Des experts de l'ONU dénoncent des projets de développement foncier en Asie du Sud-Est

Le rapporteur spécial James Anaya. Photo ONU/Jean-Marc Ferré
Le rapporteur spécial James Anaya. Photo ONU/Jean-Marc Ferré

Des experts de l'ONU dénoncent des projets de développement foncier en Asie du Sud-Est

Deux experts des Nations Unies sur l'alimentation et les peuples autochtones ont exhorté mercredi les États d'Asie du Sud-Est à faire respecter les droits humains des communautés vivant dans la région et dont les moyens de subsistance, les traditions et les manières de vivre dépendent étroitement de leur environnement naturel.

« Les gouvernements ne doivent pas se laisser séduire par les promesses des développeurs qui souhaitent acquérir des terres destinées à être reconverties à l'agriculture intensive et à la production de biocarburants », a indiqué le Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, et son homologue sur les droits des peuples autochtones, James Anaya, alors que des conflit d'intérêt se multiplient en Asie du Sud-Est, où la production de biocarburants connaît un essor fulgurant.

« Le développement n'est pas toujours au bout du chemin quel que soit le nombre d'emplois ou de recettes à l'exportation que semble receler tel projet » ont souligné les deux experts, qui ont ajouté : « De nouvelles opportunités économiques une utilisation plus intensive des sols ne doivent pas se faire au détriment des droits humains des populations locales ».

Des projets de conversion de un à deux millions d'hectares de forêt vierge et de terres cultivables en plantations destinées à produire des biocarburants dans la région de Meruake, en Indonésie, pourrait affecter la sécurité alimentaire de 50.000 personnes.

Dans la région d'Isabela, dans les Philippines, près de 3.000 hectares de terres supposées « inexploitées » ont été converties à la culture de la canne à sucre avec pour finalité la production d'agrocarburants, 8.000 hectares supplémentaires étant concernées par cette transformation majeure qui risque d'affecter 45.000 personnes.

« Il s'agit principalement de familles autochtones dont les moyens de subsistance traditionnels sont profondément enracinés dans leur environnement local », a prévenu M. Anaya.

Pour les deux Rapporteurs, l'exploitation intensive de terrains forestiers peut entrainer aussi une perte de biodiversité et la disparition de certaines espèces, sans compter l'impact de l'afflux soudain de travailleurs sur les sites concernés.

Les experts de l'ONU ont exprimé leurs préoccupations devant le manque manifeste de consultations et de transparence dans le cadre de l'acquisition de ces terres. En aucun cas, ont assuré les deux experts, les communautés autochtones n'ont été suffisamment informées des acquisitions en cours et de leurs répercussions.

Face aux allégations de menaces dans la région de Meruake, et aux incertitudes qui pèsent sur les mécanismes de compensation à Isabela, les deux Rapporteurs ont exhorté les gouvernements des pays d'Asie du Sud-Est à aligner leurs politiques et leurs investissements en matière de biocarburants sur la nécessité de respecter les droits des occupants des terres concernées, conformément aux directives de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur la gouvernance foncière.