Le terrorisme comme la peste doit pouvoir s'analyser, affirme le président espagnol

21 septembre 2004

Aujourd'hui à 10 h, heure de New York, s'est ouvert le débat de haut niveau. Près de trente chefs d'Etats, de gouvernement et de ministres se sont relayés aujourd'hui à la tribune de l'Assemblée générale pour y analyser l'état du monde et y énoncer leurs positions. Parmi les sujets évoqués : le terrorisme d'abord, des tensions régionales aussi.

Nouveau venu dans cette enceinte qui réunissait aujourd'hui, sous la présidence du Gabon, pour le premier jour du débat de haut niveau de l'Assemblée générale l'ensemble des Etats membres de l'ONU, Jose Luis Rodriguez Zapatero, Président du Gouvernement de l'Espagne, a revendiqué l'histoire d'un pays « où vivent encore des générations qui ont connu la guerre civile, une dictature de près de quatre décennies, 25 ans de démocratie et le terrorisme depuis plus de 30 ans. »

Il a évoqué les attentats de Madrid, « une forme de terrorisme nouvelle qui a coûté la vie à 192 personnes ». Et pourtant, a-t-il affirmé, « les hommes et les femmes d'Espagne n'ont pas eu peur. Le lendemain même des attaques à la bombe, ils ont quitté leurs foyers, sont descendus dans la rue et les places des villes petites et grandes de mon pays et ont exprimé, une nouvelle fois, leur rejet et leur dégoût, notre mépris unanime pour la brutalité terroriste. »

« Cette histoire donne tout son poids à notre détermination », a-t-il déclaré. « Nous continuerons à lutter contre le terrorisme mais nous le ferons dans le cadre de la légalité à la fois intérieure et internationale. [...] Notre conviction est que la légalité et seulement la légalité nous permettra de triompher dans cette lutte ».

Affirmant que rien ne pouvait le justifier, il s'est toutefois dit convaincu que « comme dans le cas de la peste, il était possible d'en analyser rationnellement les causes, la façon dont il se développe de façon à le combattre rationnellement. »

Dans un autre domaine, il a indiqué que l'Espagne poursuivait au Maghreb une politique cherchant à améliorer la stabilité politique et le développement social et économique de la région et que l'intégration régionale et l'interdépendance avec l'Espagne et l'Europe, étaient à ses yeux une façon de parvenir à cet objectif.

Il a lancé un appel à la communauté internationale pour qu'elle redouble d'efforts dans le cadre des négociations engagées par l'ONU pour régler un conflit qui « n'a que trop duré. »

Sur le même thème, le roi du Maroc, Mohamed VI, a déclaré que « le royaume considérait que le différend artificiel concernant le Sahara continuait, malheureusement, à entraver la construction de l'Union du Maghreb Arabe. »

Il a réitéré « que le Royaume du Maroc demeurait disposé à coopérer de manière sincère et déterminée avec les Nations Unies et avec toutes les parties concernées, afin de parvenir à une solution politique, négociée et définitive dans le cadre de la légalité internationale, une solution garantissant la souveraineté, l'unité nationale et l'intégrité territoriale du Royaume et permettant aux habitants de ses provinces du Sud, de gérer eux-mêmes leurs affaires régionales, dans un environnement démocratique, stable et propice au développement intégré. »

« Une telle solution », a affirmé le souverain marocain, « est de nature à épargner à la région le risque de devenir un foyer de tension. Favorisant l'intégration maghrébine, elle permettra, de surcroît, à l'Union du Maghreb de jouer pleinement son rôle dans son environnement méditerranéen et dans ses relations avec les Etats du Sahel africain, afin d'éviter à la région du Nord-ouest africain, dans son ensemble, les risques de balkanisation et les menaces du terrorisme international. »

Pour le président de l'Algérie, Abdelaziz Bouteflika, s'exprimant également sur la question du Sahara occidental, ce conflit « qui oppose depuis près de trente ans le Front Polisario au Royaume du Maroc reste un problème de décolonisation inachevée. » Indiquant que l'Algérie continuerait d'apporter son soutien au Plan de Paix des Nations Unies et de manifester sa pleine disponibilité à contribuer à sa mise en oeuvre dans le souci de renforcer la stabilité de notre région et la solidarité entre ses peuples.

« Toute tentative d'inscrire la question du Sahara occidental dans un contexte autre que celui du parachèvement d'un processus de décolonisation relevant de la responsabilité des Nations Unies ne peut que conduire à un échec et retarder un règlement définitif », a ajouté le président Bouteflika.

Plus loin dans son allocution, il a fait observer que « la constitution d'ensembles régionaux en Afrique comme sur les autres continents était nécessaire dans une logique d'intégration à l'économie mondiale ».

« Au regard de ces enjeux, la construction de l'Union du Maghreb Arabe prend toute sa signification stratégique pour les pays de la région », a-t-il poursuivi, ajoutant que « l'Algérie ne ménageait pas sa contribution à la réalisation de ce projet qui cristallise les aspirations et les ambitions des peuples dû Grand Maghreb. »

« De notre point de vue, cette édification devrait représenter un objectif suffisamment élevé pour dépasser les malentendus ou les différends qui peuvent se présenter entre les pays de la région », a ajouté le président algérien qui a également indiqué que « la coopération euro-méditerranéenne et les relations avec l'Europe constituent pour l'Algérie un choix naturel dicté par notre ambition partagée de construire un espace commun de paix, de stabilité, de sécurité et de prospérité. »

Il a précisé qu'à travers l'Accord d'association avec l'Union européenne et les négociations en cours pour son accession à l'OMC [Organisation mondiale du commerce], ainsi que sa participation active au processus de Barcelone, l'Algérie manifeste son ferme attachement à un partenariat rénové pour la réalisation de ce nouvel espace euro-méditerranéen.

Le président Bouteflika a insisté sur l'urgence qu'il y avait à « s'accorder sur sur une définition commune du terrorisme pour placer, à l'abri des amalgames, la lutte légitime des peuples contre l'occupation étrangère, et mettre fin aux dérives et manipulations qui assimilent le terrorisme à une région géographique, une religion, une culture ou une civilisation. »

Le terrorisme en action reste également « l'un des principaux défis » que doit relever l'Afghanistan, à côté de la culture du pavot, du trafic des stupéfiants et de la pauvreté, a indiqué le président Hamid Karzai, premier orateur de la séance de l'après-midi.

« Les terroristes ont tout fait pour faire dérailler le processus des élections à la Loya Jirga [Assemblée traditionnelle] constitutionnelle » comme pendant les inscriptions aux élections présidentielles.

Pourtant, a-t-il déclaré, il y a peu de changement « aussi visible que la confiance du peuple afghan dans l'avenir de notre pays. »

« Des nations de différents continents et de différentes cultures sont venus aider à la reconstruction de l'Afghanistan. C'est un exemple clair de coopération des civilisations », a fait valoir le président Karzai, qui a tout spécialement remercié les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, l'Italie, l'Espagne, la France et la Turquie pour leur appui et a indiqué que « la création d'un Afghanistan stable, démocratique et prospère allait encore requérir de poursuivre l'effort entrepris par les Afghans, leurs voisins et la communauté internationale. »

Communiqué de presse couvrant la séance de la matinée

Communiqué de presse couvrant la séance de l'après midi

 

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