Erythrée : une experte des droits de l'homme appelle à la fin des restrictions imposées aux médias

3 mai 2018

Alors que le monde marque la Journée de la liberté de la presse ce 3 mai 2018, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Erythrée, Sheila B Keetharuth, a demandé au gouvernement de ce pays de mettre fin aux restrictions paralysantes imposées à la liberté de la presse.

« Les journalistes sont menacés par les arrestations arbitraires, l'emprisonnement et les disparitions forcées dans le cadre des efforts pour les intimider et les contrôler, et ces violations des droits de l'homme se produisent  avec un mépris pour le droit fondamental à la liberté d'expression et d'information, ainsi que pour les droits individuels », a déclaré Mme Keetharuth.

« La liberté d'expression est un droit inaliénable et comprend le droit de rechercher, de recevoir et de diffuser des informations et des idées, soit oralement, par écrit, sous la forme d'art, ou par d'autres formes de communication, y compris au-delà des frontières », a-t-elle ajouté.

« Les actions des journalistes sont étroitement surveillées en Érythrée en tant que moyen de domination et pour instiller la peur dans un contexte répressif où les médias sont entièrement contrôlés par l'État. Les arrestations et les emprisonnements arbitraires servent à museler les journalistes et à provoquer une autocensure. Aucune analyse critique ni aucun commentaire sur les politiques ou les actions du gouvernement ne sont autorisés », a souligné l'experte.

Selon des rapports publics, la détention de deux journalistes en avril 2018 est un des exemples récents de l'environnement hostile dans lequel les journalistes en Erythrée travaillent, a déclaré Mme Keetharuth. Les deux journalistes auraient été libérés depuis, mais leur arrestation arbitraire était déplorable, a-t-elle ajouté.

Plus de 90 arrestations de journalistes en Érythrée depuis 1997

La Rapporteuse spéciale a documenté plus de 90 arrestations de journalistes en Érythrée depuis 1997. Bien que ce chiffre ne soit pas exhaustif, il illustre la situation précaire des journalistes dans le pays.

Parmi ceux qui ont été arrêtés figurent des journalistes primés, tel que Dawit Isaak, qui a reçu le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO / Guillermo Cano en 2017 en reconnaissance de son courage, de sa résistance et de son engagement envers la liberté d'expression. Dawit Isaak et d'autres journalistes, arrêtés en 2001 lors d’une opération de répression de la liberté de la presse en Érythrée, sont toujours détenus au secret, sans inculpation, sans accès à des représentants légaux et / ou à leur famille, et sans indication s'ils seront un jour jugés devant une cour de justice. Leur état de santé physique et mentale est un sujet de préoccupation.

« Une presse libre est essentielle à l'Etat de droit, en garantissant que la population du pays est bien informée pour favoriser la participation et la prise de décisions fondées sur la connaissance. Une atmosphère dans laquelle la liberté de parole et de presse existe et où les journalistes peuvent exercer leur profession sans crainte permet la transparence, ce qui est nécessaire pour responsabiliser les responsables », a déclaré l'experte des Nations Unies.

« Les restrictions imposées à la liberté de la presse par le gouvernement de l'Erythrée ne sont pas proportionnelles, pas nécessaires pour les intérêts de la sécurité nationale, l'ordre public ou même l'unité nationale et constituent une violation du droit de rechercher, de recevoir et de diffuser des informations », a souligné la Rapporteuse spéciale.

 

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