La R.D. du Congo : un dossier mieux connu à l'internationaL, selon le chef de la Mission dans le pays

20 février 2004

Au cours d'une conférence de presse-bilan, le Représentant spécial de l'ONU en République démocratique du Congo (RDC) a fait l'état des lieux. De retour des Etats-Unis, il a indiqué que le dossier congolais était désormais mieux connu au plan international, a énuméré les progrès réalisés, dont la création d'une Brigade du Kivu, dressé la longue liste des tâches à accomplir en un peu plus d'un an et affirmé qu'il s'agissait de défis « énormes mais pas insurmontables. »

« Je garde quelques impressions de mon séjour aux Etats-Unis : premièrement, le dossier congolais est mieux connu au plan international ; deuxièmement, tout le monde constate que la République Démocratique du Congo a traversé des zones de tempête, mais qu'elle ne s'est pas effondrée après ces 5 années de guerre, 12 années d'instabilité chronique et 4 ans de mauvaise gestion politique et économique », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la RDC, William Lacy Swing, lors de la conférence de presse organisée hier à Kinshasa à son retour des Etats-Unis.

Notant que, durant son absence, le peuple congolais avait préservé l'unité nationale, le Représentant spécial s'est livré à une troisième constatation : le dossier congolais bénéficie aujourd'hui « du soutien international le plus fort depuis l'indépendance. »

On ne peut que constater que « tout le monde soutient la transition, celle qui doit déboucher sur les élections libres, transparentes et démocratiques, selon un calendrier déterminé par la Constitution de transition dans son article 196 qui stipule que « la durée de la Transition est de 24 mois », a déclaré M. Swing.

« C'est pour cette raison que tout doit être mis en oeuvre pour que les engagements soient respectés. Tout retard serait préjudiciable aux populations qui ont payé le plus lourd tribut de ces quatre années de conflit et qui ont maintenant le désir et le droit de jouir des fruits de la paix », a-t-il ajouté.

Il a fixé comme priorité de réussir, « avec le soutien de tous », la réforme du secteur de sécurité. « «Il faut démarrer le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des anciens combattants congolais. C'est le seul moyen de mettre fin aux exactions des groupes armés et donc d'apporter paix et sérénité aux populations », a-t-il indiqué.

Le Représentant spécial a mis à profit cette conférence « pour condamner avec la dernière énergie les nombreuses attaques contre la population civile en Ituri et, depuis quelques semaines, contre le personnel de la Mission de l'ONU en RDC (MONUC). »

« Entre le 4 et le 12 février, a-t-il poursuivi, c'est-à-dire en une semaine, des convois de la MONUC ont été attaqués en Ituri par des hommes armés non encore identifiés. Ce sont des actions très graves qui attaquent la communauté internationale. Hier soir encore, il y a eu une nouvelle attaque contre nos forces basées à Kasenyi sur le Lac Albert. Avant d'arrêter treize de ces malfaiteurs, il y a eu un autre blessé dans les rangs de la MONUC, s'est indigné M. Swing.

« Le paradoxe est qu'il s'agit de missions au secours de l'état de droit et des populations. Car, à Gobu comme à Katoto, il s'agissait de s'assurer que les populations n'étaient pas victimes d'exactions. Comme vous le savez, lors de la dernière attaque, un observateur militaire kenyan, le commandant Peter Wachai, a été tué. Il était non armé comme tous les observateurs militaires. Il est tombé pour la paix », a déclaré William Lacy Swing. « Je lui rends hommage et assure que sa mort ne sera pas vaine. Rien ne sera épargné pour élucider les conditions de ce meurtre. »

Le Représentant spécial a indiqué à nouveau que la MONUC se tenait prête à coopérer avec le Gouvernement pour que les auteurs de cette attaque soient identifiés et traduits devant la justice et a affirmé avoir déjà reçu des assurances de plusieurs autorités que des mandats d'arrêt seraient publiés et circuleraient très prochainement.

Présentant la MONUC, la plus importante des Missions de l'ONU avec un effectif de presque 14 000 personnes dont 10 800 militaires, M. Swing a fait valoir qu'avec 109 pays représentés, elle illustrait la solidarité de la communauté internationale. Forte de 24 bureaux répartis dans ce pays « de la taille d'un continent », de l'autorité que lui confère le chapitre VII de la Charte qui l'autorise à utiliser tous les moyens nécessaires pour remplir son mandat, elle dispose désormais d'une Brigade du Kivu opérationnelle.

Dans l'Ituri, a-t-il poursuivi, où se trouvent 4 700 éléments, la MONUC n'est limitée ni dans le temps ni dans l'espace comme c'était le cas pour Artémis (la Mission internationale d'urgence envoyée par l'Europe). Nous avons déployé une compagnie à Fataki, à Kasenyi, à Tschomia, à Bogoro et à Marabo, des villes qui ont été le siège de massacres. Nous sommes en train de nous déployer à Mahagi où nous avons 600 hommes de troupes, nous commençons le déploiement à Kpandroma où une centaine d'éléments sont arrivés. Prochainement, nous allons nous déployer à Aru et Mongwalu où se trouve une mine d'or. Dans ces zones sensibles, nous allons déployer deux compagnies.

Il a indiqué qu'au triangle de redéploiement de la MONUC correspondait presque exactement le triangle des groupes armés étrangers : les Interahamwe, les Forces Démocratiques de la Libération du Rwanda (FDLR), les Burundais, les Ougandais mais a précisé travailler en coopération avec les gouvernements congolais, rwandais, burundais et ougandais, pour les rapatrier.

« 6 255 ex-combattants et leurs familles ont été rapatriés. Nous nous sommes fixés la barre des 10 000 pour fin avril 2004 et je crois que nous atteindrons ce chiffre bien avant. Nous avons l'intention d'aider le gouvernement à en finir avec cette question des groupes armés dans l'esprit du communiqué conjoint de Pretoria du 27 novembre publié par les présidents Kagame et Kabila qui prévoit de résoudre cette question dans 12 mois », a ajouté M. Swing.

Il est possible de maintenir la date de juin 2005 pour les élections comme l'ont confirmé les deux missions techniques de l'Union européenne et des Nations Unies venues sur place en octobre-novembre derniers à condition de disposer d'un important soutien financier, technique et logistique, de voter les lois nécessaires sur la décentralisation, les partis politiques, la nationalité, la Commission électorale, de régler la question des groupes armés étrangers et le problème des milices congolaises pour que les réfugiés et les déplacés puissent revenir pour les élections.

Il faut également créer une base solide pour l'armée et la police nationales intégrées, préparer le scrutin, achever l'extension de l'autorité de l'Etat, la Constitution et la mise aux voix par référendum. C'est ce qu'il faut faire dans les 15 ou 16 mois prochains, a expliqué M. Swing, ajoutant que les « défis étaient énormes mais pas insurmontables. Le processus doit se poursuivre et il doit être soutenu. »

 

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