn, Belgique, Guinée, Italie, Japon et Syrie.

 

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