Sommet de l'Union africaine : Kofi Annan annonce la création d'un Fonds pour la démocratie

5 juillet 2005

Au sommet de l'Union africaine (UA) réuni hier en Libye, le Secrétaire général a annoncé la création d'un Fonds des Nations Unies pour la démocratie. Il a aussi engagé les pays africains à soutenir à l'ONU le concept de « responsabilité de protéger », pour justifier une intervention face à la menace d'un génocide, afin d'éviter que ne se répète la tragédie du Rwanda.

Si l'UA a continué sa marche pour devenir un instrument efficace de progrès commun pour le peuple africain, « notre continent continue d'être aux prises à de violents conflits et nous restons loin derrière le monde en développement dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) », a déclaré hier le Secrétaire général au Sommet de l'UA, qui se tenait à Syrte, en Libye.

A la veille du Sommet du G-8 qui doit se tenir jeudi et vendredi à Gleneagles, en Ecosse, le Secrétaire général a rappelé que le Sommet qui doit se tenir en septembre, à New York, offre de plus grands espoirs encore. Avec près de 175 chefs d'Etats attendus, ce sommet doit être le plus grand rassemblement de dirigeants mondiaux de toute l'histoire. « A mon avis, c'est une chance unique dans cette génération de prendre des mesures audacieuses » aux problèmes mondiaux, a souligné Kofi Annan.

Si c'est une opportunité pour « toute l'humanité », « c'est en Afrique que les problèmes visés par le sommet sont les plus aigus », a-t-il souligné, rappelant le programme mis avant dans son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande : développement, sécurité et droits de l'homme pour tous ».

Le Secrétaire général a rappelé ses principales propositions concernant le développement et la sécurité, mais il a surtout insisté sur le concept de la « responsabilité de protéger ».

« J'ai appelé les Etats Membres à affirmer ce principe en septembre. Certains pays sont préoccupés par le fait que ce concept pourrait être utilisé comme masque pour des interventions indésirables ».

« Mais nous convenons tous que l'inaction face au génocide, aux crimes de guerre, au nettoyage ethnique et aux crimes contre l'humanité est inacceptable. D'ailleurs, l'Acte constitutif de l'Union africaine prévoit lui-même l'intervention de l'Union dans des circonstances aussi graves ».

« L'ONU ne devrait pas appliquer de règles moins contraignantes », a-t-il souligné, soulignant que les « êtres humains menacés par des crimes aussi graves méritent la protection non seulement de leurs voisins régionaux mais aussi de la communauté internationale dans son ensemble ».

« Nous en devons pas répéter l'expérience inadéquate du passé », faisant référence au génocide du Rwanda.

« Le moment est venu pour les gouvernements de rendre des comptes, à leurs citoyens et aux autres gouvernements, de leur action en faveur du respect de la dignité des personnes, auxquels ils manifestent trop souvent un attachement platonique », déclarait le Secrétaire général dans son rapport « Dans une liberté plus grande » (§135).

« Bien que parfaitement conscient du caractère sensible de la question », « je suis convaincu que nous devons assumer la responsabilité de protéger et, lorsque c'est nécessaire, prendre les mesures qui s'imposent ».

« Cette responsabilité incombe, avant tout, à chaque État en particulier, qui a pour principale 'raison d'être' et pour devoir premier de protéger sa population. Néanmoins, si les autorités nationales ne peuvent ou ne veulent pas protéger leurs citoyens, il appartient alors à la communauté internationale d'utiliser les moyens diplomatiques, humanitaires et autres pour aider à protéger les droits de l'homme et le bien-être des populations civiles ».

« Lorsque ces méthodes s'avèrent insuffisantes, le Conseil de sécurité peut décider, par nécessité, de prendre des mesures en application de la Charte des Nations Unies, y compris, si besoin est, une action coercitive », indiquait le rapport.

Se tournant par ailleurs vers la défense des droits de l'homme et de l'importance fondamentale de soutenir des institutions démocratiques en Afrique, Kofi Annan a hier rendu hommage au fait qu'il « existait aujourd'hui plus d'Etats africains disposant de gouvernements démocratiquement élus qu'à aucun autre moment de son histoire ».

Nous savons que le maintien des institutions démocratiques n'est pas aisé et « nous savons aussi que ce maintien peut faire peser un poids sur les ressources des pays pauvres ».

« Je suis donc heureux d'annoncer la création du Fonds des Nations Unies pour la démocratie, qui fournira une assistance aux pays qui cherchent à établir ou à renforcer leur démocratie », a déclaré le Secrétaire général.

Indiquant qu'un certain nombre d'Etats avaient déjà indiqué leur intention d'y contribuer, il a exprimé l'espoir que d'autres suivraient leur exemple.

La création de ce fonds met en oeuvre une des propositions formulées dans le rapport du Secrétaire général, dans lequel il soulignait que « l'Organisation des Nations Unies fait plus que toute autre organisation pour promouvoir et renforcer les institutions et les pratiques démocratiques partout dans le monde », « fait peu connu ».

Le Secrétaire général regrettait néanmoins que l'impact de ces activités soit amoindri par « la manière dont nous les dispersons entre différents secteurs de notre bureaucratie ».

« À cette fin, j'appuie la création à l'ONU d'un fonds pour la démocratie destiné à fournir une assistance aux pays qui cherchent à instaurer la démocratie ou à la renforcer », indiquait le Secrétaire général.

Selon les précisions transmises aujourd'hui par le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, le Fonds fera partie des Fonds d'affectation spéciaux des Nations Unies, financé de manière volontaire par les Etats Membres et contrôlé par un Conseil d'administration sous la direction du Secrétaire général, et composé d'Etats provenant de diverses régions géographiques.

« Le Fonds n'appuiera pas un modèle unique de démocratie », le Secrétaire général appuyant l'idée que la démocratie n'appartient par à une région en particulier et ne suit pas un modèle unique.

Par ailleurs, les activités du Fonds ne sauraient, « en aucune circonstance », être « imposées » à un pays.

Le Fonds devrait commencer à être opérationnel cet été, ce qui permettra à tout pays intéressé à lui apporter son soutien à le faire lors du Sommet de septembre, indique le porte-parole.

 

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