Jan Egeland craint une catastrophe humanitaire sans précédent au Darfour

28 août 2006

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, a appelé aujourd'hui les membres du Conseil de sécurité à une action politique « immédiate » pour éviter une « catastrophe humanitaire sans précédent » et « des pertes massives en vies humaines » dans la région du Darfour au Soudan.

« L'ensemble de nos opérations humanitaires au Darfour – l'unique bouée de sauvetage pour plus de trois millions de personnes – est actuellement menacé. Nous avons besoin d'une action immédiate sur le plan politique pour éviter une catastrophe humanitaire avec des pertes massives en vies humaines », a déclaré Jan Egeland devant le Conseil de sécurité réuni aujourd'hui à huis clos sur le Soudan.

« Depuis 2004, nous avons vu des dizaines de milliers de morts chaque année. Si l'opération humanitaire devait échouer, nous pourrions voir des centaines de milliers de morts. En résumé, nous pourrions en arriver à une catastrophe humaine d'une échelle sans précédent au Darfour », a-t-il averti.

Sans un arrêt des combats et des violences, sans un meilleur accès aux populations dans le besoin et sans une amélioration des conditions de travail du personnel humanitaire, l'opération humanitaire internationale risque de tourner à un échec complet, a-t-il expliqué.

Exposant d'abord la situation sécuritaire, le Secrétaire général adjoint a rappelé que « la violence, les abus sexuels et les déplacements de population » avaient augmenté « de manière dramatique » depuis le mois de mai.

Les combats entre les forces gouvernementales et la faction rebelle ALS (Armée de libération du Soudan)-Minawi, d'un côté, et les rebelles qui n'ont pas signé l'accord de paix, de l'autre, ont provoqué « des centaines de morts, des actes de violence sexuelle méprisables, des pillages systématiques et le déplacement de 50 000 personnes au cours des huit dernières semaines ».

Rien qu'au cours des cinq dernières semaines autour du camp de Kalma au Sud-Soudan, 200 femmes et filles ont été violées, a rapporté Jan Egeland.

Le Secrétaire général adjoint s'est aussi inquiété de la situation des fermiers du Nord et de l'Ouest du Darfour qu'on a harcelé, battu et, dans certains cas, tué pour les empêcher de cultiver leurs terres.

Passant à la situation des travailleurs humanitaires, Jan Egeland a indiqué que le nombre d'attaques meurtrières avait aussi augmenté, précisant que neuf travailleurs humanitaires avaient été tués au mois de juillet.

Plus de 25 véhicules appartenant aux Nations unies ou aux organisations gouvernementales ont été attaqués au cours des deux derniers mois et l'une d'entre elles a perdu trois véhicules en deux jours, a-t-il encore précisé.

« Si cela continue, les organisations vont quitter le Darfour les unes après les autres, parce que le personnel humanitaire ne peut pas continuer à être exposé à de tels risques », a-t-il ajouté.

Le Secrétaire général adjoint a aussi mis en garde contre la réduction drastique de l'accès des humanitaires aux populations dans le besoin qui est retombé au niveau de 2003-2004.

Les humanitaires n'ont pas accès à la région de Jebel Marra, aux zones nord du Darfour-Nord et du Darfour-Ouest.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) rapporte que 470 000 personnes au Darfour n'ont pas reçu les rations mensuelles au mois de juillet - contre 290 000 au mois de juin.

Jan Egeland a enfin rappelé que les fonds humanitaires continuaient de manquer. Le plan humanitaire pour le Darfour n'est financé qu'à 63%. Le PAM a été forcé de diminuer les rations alimentaires de 50% au mois de mai.

Depuis février 2003, la guerre civile au Darfour a fait au moins 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés. L'accord de paix signé en mai dernier à Abuja entre le gouvernement du Soudan et une partie des mouvements rebelles n'a pas mis fin aux combats.

La mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), forte de 7 000 hommes, déployée au Darfour depuis 2004, s'est révélée incapable de protéger les populations civiles de la région.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont soumis au mois d'août un projet de résolution pour accélérer la transition d'une mission de l'Union africaine en une mission des Nations Unies qui serait plus robuste. Mais plusieurs membres du Conseil de sécurité sont opposés à un tel projet.

 

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