Neuf experts de l'ONU condamnent la vague d'arrestations au Népal

Neuf experts de l'ONU condamnent la vague d'arrestations au Népal

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La vague d'arrestations qui a suivi la dissolution du Gouvernement du Premier ministre du Népal et la proclamation de l'état d'urgence par le roi, et qui s'est étendue des dirigeants politiques aux étudiants et aux défenseurs des droits de l'homme, inquiète vivement les experts des droits de l'homme des Nations Unies.

« Neuf experts des droits de l'homme des Nations Unies ont publié aujourd'hui une déclaration dans laquelle ils se disent profondément préoccupés par les mesures prises par le roi du Népal afin de dissoudre le Gouvernement du Premier ministre et de prendre directement le pouvoir, ainsi que par la proclamation de l'état d'urgence sur l'ensemble du territoire national et la suspension des garanties constitutionnelles et des libertés civiles et politiques », indique un communiqué publié aujourd'hui à Genève.

« Les neuf experts expriment en particulier leur préoccupation face à la vague d'arrestations et de détentions qui a suivi la proclamation de l'état d'urgence, le 1er février dernier, et la prise du pouvoir par le roi », ajoute le communiqué.

« Il semble que tous les membres du Gouvernement aient été assignés à résidence et que des troupes aient été placées autour des maisons des dirigeants des partis politiques », précise-t-il.

Les neuf experts s'inquiètent aussi de la vague d'arrestations qui s'est étendue des dirigeants politiques aux cadres des classes moyennes et supérieures, aux étudiants, aux défenseurs des droits de l'homme et aux personnes potentiellement critiques à l'égard du nouveau régime.

Ceux qui n'ont pas pu se cacher pour échapper aux arrestations ont été placés en détention au siège des forces de police à Katmandou.

Selon certaines informations récentes, ajoutent les experts, les locaux des médias sont occupés. La presse écrite et les médias électroniques sont soumis à la censure militaire. Les stations de radio ont reçu pour instruction de ne passer que de la musique. Les bulletins d'actualité publiés par les autres médias ne peuvent transmettre que des informations émanant des agences de sécurité du pays. Les lignes téléphoniques ont été coupées, interrompant ainsi également les systèmes de courrier électronique.

« La vague d'arrestations et de détentions ainsi que les mesures prises à l'encontre des médias constituent un grave recul pour le pays », soulignent les neuf experts qui demandent au Gouvernement du Népal de réaffirmer les principes fondamentaux de la primauté du droit, de la démocratie et de la suprématie de la Constitution et de garantir les droits de l'homme.

Dans le contexte actuel, le droit de ne pas être soumis à une détention arbitraire et le droit d'invoquer l'habeas corpus devant la Cour suprême doivent être scrupuleusement respectés, soulignent les experts qui estiment que des mesures devraient être prises pour restaurer les institutions démocratiques et protéger les citoyens népalais et leurs représentants, ainsi que les défenseurs des droits de l'homme, les journalistes, les avocats et les dirigeants politiques.

En outre, des mesures devraient être prises pour mettre fin au climat d'impunité qui prévaut dans le pays face aux graves violations des droits de l'homme, crimes et abus commis par le passé.

Le 1er février dernier, le Secrétaire général de l'ONU et Louise Arbour, Haute Commissaire aux droits de l'homme, avaient déjà exprimé leur vive préoccupation devant les mesures prises par le roi du Népal pour dissoudre le gouvernement et instaurer l'état d'urgence (voir notre dépêche du 1er février 2005).

A l'issue d'une visite de trois jours à Katmandou au mois de janvier dernier, Louise Arbour avait dénoncé les moyens employés par les insurgés maoïstes au Népal pour tenter de faire avancer leur cause ainsi que les abus commis par les agents de l'Etat, rappelant aux deux parties leurs obligations pour rétablir la paix, et soulignant que, partout dans le monde, leaders politiques et militaires devaient désormais répondre de leurs crimes devant la loi (voir notre dépêche du 27 janvier dernier) .