Seul un règlement négocié pourra mettre un terme aux violences au Darfour, selon un responsable de l'ONU

12 mai 2005

Seul un règlement négocié pourra mettre un terme aux violences au Darfour, qui continuent tant du côté des milices que des rebelles, a déclaré au Conseil de sécurité un responsable des opérations de maintien de la paix de l'ONU. A la veille de la reprise des pourparlers d'Abuja, ce dernier s'est déclaré « préoccupé » par l'absence de volonté politique des parties.

« En avril, l'instabilité, la violence et les souffrances des civils se sont poursuivies dans cette région en proie aux troubles », a déclaré aujourd'hui Hedi Annabi, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, venu présenter au Conseil de sécurité le dernier rapport du Secrétaire général sur le Darfour (S/2005/305) et le rapport du Secrétaire général sur les moyens par lesquels la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS, selon son acronyme anglais) pourrait renforcer l'action menée pour favoriser la paix au Darfour en offrant à la Mission de l'Union sud-africaine au Soudan (MUAS).

Cet exposé a été suivi d’une Déclaration présidentielle du Conseil de sécurité, appuyant le rôle d’assistance de l’ONU auprès de la MUAS.

Dans son rapport, le Secrétaire général indique que les mouvements de troupes et l'occupation illégale de nouvelles positions se sont multipliés au Darfour au mois d'avril, de même que les cas de harcèlement, d'incendies de villages désertés, de rapts, d'actes de banditisme (vols de véhicules, vols à main armée, vols de bétail, etc.), d'attaques contre des civils et de viols commis par des miliciens.

« Les deux parties sont ainsi coupables de violations des accords existants et des résolutions antérieures. Toutefois, les attaques des milices sont de loin la principale cause de terreur et de souffrance pour les civils. Certes, le Gouvernement freine ses forces, mais il n'a encore rien fait pour mettre un terme aux attaques des milices et faire cesser le climat d'impunité qui encourage la poursuite des violations », indique le Secrétaire général.

Hedi Annabi a rappelé que si l'activité des milices se faisait à une « petite échelle », cela n'a pas été le cas au village de Khor Abeche, le 7 avril dernier, où plus de 10 000 civils ont été chassés de leurs foyers pendant que les miliciens pillaient et brûlaient les maisons (voir notre dépêche du 8 avril 2005).

Le Sous-Secrétaire général a précisé que l'Union africaine et l'ONU avaient identifié les responsables et que leur nom serait transmis au Groupe d'experts qui doit être créé en vertu de la résolution 1591 (2005), par laquelle le Conseil de sécurité imposait des sanctions aux belligérants du Darfour (voir notre dépêche du 30 mars 2005).

Parallèlement, le mouvement rebelle de « l'Armée de libération du Soudan/Mouvement pour l'égalité et la justice (ALS/MEJ) a lancé un certain nombre d'attaques contre la police et les milices, et a continué de saisir sous la menace des armes des véhicules commerciaux, des véhicules privés et des véhicules appartenant à des organisations non gouvernementales, avec une fréquence qui laisse penser que ces actions sont autorisées par les dirigeants du Mouvement », indique le rapport du Secrétaire général.

« Cela constitue une tendance préoccupante à la lumière du rôle joué par la communauté humanitaire pour venir en assistance au 2,45 million de civils touchés par le conflit au Darfour », a souligné le Sous-Secrétaire général.

Mardi, Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, avait, à l'issue d'un exposé au Conseil de sécurité sur l'assistance humanitaire en Afrique, lancé un appel urgent à ce que le personnel humanitaire dispose d'un accès à toutes les populations dans le besoin, et déploré les attaques de plus en plus fréquentes contre le personnel de l'ONU et des organisations non gouvernementales (ONG), notamment au Darfour (voir notre dépêche du 11 mai 2005).

Il estimait par ailleurs que si la situation politique ne connaissait pas d'amélioration, ce serait bientôt 3 millions de personnes qui auraient besoin d'une assistance alimentaire dans la région.

L'adoption de la résolution 1591 (2005) déjà mentionnée, et de la résolution 1593 (2005) du Conseil de sécurité, par laquelle le Conseil a saisi la Cour pénale internationale (CPI) des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre commis au Darfour (voir notre dépêche du 1er avril 2005), « la tension a monté dans les États du Darfour et à Khartoum, d'où le risque accru d'acte d'hostilité contre l'ONU et d'autres éléments de la présence internationale au Darfour », indique le rapport du Secrétaire général.

« Outre des manifestations à Khartoum, les deux résolutions ont eu pour conséquence une tension accrue dans la région du Darfour, parmi ceux qui se sentent visés par l'action du Conseil », a indiqué Hedi Annabi.

Dans son rapport, le Secrétaire général « prie instamment le Gouvernement de faire clairement savoir qu'il accepte toutes les résolutions récentes relatives au Soudan et au Darfour et de veiller à ce que le discours et les actes de ses agents à tous les niveaux témoignent d'une politique de coopération ».

Par ailleurs, Hedi Annabi a rappelé, comme le soulignait le Secrétaire général dans son rapport, que « les événements du mois d'avril ont bien montré que, sans progrès au niveau politique, la population civile du Darfour continuera à souffrir. Des innocents continueront d'être chassés vers des camps et terrorisés au point de ne pas oser rentrer chez eux. Des miliciens continueront de voler, de violer et de tuer en toute impunité ».

« Les représentants qui participeront à la prochaine série de pourparlers à Abuja ont le pouvoir de faire cesser cette spirale infernale qui, au cours des deux dernières années, a causé tant de souffrances, de morts et de destruction », indiquait le Secrétaire général.

Les derniers pourparlers à Abuja ont eu lieu en décembre 2004 (voir notre dépêche du 6 décembre 2004). « Bien que l'Union africaine prévoie de relancer les pourparlers d'Abuja la semaine prochaine, il n'est pas encore clairement établi que les parties sont engagées à reprendre de véritables négociations », ce qui est « matière à grave préoccupation », a estimé à cet égard le Sous-Secrétaire général.

Rappelant que le renforcement de la présence de l'Union africaine sur le terrain était indispensable, Hedi Annabi a par ailleurs présenté les conclusions du rapport du Secrétaire général sur les moyens par lesquels la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS, selon son acronyme anglais) pourrait renforcer l'action menée pour favoriser la paix au Darfour en offrant à la Mission de l'Union sud-africaine au Soudan (MUAS) (voir, sur les recommandations du rapport, notre dépêche du 9 mai 2005).

« Je suis heureux d'informer que la Commission de l'Union africaine a accepté les modalités d'assistance de l'ONU telles que décrites dans le rapport, et que le personnel de l'ONU travaille à l'heure actuelle avec le personnel de la MUAS et de l'Union africaine pour développer un concept d'opérations détaillé », a déclaré Hedi Annabi.

Ce concept d'opérations doit former la base d'un appel à contributions qui sera lancé par l'Union africaine (UA) le 26 mai prochain, et auquel devraient participer le Canada, l'Union européenne, l'OTAN, le Royaume-Uni et l'ONU, a-t-il expliqué.

Dans un message transmis aujourd’hui par son porte-parole, le Secrétaire général s’est félicité de l’annonce faite par le Canada d’apporter une aide militaire substantielle à l’initiative de l’Union africaine au Darfour.

image• Retransmission de l’exposé au Conseil de sécurité [17mins]

 

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