Défaillances dans la sécurité à Bagdad avant le 19 août 2003 : le Secrétaire général sanctionne

29 mars 2004

Le Groupe, chargé le 4 novembre dernier de déterminer les responsabilités en matière de sécurité pendant la période qui a précédé l'attentat du 19 août 2003 à Bagdad, ayant rendu ses conclusions aujourd'hui, le Secrétaire général Kofi Annan a réclamé et obtenu, entre autres sanctions, la démission du Coordonnateur de l'ONU pour les questions de sécurité.

Dans une déclaration rendue publique aujourd'hui par son porte-parole, le Secrétaire général a annoncé qu'en raison des graves défaillances signalées dans le rapport du Groupe dirigé par Gerald Walzer, il avait réclamé la démission du Coordonnateur de l'ONU pour les questions de sécurité, Tun Myat.

Le Secrétaire général a également demandé la démission de Ramiro Lopez da Silva de son poste de Secrétaire général adjoint. M. Lopez da Silva est rétrogradé à un niveau inférieur et rejoindra le Programme alimentaire mondial (PAM) où il travaillait avant de devenir en mai 2002, le Coordonnateur humanitaire de l'ONU en Iraq.

Il avait ensuite été nommé, en juillet 2003, coordonnateur résident et Représentant spécial adjoint pour l'Iraq puis Représentant spécial du Secrétaire général en Iraq par intérim après l'attentat à l'explosif du 19 juillet qui a entraîné la mort de 22 personnes dont le Représentant spécial pour l'Iraq et Haut Commissaire aux droits de l'homme, Sergio Vieira de Mello.

Le Secrétaire général a pris ces décisions en raison des sérieuses défaillances mises en évidence dans le rapport qui indique notamment qu' aucune mission d'évaluation de la sécurité en Iraq n'a été effectuée avant que la première équipe humanitaire ne soit renvoyée dans le pays, le 1er mai 2003.

Le rapport met en cause également le Groupe directeur pour l'Iraq (GDI), un groupe qui opérait au Siège de l'ONU à New York, composé par les dirigeants des agences et des départements de l'ONU et présidé par la Vice-Secrétaire générale, Louise Fréchette.

Il est reproché au Groupe directeur de n'avoir pas porté l'attention et l'assiduité requises dans sa gestion du retour à Bagdad. Le GDI aurait dû poser des questions s'enquérant de l'aspect sécurité du plan de retour, indique la déclaration du Secrétaire général, lue aujourd'hui par son porte-parole, Fred Eckhardt. Au lieu de quoi, il a fait sien un plan d'opérations défaillant qui lui a été transmis par le fonctionnaire en charge (M. Lopez da Silva) et endossé par le Coordonnateur humanitaire de l'ONU (M. Myat).

Mme Fréchette a présenté sa démission au Secrétaire général qui l'a refusée, compte tenu de la responsabilité collective du Groupe directeur auquel il a adressé, par l'intermédiaire de Mme Fréchette, une lettre exprimant sa déception et ses regrets.

Aucune étude exhaustive et dûment étayée concernant les exigences en matière de sécurité à l'hôtel Canal où était installé le Siège de l'ONU à Bagdad n'a été entreprise, poursuit le Secrétaire général dans sa déclaration.

Il semblerait que le Coordonnateur de l'ONU pour les questions de sécurité, le fonctionnaire en charge et l'équipe de gestion de la sécurité à Bagdad aient été aveuglés par la conviction que le personnel et les installations de l'ONU ne seraient pas la cible d'attaques en dépit de signaux clairs attestant l'inverse.

En effet, poursuit Kofi Annan sur la foi du rapport remis par le groupe d'experts, les informations sur la sécurité qui ont été rassemblées et qui ont circulé entre le 23 mai et le 19 août montrent à quel point la sécurité s'est à ce moment-là détériorée.

Les normes appliquées en matière de gestion de la sécurité en ce qui concerne l'hôtel Canal étaient sérieusement défaillantes et incohérentes. Ces défaillances étaient accentuées par le soutien inadapté que le Coordonnateur de la sécurité sur le terrain recevait des responsables de haut niveau en matière de gestion de la sécurité à New York ainsi que du fonctionnaire en charge, indique encore Kofi Annan dans sa déclaration.

Il souligne également que le Chef de l'administration du Bureau du Coordonnateur des opérations humanitaires des Nations Unies en Iraq et le chef de la gestion des bâtiments au sein de ce Bureau n'ont jamais manifesté sérieusement l'intention de se procurer et d'installer des films anti-explosion dans l'ensemble de l'hôtel Canal.

Ces deux fonctionnaires ont fait preuve d'un profond manque de responsabilité et d'un manque d'à propos dans leur façon de répondre à la demande d'installation de ces films qui indique une « léthargie confinant à la négligence crasse », indique le Secrétaire général qui a soumis leurs cas au Bureau des ressources humaines pour que celui-ci lance une procédure disciplinaire à leur encontre.

L'équipe en charge de la gestion de la sécurité en Iraq a reçu une lettre de réprimande et un courrier a également été envoyé aux dirigeants des Fonds ou Programmes de l'ONU qui avaient du personnel présent en Iraq entre le 1er mai et le 19 juillet, les critiquant pour leur gestion et le non-respect des plafonds en matière de dotation en personnel et des habilitations en matière de sécurité, applicables à l'Iraq.

La seule question qui n'a pas été clarifiée par l'enquête menée par le Groupe conduit par M. Walzer concerne les informations selon lesquelles des responsables de haut niveau de l'ONU avaient demandé au personnel des Etats-Unis de se retirer de positions stratégiques aux alentours de l'hôtel Canal avant l'attaque du 19 août. A ce sujet, les informations en provenance de l'ONU et celles provenant des sources militaires américaines divergent.

M. Walzer a indiqué au cours du point avec la presse auquel il participait aux côtés de Fred Eckhard, aujourd'hui, n'avoir pu rencontrer les membres du personnel de la coalition susceptibles d'apporter leur témoignage en la matière.

En conclusion de sa déclaration, le Secrétaire général a exprimé sa détermination de prendre toutes les mesures qui sont de son ressort pour améliorer la sécurité de l'ensemble du personnel de l'ONU et a rendu un nouvel hommage à ceux qui ont perdu leur vie ou ont été blessés lors de l'attaque lancée contre l'ONU, le 19 août à Bagdad.

 

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