La Côte d'Ivoire en situation critique, selon un rapport du Secrétaire général

24 mars 2005

Prévenant contre « un réel danger » que l'on perde le contrôle de la situation en Côte d'Ivoire, avec des « conséquences incalculables » pour le pays et la région, le Secrétaire général engage dans son dernier rapport les dirigeants ivoiriens à maîtriser les milices et à s'atteler aux réformes attendues pour l'organisation des élections. Il recommande aussi le renforcement des effectifs de la Mission.

« En dépit des efforts méritoires que le Président Mbeki a entrepris au nom de l'Union africaine et des perspectives encourageantes qu'ouvre le plan d'action de l'Union africaine, le pays reste effectivement divisé », affirme le Secrétaire général dans son dernier rapport (S/2005/186) sur la situation en Côte d'Ivoire, diffusé aujourd'hui, qui couvre la période écoulée depuis le 9 décembre 2004.

« L'important déclin de l'économie ivoirienne se poursuit, aggravant les tensions politiques et la situation sociale dans le pays. Les violations des droits de l'homme se poursuivent au sud et au nord, rien n'étant pratiquement fait pour lutter contre la culture généralisée de l'impunité », souligne le Secrétaire général.

« En tout état de cause, la sécurité demeure précaire en Côte d'Ivoire. Le désarmement des ex-combattants et des miliciens n'a pas commencé. La mobilisation de groupes s'apparentant à des milices progresse dans tous le pays et l'on continue de faire état de recrutements « irréguliers » dans les FANCI [l'armée nationale ivoirienne], ce qui accroît les tensions ».

Se déclarant « profondément préoccupé par l'armement de ces milices et par les activités de plus en plus dangereuses qu'elles mènent, y compris à Abidjan », le Secrétaire général estime que « ces groupes pourraient provoquer une confrontation grave » et appelle à contenir les milices et ceux qui les soutiennent.

« Il existe un réel danger de voir la situation devenir incontrôlable, cette évolution pouvant entraîner des conséquences incalculables pour la population ivoirienne et la sous-région dans son ensemble », alerte le Secrétaire général dans son rapport.

S'agissant des efforts de paix menés grâce à la médiation du Président Mbeki et au plan d'action de l'Union africaine, le Secrétaire général déplore que « des dispositions clefs de ce plan n'aient toujours pas été appliquées ».

« Je renouvelle donc mon appel au Président Gbagbo, aux Forces nouvelles et aux responsables de tous les mouvements politiques ivoiriens, afin qu'ils s'arment de la volonté politique nécessaire et mettent en œuvre sans plus tarder ce plan d'action, faute de quoi les hostilités pourraient à nouveau éclater ».

« La Côte d'Ivoire passe par une étape critique ». « Le temps presse en ce qui concerne l'organisation des élections présidentielle et législative prévues dans sept mois, des retards importants ayant été enregistrés dans ce domaine » affirme le Secrétaire général qui prévient que « tout report des élections pourrait provoquer une crise de confiance grave susceptible d'ébranler la stabilité du pays ».

Quant aux réformes attendues, le rapport cite « les réformes législatives, telles que prévues par l'Accord de Linas-Marcoussis, l'organisation des élections, l'adoption de l'article 35 révisé de la Constitution relatif aux conditions d'éligibilité à la présidence et la mise en route du processus de désarmement ».

Par ailleurs, le Secrétaire général souligne que la force de l'ONUCI et la force licorne continueront d'assurer la sécurité, à l'appui du processus de paix, notamment en soutenant l'opération de désarmement et le retour de l'administration de l'État dans le nord du pays.

Dans la mesure où « les deux forces, qui continueront à répondre fermement à toute tentative de violation de la zone de confiance, constituent des éléments de dissuasion de plus en plus importants contre la reprise des hostilités », Kofi Annan engage le Conseil de sécurité à renforcer ses effectifs militaires, de police et civils.

D'autant que leurs capacités sont « mises à très rude épreuve du fait de l'attribution de nouvelles responsabilités découlant des résolutions 1572 (2004) et 1584 (2005) du Conseil de sécurité (voir notre dépêche du 1er février 2005) et aussi du redéploiement de la force imposée par les événements de novembre 2004 (voir notre dépêche du 4 novembre 2005 ».

En toute hypothèse, « il importe au plus haut point que le Conseil du sécurité fasse clairement comprendre qu'il ne tolérera aucune incitation à provoquer ou à attaquer la force de l'ONUCI ou la force Licorne », affirme le Secrétaire général.

En conclusion, le rapport recommande que le mandat de l'ONUCI soit prorogé pour une période de 12 mois arrivant à terme le 4 avril 2006.

 

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