Kofi Annan : l'enquête des Etats-Unis sur l'attentat de Bagdad toujours sans résultat

19 août 2004
Kofi Annan

Dans son hommage aux victimes « interrompues dans leur mission et emportées par un acte d'une violence absolument odieuse », le Secrétaire général de l'ONU a évoqué les questionnements que cette attaque contre l'ONU soulevait mais a aussi souhaité que l'enquête sur les responsables de cet acte aboutisse et qu'ils aient à répondre de leurs actes.

Dans son hommage aux victimes « interrompues dans leur mission et emportées par un acte d'une violence absolument odieuse », le Secrétaire général de l'ONU a évoqué les questionnements que cette attaque contre l'ONU soulevait mais a aussi souhaité que l'enquête sur les responsables de cet acte aboutisse et qu'ils aient à répondre de leurs actes.

« J'ai constamment leurs visages à l'esprit. Des souvenirs heureux se mêlent à d'autres souvenirs douloureux, en particulier ceux des conversations que nous avons eues juste avant leur départ et pendant leur séjour à Bagdad », a déclaré le Secrétaire général de l'ONU, évoquant ceux qui ont péri il y a un an, lors de la cérémonie qui avait lieu à Genève et qui était retransmise par vidéo à New York et Amman.

Il a exprimé la souffrance qui était la sienne, non seulement parce qu'il avait perdu des amis mais aussi parce que, « en tant qu'individu, en définitive, c'est à moi qu'il incombe de protéger les intérêts du personnel des Nations Unies et de garantir sa sécurité. »

« Personne, je crois, à part peut-être mon épouse, Nane, ne saura jamais combien cette tragédie m'a affecté », a-t-il ajouté.

Auparavant, il s'était adressé à tous ceux pour qui la perte de ces 22 vies fut « une tragédie » : les parents, les survivants, les amis, les collègues.

« Je sais que l'année qui s'est écoulée depuis ces événements vous a apporté bien peu de réconfort », leur a-t-il dit. « Malgré nos efforts, et malgré l'enquête que continuent de mener les Etats-Unis, nous attendons encore des réponses. Je prie pour que tôt ou tard, les responsables aient à répondre de leurs actes et que ce massacre délibéré ne reste pas impuni. »

Kofi Annan a évoqué les 17 Casques bleus et collaborateurs civils de l'Organisation qui, depuis l'attentat de Bagdad, étaient tombés «victimes d'actes d'hostilité dirigés contre eux alors qu'ils travaillaient pour la paix. Le sacrifice qu'ils ont fait, nous le saluons aussi aujourd'hui », a-t-il déclaré.

Toutefois, a-t-il ajouté, « l'attentat dirigé contre l'Hôtel Canal nous a porté un coup sans équivalent. Il nous a mis face à face avec une nouvelle forme de danger, plus effrayante encore : nous, les serviteurs de l'ONU, risquons d'être tués ou blessés non plus seulement parce qu'il se fait que nous servons cette Organisation en un lieu et à un moment donnés, mais aussi, peut-être, parce que nous sommes devenus une des principales cibles pour les auteurs de violences politiques. »

Il a rappelé que « nous venions de connaître une guerre dont je pensais sincèrement qu'elle aurait pu être évitée quand j'ai perdu 22 amis et collègues exceptionnels que j'avais envoyés en Iraq pour qu'ils aident à gérer les suites de cette guerre et à rétablir la stabilité et la paix, ce qui était le vœu le plus cher de la plupart des Iraquiens. »

« Ils furent interrompus dans leur mission et emportés par un acte d'une violence absolument odieuse », a-t-il poursuivi.

Kofi Annan a souligné que l'ONU était aujourd'hui « aux prises avec des questions aussi fondamentales que déchirantes. »

« Comment mieux nous protéger sans pour autant compromettre l'accomplissement de notre mission ou trop perdre en efficacité? C'est pour les populations que nous travaillons. Nous devons avoir accès à elles et elles doivent avoir accès à nous. Dans le monde d'aujourd'hui, comment concilier cet impératif d'ouverture et celui de sécurité? », s'est interrogé le Secrétaire général.

« Que faire, par exemple en Iraq et dans certaines parties de l'Afghanistan, quand beaucoup – y compris le Conseil de sécurité – veulent et attendent de nous que nous apportions notre aide, mais que quelques-uns sont déterminés à nous en empêcher à tout prix? », a-t-il ajouté.

Il a indiqué que l'ONU s'efforçait « sérieusement de trouver des réponses, et de remédier à nos propres insuffisances structurelles. Beaucoup a déjà été fait, mais il reste encore beaucoup à faire. »

Cependant, a-t-il ajouté, « je peux vous assurer que je veillerai toujours à ce que les précautions les plus drastiques soient prises pour assurer la sécurité du personnel des Nations Unies et que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que notre famille ne connaisse plus de tragédie comme celle-là. »

Kofi Annan a alors évoqué « un aspect particulier » de sa culture.

« Nous, les Akans », a-t-il indiqué, « pensons que la mort ne nous sépare pas de nos parents bienveillants. Leur esprit est constamment avec nous, et il est si vivant que nous sentons leur présence et pouvons même parfois leur parler. C'est pourquoi nous leur demandons aide et conseils dans les situations importantes, dans la victoire et dans la défaite, dans la joie et dans la peine. »

Bien que « la douleur du traumatisme que nous avons subi ne soit pas prête de passer », a-t-il ajouté, « notre foi dans la cause de la paix n'en est en rien diminuée, notre détermination reste entière et notre tâche se poursuit. »

« Et chaque jour, alors que nous oeuvrons pour la paix, nous sentons à nos côtés ces êtres chers que nous avons perdus, et nous rendons hommage à tous ceux qui périrent il y a de cela exactement un an », a-t-il conclu.

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- Dossier Iraq du site de l'ONU

 

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