Lakhdar Brahimi : le Gouvernement iraquien doit élargir sa base politique

26 novembre 2004

Pour le grand spécialiste de l'Iraq qu'est devenu le Conseiller spécial du Secrétaire général de l'ONU, Lakhdar Brahimi, au cours des mois passés à faire émerger un consensus sur le transfert des pouvoirs entre forces de la coalition et Iraquiens, une des explications clés de l'insécurité dans le pays, « un phénomène iraquien » selon lui dans lequel les étrangers jouent un faible rôle, est la base politique insuffisante du gouvernement.

Le Conseiller spécial du Secrétaire général, Lakhdar Brahimi, dont la dernière mission au long cours que lui a confiée l'ONU, a été de faire émerger le cadre d'une transition politique en Iraq, est revenu pour la radio de l'ONU sur les résultats produits par la Conférence internationale sur l'Iraq qui s'est achevée le 23 novembre à Charm-el-Cheikh.

De son point de vue, a-t-il indiqué, cette conférence était importante du seul fait qu'elle a pu se tenir et qu'elle a mis en présence tous ces pays, toutes ces organisations et qu'elles se sont retrouvées avec les Iraquiens.

Cela a permis aux Iraquiens, par la voix du ministre des Affaires étrangères de l'Iraq, « d'essayer de rassurer un petit peu » ces participants « qui sont naturellement très inquiets en raison de l'insécurité qui prévaut en Iraq. »

Autre point positif aux yeux de Lakhdar Brahimi, l'engagement qui a été pris de travailler avec le gouvernement et le peuple irakiens pour essayer d'améliorer la situation dans le pays et de maintenir le contact. « Les Egyptiens vont rester en contact avec les Iraquiens et vont informer les autres membres si besoin est ou vont même peut-être demander l'organisation d'autres réunions. »

Enfin la grande idée qui a fini par être retenue consiste en l'organisation de réunions, « de préférence avant les élections, avec toutes les organisations, tous les partis politiques, tous les groupes iraquiens, en présence de leurs voisins et de leurs amis, pour permettre un effort en vue d'une réconciliation nationale sérieuse », a-t-il indiqué.

« C'est quelque chose pour lequel le Secrétaire général a souvent plaidé : un processus politique qui soit réellement inclusif [?] parce qu'il pense ? et nous tous pensons - qu'une des raisons de l'insécurité c'est précisément que le système actuel n'a pas une base politique suffisamment large. »

Interrogé sur l'insécurité actuelle, Lakhdar Brahimi a déclaré qu'elle « affectait et infectait tout en Iraq. »

« On a espéré que la situation allait s'améliorer mais il faut reconnaître que, loin de s'améliorer elle s'est détériorée au cours des mois. C'est une situation extrêmement sérieuse pour les Iraquiens et je crois pour l'ensemble de la communauté internationale », a-t-il fait observer.

Il a souligné que le Secrétaire général et « nous tous avons indiqué très clairement que ces questions ne pouvaient être résolues par la force militaire seule et que l'on avait besoin de dialogue, d'un effort politique pour s'adresser à toutes les factions, tous les groupes, toutes les communautés et prendre en compte leurs préoccupations légitimes. »

« Il y a certainement des éléments irréconciliables et certainement aussi des éléments étrangers mais la catastrophe de Falloujah, a démontré que [ces éléments étrangers] n'étaient pas tellement nombreux et que cette insécurité est un phénomène iraquien », a-t-il ajouté.

C'est la raison pour laquelle il faut « essayer de savoir quelles sont les préoccupations de ces gens et essayer de les prendre en compte », a-t-il insisté.

Le reporter de l'ONU, Ben Malor, lui faisant remarquer que cette Conférence avait été qualifiée de conférence des voisins de l'Iraq même si le reste du monde y était représenté, Lakhdar Brahimi a fait remarquer qu'il était bien normal que les voisins de l'Iraq soient préoccupés par ce qui se passe dans le pays. Il a rappelé que plusieurs réunions avaient déjà eu lieu, la dernière en date en juillet en Egypte, et que l'ONU participait à ces réunions depuis celle qui avait eu lieu au Koweït en février.

« Il s'agit de quelque chose de positif. Il y a un malaise, il y a des suspicions réciproques entre l'Iraq et certains de ses voisins. Ces contacts ont je crois contribué à améliorer la situation », a indiqué Lakhdar Brahimi qui a précisé qu'à son avis, « les Iraquiens, qui ne sont pas en mesure de protéger leurs frontières », attendaient en particulier de leurs voisins de les aider à cet égard.

Lakhdar Brahimi, qui a quitté ses fonctions de chef de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) après l'adoption de la Constitution, un succès dans lequel il a joué un rôle décisif (voir nos dépêches du 2 janvier, du 5 janvier et du 6 janvier), le 15 janvier dernier, reprenait du service dans la foulée avec pour mission de faire émerger un consensus sur le transfert des pouvoirs de l'Autorité provisoire de la coalition à un Gouvernement de transition iraquien.

Au cours de cette mission qui allait se prolonger jusqu'à l'été, il a parcouru le pays à la rencontre d'interlocuteurs de tous bords et a été le seul émissaire à avoir été reçu par grand ayatollah chiite Ali al-Sistani.

Ecouter Lakhdar Brahimi dans le sujet 'Iraq' de la radio de l'ONU

 

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