Yémen : l'ONU réclame une enquête sur les violations des droits de l'homme

Des manifestants à Sana'a, au Yémen, en avril 2011.
Des manifestants à Sana'a, au Yémen, en avril 2011.

Yémen : l'ONU réclame une enquête sur les violations des droits de l'homme

Le Haut commissariat aux droits de l'homme (HCDH) estime dans un rapport que les autorités yéménites devaient agir immédiatement pour protéger la population civile et garantir le droit à manifester pacifiquement.

Le Haut commissariat aux droits de l'homme (HCDH) a estimé dans un rapport publié mardi que les autorités yéménites devaient agir immédiatement pour protéger la population civile et garantir le droit à manifester pacifiquement.

Le rapport préparé par une délégation du HCDH qui s'est rendue dans les villes de Sana'a, Aden et Taëz entre le 28 juin et le 6 juillet, réclame également une enquête internationale, impartiale et indépendante sur les accusations de violations des droits de l'homme qui auraient eu lieu lors des grands mouvements de protestations pacifiques qui secouent le Yémen depuis le début de l'année.

« La mission a observé une situation dans laquelle de nombreux Yéménites demandent davantage de liberté, la fin de la corruption et le respect des lois. Ils ont été confrontés à une réaction violente de la part de l'Etat qui a fait usage d'une force disproportionnée, excessive et létale. Des centaines de personnes ont été tuées et des milliers blessées, » a indiqué le rapport du HCDH.

La mission d'évaluation a été témoin du déploiement de chars à Taëz qui bombardaient la ville pendant la nuit. Elle a également observé des exemples de punition collective de la population civile par la coupure de l'approvisionnement en électricité, en eau et en carburant.

« À la fois le gouvernement et certains de ses opposants armés se sont présentés comme les défenseurs de la population civile et se sont accusés mutuellement d'être responsables des souffrances infligées. Toutes les parties prenantes pourraient être coupables d'utiliser et d'abuser de manifestants pacifiques et de la population civile dans cette lutte acharnée pour le pouvoir, » a noté le rapport qui demande aux groupes qui prétendent défendre les manifestants de retirer toutes les armes des lieux de manifestations pacifiques.

Le rapport fait état d'accusations crédibles de violations des droits de l'homme commises par les forces de sécurité, comme les assassinats de civils, l'usage excessif de la force, les détentions arbitraires, la torture et les mauvais traitements. A plusieurs reprises, les forces de sécurité du gouvernement ont empêché que des manifestants blessés puissent se rendre à l'hôpital ou ont empêché des ambulances ou des médecins de soigner les blessés. Plus d'une fois, des forces de sécurité auraient ouvert le feu sur des ambulances. Selon les auteurs du rapport, les forces de sécurité n'étaient pas suffisamment formées pour remplir leur mission en accord avec les obligations du Yémen envers le droit international des droits de l'homme.

La délégation du HCDH a reçu de nombreuses informations sur des enfants qui auraient subi la même violence que les adultes, y compris des meurtres, des blessures, la torture, la détention arbitraire ou encore le recrutement dans les forces de sécurité. Des enfants en uniforme ont été vus patrouillant dans les rues ou à des barrages de police.

« Le gouvernement doit prendre des mesures immédiates pour cesser de recruter et d'utiliser les enfants, pour démobiliser ceux qui servent dans les rangs des forces de sécurité et travailler avec les Nations Unies pour réintégrer ces enfants dans leurs communautés. Tous les prisonniers détenus pour avoir fait usage pacifique de leur liberté d'expression et de rassemblement doivent être relâchés immédiatement et sans conditions, » a affirmé le rapport du HCDH.

Dans de nombreux cas, le manque de confiance dans les institutions judiciaires fait que les victimes, leurs proches ou leurs avocats s'abstiennent de porter plainte ou de témoigner. « Le manque de confiance dans la justice pour mener des enquêtes impartiales sur des violations des droits de l'homme à l'encontre de mouvements pacifiques de protestation démontre le besoin d'une enquête internationale indépendante et impartiale, » a souligné le rapport.