Darfour : en dépit de progrès dans le processus de paix, la situation reste fragile

Darfour : en dépit de progrès dans le processus de paix, la situation reste fragile

Une femme déplacée avec son enfant dans le camp de Kalma au Darfour.
Malgré des avancées significatives dans le processus de paix, la situation sécuritaire reste fragile au Darfour, à l'est du Soudan, indique le dernier rapport du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, sur cette région.

« Je me félicite de la tenue à Doha, du 12 au 14 juillet 2010, de la deuxième réunion des représentants de la société civile, qui a élargi et approfondi le processus de paix. J'invite la Médiation et la Mission des Nations Unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) à poursuivre leurs efforts en ce sens dans l'intérêt d'une plus grande transparence », écrit Ban Ki-moon dans son rapport. « Bien que les combats entre les parties au conflit aient dans l'ensemble considérablement diminué, les affrontements entre communautés continuent de faire des morts », a-t-il ajouté.

Concernant le processus de paix, Ban Ki-moon « exhorte les parties à conclure un accord de paix qui remédie aux causes profondes du conflit et qui contribue à la stabilité du Darfour ». Alors que le gouvernement soudanais a annoncé « une nouvelle stratégie de rétablissement de la paix au Darfour qui vise à faciliter la participation au processus de paix et à aider les communautés locales à se l'approprier », le chef de l'ONU a de nouveau rappelé que seules des négociations sans exclusive et largement représentatives pourront aboutir.

« Malheureusement, les dirigeants de l'Armée de libération du Soudan/Abdul Wahid et ceux du Mouvement pour la justice et l'égalité continuent de refuser de participer aux pourparlers de paix. De son côté, le gouvernement n'a toujours pas montré qu'il était prêt à faire des concessions suffisamment intéressantes à ces parties. C'est là un obstacle majeur à des négociations sans exclusive, et qui compromet gravement la capacité de la Médiation conjointe de négocier un accord de paix global », a déploré Ban Ki-moon.

Les hostilités armées, qui ont été moins fréquentes et moins destructrices qu'auparavant, ont pris la forme d'affrontements sporadiques entre les forces gouvernementales et celles du Mouvement pour la justice et l'égalité dans le Darfour-Sud et d'affrontements entre les forces gouvernementales et celles de l'Armée de libération du Soudan/Abdul Wahid dans le Djebel Marra. Ces affrontements ont provoqué de nouveaux déplacements de populations et entravé l'acheminement de l'aide humanitaire.

De nouveaux affrontements entre Misseriyas et Rezeigat ont eu lieu en août aux environs de Kass, malgré un accord de paix local signé par ces deux tribus arabes. « De nombreux facteurs laissent craindre que de tels affrontements ne se reproduisent à l'avenir : prolifération des armes légères, compétition pour les terres évacuées par les populations déplacées, affaiblissement des modes traditionnels de règlement des différends, et enfin rivalités ethniques et politiques », explique Ban Ki-moon, qui estime que « ce genre d'affrontements risque de persister, voire de devenir la première source d'insécurité et d'instabilité au Darfour si le gouvernement ne se décide pas à désarmer les milices, à rétablir l'ordre et la paix publique en mettant fin à l'impunité, à investir dans le développement et à régler les conflits fonciers ».

Il a également condamné « énergiquement » les actes de violence commis dans les camps de déplacés de Kalma et d'Hamadiya. « Je constate aussi que la présence d'armes et d'éléments armés dans certains camps de déplacés, notamment dans le camp de Kalma, est un facteur d'insécurité auquel il doit être remédié », a-t-il précisé en réitérant son appel au gouvernement et aux mouvements armés pour accorder au personnel de la MINUAD « la liberté de circulation que lui garantit l'accord sur le statut des forces et d'accorder la même liberté au personnel humanitaire ».

Les attaques et les enlèvements visant le personnel de l'ONU et les travailleurs humanitaires sont « des actes éminemment répréhensibles qui constituent des crimes de guerre », a prévenu le chef de l'ONU.

« Je lance un appel au gouvernement pour qu'il fasse arrêter et poursuivre devant les tribunaux les auteurs de ces attaques. Mettre fin à l'impunité dont jouissent les auteurs de ces crimes, qu'ils soient perpétrés contre le personnel de la MINUAD ou des citoyens ordinaires, est une étape essentielle à franchir si l'on veut que la paix et la sécurité remplacent les conflits et l'instabilité au Darfour », a-t-il conclu.

La guerre civile au Darfour a fait près de 300.000 morts et 2,7 millions de réfugiés ou de déplacés internes.