Darfour : cinq ans de souffrances, et la crise s’aggrave, dénonce John Holmes

22 avril 2008

Devant le Conseil de sécurité, John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l’ONU, a appelé aujourd’hui tant le gouvernement soudanais que les mouvements rebelles à faire « bien plus » pour protéger la population. A ce jour, 4,27 millions de personnes sont affectées, sur les six millions d’habitants que compte le Darfour.

Depuis que le Conseil de sécurité s’est saisi de la crise au Darfour, il y a quatre ans, le nombre de personnes affectées a été multiplié par six. 4,27 millions sont gravement affectées par le conflit, 2,45 millions sont déplacées dans le pays et 260.000 ont trouvé refuge dans les pays voisins, a déclaré le Secrétaire général adjoint lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur l’Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD).

Une étude de 1986 évaluait le nombre de victimes à 200.000. « Ce chiffre doit avoir encore augmenté de 50% », a dit John Holmes.

Devant la presse, John Holmes a précisé que ce chiffre était une "extrapolation raisonnable" qui comprenait les victimes directes de violence et les morts du fait de l'état de conflit : malnutrition, déplacement, maladies.

« Je suis rempli de tristesse et de colère de constater qu’après 5 ans de conflit et 4 ans après l’engagement du Conseil, nous n’avons toujours pas trouvé de solution durable », a dénoncé le Coordonnateur humanitaire.

Au gouvernement du Soudan, ce dernier a lancé un appel à « améliorer la sécurité des civils et de la communauté internationale dans les zones sous son contrôle », à « démanteler une fois pour toutes les milices janjawid et à poursuivre les auteurs de crimes », notamment les crimes sexuels, et enfin, dans la mesure où « le Soudan est un pays de plus en plus prospère », « à fournir une assistance à sa propre population plutôt que de laisser la communauté internationale en porter toute la responsabilité financière ».

Aux rebelles, John Holmes a intimé « d’arrêter de mettre en danger la vie des civils en lançant des attaques depuis les zones civiles », « d’arrêter d’attaquer les convois humanitaires » et de respecter les principes humanitaires ».

Le Secrétaire général adjoint a rappelé que 14.700 humanitaires restaient sur le terrain et faisaient face à l’accroissement des violences.

Depuis le début de 2008, le pourcentage de détournements de convois humanitaires s’est accru de 350% par rapport aux chiffres alarmants de 2007.

En 2008, 42 bâtiments humanitaires ont été attaqués, six travailleurs humanitaires tués. Cent-six véhicules ont été détournés : 46 appartenant à l’ONU et à des organisations non gouvernementales (ONG) et 60 sous contrat avec le Programme alimentaire mondial (PAM). Un chauffeur du PAM a été tué et 26 sont portés disparus.

Le Secrétaire général adjoint a prévenu contre la « marginalisation » et même la « militarisation » des populations dans les camps de réfugiés surpeuplés depuis cinq ans.

« Chaque mois qui passe rendra le retour à la normale plus difficile », a-t-il souligné.

 

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